Le document précise que cette diplomatie religieuse s’apparente à « un investissement dans le capital symbolique qui transforme les atouts historiques, tels que les confréries soufies et l’héritage scientifique et éducatif de l’Université Al Quaraouiyine, en outils géopolitiques contemporains ». Il souligne par ailleurs que « la portée globale de cette diplomatie ouvre de nombreuses opportunités, car elle englobe la formation des imams en Afrique et les accords conclus avec les gouvernements européens concernant la promotion des valeurs de citoyenneté et la lutte contre l’extrémisme ».
Le texte fait aussi « la distinction du Maroc par rapport à ses homologues de la région islamique grâce à ses atouts religieux », tout en nuançant le fait que « ces avantages sont largement méconnus des groupes fondamentaux que le Maroc pourrait chercher à encadrer religieusement, à savoir les jeunes des diasporas maghrébines des deuxième et troisième générations en Europe, qui constituent le groupe cible de l’orientation religieuse marocaine et qui sont les plus vulnérables à l’extrémisme en ligne ».
La même source ajoute que « le Maroc est conscient de ce défi, à travers son investissement dans un contenu religieux de haute qualité via des initiatives telles que la chaîne Assadissa, qui fournit un contenu certifié et institutionnel ». Néanmoins, le rapport prévient que « la vigilance stratégique requise concerne l’écart entre les modèles de diffusion télévisée et les modes de consommation numérique des publics cibles, en particulier les jeunes de la diaspora ».
L’analyse pointe du doigt « l’inadéquation de la distribution et des formats, car la chaîne Assadissa fonctionne selon un modèle médiatique traditionnel (programmes, grilles horaires, contenus longs), tandis que les jeunes consomment le contenu religieux à travers des algorithmes et de courtes vidéos sur des plateformes interactives ». Ainsi, l’étude estime qu’il est « plus probable qu’un jeune à Bruxelles ou à Paris cherche des conseils religieux sur YouTube ou TikTok plutôt que de regarder une émission de télévision ».
Ce travail de recherche indique en outre que « le Royaume du Maroc communique efficacement avec les ministères de l’Intérieur européens concernant les programmes de formation des imams, avec les gouvernements africains sur les accords de coopération religieuse, et avec les médias internationaux sur les initiatives de dialogue interreligieux ». Cependant, il note que le pays « n’a pas développé une capacité similaire pour communiquer avec les membres de la diaspora afin de leur expliquer l’importance de la tradition islamique marocaine et ce qui les concerne exactement dans celle-ci ».
Le document démontre que, « ce qui est attendu du Maroc, c’est un investissement substantiel dans une structure narrative capable de rendre ses atouts religieux uniques visibles et attrayants pour un public de natifs du numérique ». Les auteurs précisent que « cela ne signifie pas simplement publier du contenu existant sur Internet, mais développer des capacités de communication entièrement nouvelles ; le Royaume possède des atouts religieux distincts, mais sans remédier à ce déficit de communication, ces atouts pourraient rester invisibles ».
Intitulée « La diplomatie religieuse marocaine à la croisée des chemins », l’étude affirme que l’avenir de cette diplomatie en Europe « restera tributaire de sa capacité à passer d’une logique de coopération gouvernementale officielle à une logique d’influence sociétale directe, en particulier dans les milieux des jeunes ». L’analyse insiste sur le fait que « le véritable enjeu ne réside pas seulement dans l’exportation d’un modèle religieux modéré, mais dans le fait d’en faire une partie de l’expérience quotidienne des jeunes d’origine maghrébine, par le biais d’outils de communication numérique qui interagissent avec leurs questionnements sur l’identité, l’appartenance et la citoyenneté ».
En conclusion, le rapport exhorte à « investir dans des partenariats avec des acteurs du numérique et à développer des contenus courts et interactifs dans les langues européennes, ce qui pourrait constituer une étape décisive pour transformer le capital symbolique accumulé par le Royaume en une force d’influence réelle et durable dans l’espace européen ».
