Le Cadre économique pour l’Indo-Pacifique (Indo-Pacific Economic Framework, IPEF) n’est pas un accord de libre-échange, mais prévoit davantage d’intégration entre ses pays membres dans quatre domaines clé: l’économie numérique, les chaînes d’approvisionnement, les énergies vertes et la lutte contre la corruption. « Les Etats-Unis et le Japon, ensemble avec 11 autres nations, vont lancer le Cadre économique pour l’Indo-Pacifique », a déclaré Joe Biden lors d’une conférence de presse avec Fumio Kishida, Premier ministre japonais.« C’est un engagement pour travailler avec nos amis proches et partenaires dans la région, sur des défis qui importent le plus pour assurer la compétitivité économique au 21e siècle », a ajouté le président US.
Plus de détails sur l’IPEF devaient être dévoilés ultérieurement. Cette initiative américaine apparaît clairement destinée à offrir en Asie-Pacifique une alternative à la Chine, deuxième puissance économique mondiale à l’influence grandissante dans la région.
Washington cherche « à former de petites cliques au nom de la liberté et de l’ouverture » en espérant « contenir la Chine », a critiqué dès dimanche Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères, considérant le projet américain « voué » à l’échec.
Sous Donald Trump, prédécesseur de J. Biden à la Maison Blanche, les Etats-Unis s’étaient retirés en 2017 du Partenariat transpacifique (TPP), un vaste accord multilatéral de libre-échange qui a fait l’objet d’un nouveau traité en 2018 sans Washington. J. Biden a, lui aussi, fait comprendre qu’il n’avait aucune intention de relancer de grands accords de libre-échange, face à une opinion publique américaine qui voit majoritairement ces traités comme une menace pour les emplois américains.
Commerce et canons
Par ailleurs, le déplacement asiatique de J. Biden n’a pas pour seule connotation le commerce. Car derrière, c’est l’endiguement de la Chine qui est visé. Le locataire de la Maison Blanche a estimé que la Chine «flirtait avec le danger» et prévenu que Washington était prêt à défendre militairement Taïwan. Ce à quoi la diplomatie chinoise a répliqué qu’il ne fallait pas sous-estimer sa détermination à «protéger sa souveraineté».
«C’est l’engagement que nous avons pris» : le 23 mai lors d’une conférence d’une conférence de presse à Tokyo, le président américain a assuré que Washington interviendrait militairement en cas de tentative chinoise de s’emparer de Taïwan par la force, réitérant une position définie en octobre dernier.
«Nous étions d’accord avec la politique d’une seule Chine, nous l’avons signée […] mais l’idée que [Taïwan] puisse être pris par la force n’est tout simplement pas appropriée», a déclaré le chef d’Etat. «Cela disloquera l’ensemble de la région et constituera une action similaire à ce qui s’est passé en Ukraine», a-t-il ajouté, estimant que les Chinois «flirtent avec le danger en ce moment en volant si près [de Taïwan] et avec toutes les manœuvres qu’ils entreprennent». Le président US a par ailleurs dressé un parallèle avec la situation en Ukraine, jugeant indispensable de maintenir les sanctions contre la Russie pour que Moscou paye un «prix à long terme», et ce afin d’envoyer un message à la Chine : «[si] les sanctions n’étaient pas maintenues à de nombreux égards, alors quel signal cela enverrait-il à la Chine sur le coût d’une tentative de prise de Taïwan par la force ?»
Pour le chef d’Etat américain, éviter que la Chine ne s’empare de Taïwan – que Pékin considère comme son territoire – dépendra donc «de la force avec laquelle le monde [lui] fait comprendre» le prix qu’elle aurait à payer en cas d’invasion.
La Chine a rapidement réagi aux propos du président américain, en l’appelant à «ne pas sous-estimer» sa «ferme détermination» à «protéger sa souveraineté». «Nous demandons instamment aux Etats-Unis […] d’éviter d’envoyer de mauvais signaux aux forces indépendantistes [de Taïwan]», a ainsi déclaré devant la presse Wang Wenbin, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
La Chine et les Etats-Unis s’opposent frontalement sur beaucoup de dossiers mais la question taïwanaise est souvent considérée comme la seule susceptible de provoquer une confrontation armée. Les Etats-Unis reconnaissent depuis 1979 la République populaire de Chine, mais le Congrès US impose parallèlement de fournir des armes à Taïwan pour son autodéfense. L’île a son propre gouvernement depuis la victoire des communistes sur la partie continentale de la Chine en 1949, mais Pékin considère ce territoire comme l’une de ses provinces et menace de recourir à la force au cas où l’île proclamerait formellement son indépendance. Le président chinois Xi Jinping a cependant réaffirmé récemment sa volonté de parvenir à une réunification «pacifique».
