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Le ministre censeur !

Le pèlerinage que vient de faire Abdellah Hammoudi à Rabat, et plus spécialement au Salon du livre délocalisé de Casablanca, a un arrière-goût de cendres. Ceci est d’autant plus vrai qu’avec l’interdiction de la cérémonie de dédicace d’un livre qui apporte un éclairage sur le parcours de combat de l’anthropologue qui officie à Princeton, le pays est replongé illico dans l’atmosphère des années de plomb !

Qui aurait cru que l’outrecuidance d’hier, le Salon du livre de Rabat avait été inauguré il y a un an par des interdictions, allait être reproduite aujourd’hui ? Ey pourtant, le fait est qu’un ordre solennel a été donné samedi pour le ramassage de tous les exemplaires du livre écrit, à deux mains, sur A. Hammoudi. Faut-il s’étonner à ce que Mohamed Mehdi Bensaid qui trône à la tête de la Culture exécute pareil ordre pour le seul motif que parmi les rédacteurs du livre se trouve couché, noir sur blanc, le nom de Maati Mounjib, historien condamné à l’errance parce qu’il ose défendre ses idées ? On est en droit de soulever la question. Même si, et il n’y a malheureusement aucun doute à se faire à ce sujet, l’actuel détenteur du maroquin a cherché à se dédouaner au motif (fallacieux) que la programmation du Salon ne comprenait pas de séance de dédicace pour A. Hammoudi !

Mais passons. Car le vers est dans le fruit. En d’autres termes, c’est la logique sectaire et d’exclusion qui semble prévaloir au sein de ce département qui s’avère plus grand que l’ambition qui habiterait le businessman appelé à le gérer. L’actuel ministre n’a-t-il pas mégoté sur les primes à accorder aux chercheurs nationaux, tout en dépensant à bourse déliée pour un événement de rap qui a fait réagir en son temps ? N’a-t-il pas laissé crever sur les dalles du rez-de-chaussée du ministère un dramaturge que le feu de la misère a fini par consumer ? N’est-il pas l’homme à scandales aux yeux des gens des médias qui se désolent de le voir fouler aux pieds la Constitution en décidant de passer une loin lui permettant de régenter le Conseil national de la presse ?

Autant de repères qui assurent que ce ministre qui se réclame de l’authenticité et de la modernité assume, par effraction, un poste d’importance. M.M. Bensaid n’a rien d’authentique en se colletant avec les « pieds nickelés » de ce qui reste de « la galaxie médiatique » dont disposait le pays. Comme il n’a pas le moindre attribut de la modernité quand bien même il se plait dans le « choufisme » télémétrique du moment.

Il n’y a de richesse que d’hommes ! Pareille vulgate ne semble pas agréer au ministre dont l’excellence s’exprime via le rejet de l’autre. Pourtant, le pays a besoin de l’ensemble de ses enfants pour se reconstruire et prétendre à une place parmi les nations. Frapper les « têtes libres » sur lesquels le pays peut compter à tout moment est plus suicidaire que de taper dans les caisses de l’Etat. Pour promouvoir un « bouillon culturel » des plus insipides. L’Etat et l’intérêt supérieur du pays exigent une autre politique culturelle et médiatique qui s’accommode des voix dissonantes. C’est à l’aune de ces dernières que l’on mesure la pureté d’un pays et la richesse de ses composantes. Quant à la promotion du « béni-oui-ouisme », option privilégiée actuellement, elle ne saurait durer indéfiniment. Bref, elle fera long feu. Comme toute mission ministérielle !

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