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Tragédie migratoire Nador-Melilla : Le parquet espagnol enterre le drame…

Le parquet espagnol a décidé vendredi 23 décembre de classer son enquête sur la mort d'au moins 23 migrants africains qui avaient tenté le 24 juin dernier d’entrer dans l'enclave occupée de Melilla depuis le Maroc. Le parquet qui s’oppose aux thèses des ONG estime dans un communiqué ne pas avoir identifié de « signes de délit dans les agissements des agents » des forces de sécurité espagnoles durant cette tragédie.
Le parquet espagnol enterre le drame…

Dans ses conclusions, le parquet espagnol estime que les agents présents sur place n’ont pas eu connaissance de la chute des migrants et de ces conséquences dramatiques, et ce, même si un hélicoptère qui survolait la zone était en train de filmer les faits. Lesquels faits engagent 1 700 migrants, -dont la quasi-totalité proviennent du Soudan-, dans une tentative d’invasion de Melilla, en escaladant le 24 juin dernier, une clôture à la frontière avec le Maroc. Clôture qui a fini par céder sous le poids.

Ces conclusions s’opposent à celles de plusieurs ONG qui accusent, elles, les autorités espagnoles de ne pas avoir porté assistance aux migrants gravement blessés. Pour le Défenseur des droits espagnol, les explications du parquet ne sont pas suffisantes. L’ONU avait aussi dénoncé un usage excessif de la force par les autorités espagnoles et marocaines.

Selon Madrid, aucune des victimes ne serait décédée sur le sol espagnol, ce que réfutent deux enquêtes indépendantes menées par la BBC et un consortium de journalistes. « Ce classement de l’enquête (…) apporte une bouffée d’oxygène au ministre de l’Intérieur », dont l’opposition réclame la démission, mais aussi par des formations soutenant le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez, estime El Pais. Mais cette décision du parquet soulève toutefois des interrogations relatives à son indépendance.

L’AMDH réagit

Du côté marocain, la section Nador de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) a dénoncé, samedi, l’interdiction par les autorités de la ville, d’un sit-in qu’elle comptait organiser dimanche, sur les lieux du drame migratoire survenu, en juin dernier, à la frontière séparant Melilla du Maroc. L’ONG a rappelé que ce sit-in était programmé dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des migrants, qu’elle a choisi de commémorer sous le slogan « Dignité, liberté et justice pour tous les migrants et migrantes ». Le communiqué de la section ajoute que « selon le programme, il était prévu d’organiser, dimanche à onze heures du matin, un sit-in avec des bougies devant le point de passage de Barrio Chino, en raison de la symbolique du lieu qui témoigne des événements sanglants au cours desquels de nombreux migrants et demandeurs d’asile ont été tués».

L’AMDH-Nador explique que le sit-in devait intervenir « pour condamner les politiques migratoires meurtrières menées par le Maroc et les pays de l’Union européenne, en particulier l’Espagne, et en solidarité avec les victimes ».

Pour l’ONG, l’interdiction « confirme la persistance de l’État à dissimuler les responsables de la tragédie et sa poursuite dans sa politique de restriction de toutes les voix libres exigeant la vérité et la responsabilité ». Dans ce sens, tout en dénonçant l’interdiction, l’AMDH-Nador « affirme la poursuite du travail pour surveiller et dénoncer toutes les violations des droits des migrants, des demandeurs d’asile et de tous les droits de l’Homme et exige que l’Etat marocain cesse de jouer le rôle de la gendarme au service des politiques migratoires meurtrières ».

L’ONG a aussi critiqué dans la foulée les condamnations « sévères » et « sans preuves convaincantes », de plusieurs migrants, à la suite de la tentative massive d’entrée en juin à Melilla.

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