Le ministère américain de la Défense a annoncé jeudi avoir abordé et inspecté dans l’océan Indien un navire sous sanction transportant du pétrole iranien, la deuxième opération de ce type menée dans cette zone cette semaine. « Au cours de la nuit, les forces américaines ont procédé à une interception maritime et à une inspection avec droit de visite à bord du navire apatride sanctionné M/T Majestic X, qui transportait du pétrole en provenance d’Iran, dans l’océan Indien, au sein de la zone de responsabilité de l’INDOPACOM », le commandement militaire américain pour la zone indo-pacifique, a affirmé le ministère sur X.
Par ailleurs, les Américains ont informé Israël que le cessez-le-feu récemment prolongé avec l’Iran expirera dimanche, selon des médias israéliens. La chaîne publique israélienne KAN a indiqué mercredi que des responsables américains ont transmis à Tel-Aviv que le délai fixé par le président Donald Trump à Téhéran doit prendre fin dans les prochains jours. Citant une source diplomatique anonyme, la chaîne affirme que D. Trump cherche à parvenir à des accords avec l’Iran plutôt qu’à engager des négociations sans limite de durée. Des sources israéliennes estiment également qu’une percée d’ici dimanche semble peu probable. Elles ont également évoqué ce qu’elles qualifient de « confusion » dans la conduite américaine, affirmant qu’elles apprennent récemment les décisions de l’hôte de la Maison Blanche par les médias et ses publications sur les réseaux sociaux. Israël n’a pas tardé à réagir en affirmant jeudi, qu’il est « prêt » à reprendre la guerre contre l’Iran et attend le feu vert dde D. Trump pour « ramener l’Iran à l’âge de pierre », selon Israël Katz, ministre de la Défense, dans un message vidéo. L’armée israélienne « est prête, tant sur le plan défensif qu’offensif, et les cibles (en Iran) ont été désignées », a-t-il affirmé. « Nous attendons le feu vert des États-Unis – avant tout pour achever l’élimination de la dynastie Khamenei », a-t-il ajouté en référence à Mojtaba Khamenei, nommé guide suprême pour succéder à son père Ali Khamenei tué le 28 mars, mais aussi « pour ramener l’Iran à l’âge obscur et à l’âge de pierre ».
Plus tôt mercredi, un responsable de la Maison-Blanche a déclaré à Fox News que le cessez-le-feu pourrait durer entre trois et cinq jours, tandis qu’une source israélienne a indiqué que la situation reste floue et dépend largement des décisions de D. Trump, selon la chaîne. Mardi, le président américain a annoncé la prolongation du cessez-le-feu avec l’Iran à la suite d’une demande du Pakistan, précisant qu’il resterait en vigueur jusqu’à ce que Téhéran présente ce qu’il a qualifié de « proposition unifiée ».
Les hostilités dans la région se sont intensifiées depuis que les États-Unis et Israël ont mené des frappes conjointes contre l’Iran le 28 février. En réponse, Téhéran a riposté par des frappes contre Israël et d’autres pays de la région accueillant des intérêts américains. Le Pakistan a accueilli des discussions entre Washington et Téhéran les 11 et 12 avril après avoir facilité le cessez-le-feu le 8 avril. Des efforts pour un nouveau cycle de négociations sont en cours, mais l’incertitude demeure.
Amir Saeed Irvani, représentant de l’Iran auprès des Nations Unies, a envoyé deux lettres identiques au Secrétaire général des Nations Unies et au Président du Conseil de sécurité dans lesquelles il accuse les États-Unis de continuer à utiliser le territoire et l’espace aérien des Émirats arabes unis à des fins de planification, de préparation, d’équipement et de réalisation d’actes illégaux contre la République islamique d’Iran. Il a également déclaré que les États-Unis et Israël étaient responsables des attaques contre l’infrastructure spatiale et le réseau de communications civiles iraniens, considérant ces attaques comme un exemple de terrorisme d’État et une violation flagrante de la Charte des Nations Unies et du Traité sur l’espace extra-atmosphérique. Les deux lettres précisent les dates et les types de violations perpétrées contre son pays depuis le territoire des Émirats arabes unis.
Auparavant, le diplomate iranien avait adressé des lettres au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et au Président du Conseil de sécurité de l’ONU, soulignant la nécessité pour l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis d’adhérer aux principes du bon voisinage. Et appelé à empêcher l’utilisation des territoires des deux pays pour toute action visant l’Iran, soulignant que Téhéran, malgré son attachement à la souveraineté des deux pays et au principe de bon voisinage, se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires et appropriées, y compris l’exercice de son droit légitime à la légitime défense, pour protéger sa souveraineté, son intégrité territoriale et son indépendance politique
Par ailleurs, Hamid Reza Haji Babaei, vice-président du Parlement iranien, a annoncé jeudi que les premiers revenus provenant des droits de passage du détroit d’Ormuz « ont été déposés sur le compte de la Banque centrale ». Il a ajouté que 20 % du pétrole mondial et 35 % du gaz mondial transitent par le détroit d’Ormuz, donc « le contrôler signifie le rôle de l’Iran dans l’économie internationale ».
Ahmad Naderi, membre de la commission de présidence du Parlement iranien, avait précédemment confirmé que les péages perçus dans le détroit d’Ormuz « seraient en rials iraniens », soulignant que « ces péages seraient permanents ».
Cette déclaration intervient après que l’Iran, par la voix de son président parlementaire Mohammad Bagher Ghalibaf, a affirmé que « le détroit d’Ormuz est sous le contrôle de la République islamique », alors que le blocus américain du détroit se poursuit en violation de l’accord de cessez-le-feu avec l’Iran. Assurant qu’il est désormais impossible pour les autres de traverser le détroit d’Ormuz alors que « nous ne le pouvons pas », insistant sur le fait que si l’Amérique ne lève pas le blocus, le trafic dans le détroit d’Ormuz sera certainement restreint
A signaler que Kpler, société spécialisée dans l’analyse des données marines, confirme que du pétrole brut a afflué de l’Iran vers la Chine à un rythme d’environ 985 000 barils par jour durant la première quinzaine d’avril, malgré l’embargo imposé par les États-Unis, a rapporté CNN. Les pétroliers « restent stationnés dans les zones de chargement iraniennes », où « le pétrole brut iranien continue d’affluer vers la Chine », selon les données de Kpler. La société qui assure que ce flux ne s’est pas interrompu depuis, précise que le pétrole est exporté sans passer par le détroit d’Ormuz, depuis Jask, port d’exportation de pétrole iranien situé au-delà du détroit d’Ormuz. Les pétroliers peuvent quitter ce port pour le golfe d’Oman sans passer par le détroit. Le niveau d’exportation a atteint un record de 5,8 millions de barils.
Mercredi, le groupe de suivi maritime Vortexa a signalé qu’au moins 34 pétroliers liés à l’Iran ont réussi à contourner l’embargo américain qui lui est imposé depuis son instauration, dont plusieurs transportant du pétrole iranien. L’agence de presse iranienne Fars a quant à elle rapporté le 21 avril que 14 navires avaient forcé le blocus américain en 24 heures.
