Des sources pakistanaises ont précédemment indiqué à Anadolu que la visite de M. Naqvi porterait sur l’examen de « nouvelles propositions » liées au processus diplomatique facilité par le Pakistan entre Téhéran et Washington. Ces sources ont précisé que le responsable pakistanais devrait présenter des propositions visant à sortir de l’impasse actuelle des négociations et à faciliter une entente temporaire entre l’Iran et les États-Unis. Le Pakistan joue un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington depuis le déclenchement du conflit Iran–États-Unis le 28 février. Un cessez-le-feu temporaire, mais chaotique, a été conclu le 8 avril grâce à la médiation pakistanaise, mais les négociations ont ensuite été suspendues en raison de désaccords sur la mise en œuvre et de développements régionaux ultérieurs.
Pour rappel, en dépit de l’apparent « gel » qui entoure les négociations irano-américaines sur la fin de la guerre et les autres questions en suspens — au premier rang desquelles le dossier nucléaire —, de nombreux indicateurs sont apparus ces derniers jours, signalant que les pourparlers progressent réellement, bien qu’à pas lents et extrêmement prudents. Dans ce contexte, la rhétorique des deux parties se veut plus calme et optimiste, tandis que toutes deux s’éloignent de plus en plus de l’option d’un retour à la guerre, en dépit de « feux croisés » limités qui surviennent au jour le jour dans la région du Golfe.
Pour Téhéran, les négociations achoppent actuellement sur deux points principaux : le premier concerne l’arrêt global et effectif de la guerre israélienne continue contre le Liban, et le second est lié au dégel des fonds iraniens bloqués. En contrepartie, Washington considère le dossier nucléaire comme une priorité absolue et exige son examen ainsi que son intégration dans l’accord intérimaire avec l’Iran. Ce dernier estime pourtant que la priorité doit être accordée à l’arrêt de la guerre, le dossier précité devant être négocié ultérieurement.
C’est dans ce cadre que le site Axios a cité deux sources faisant état d’un « différend entre les États-Unis et l’Iran concernant le calendrier du déblocage des fonds iraniens gelés ainsi que le montant de ces fonds ». Selon le site, le président américain a également exigé que l’accord stipule « un délai de 60 jours pour finaliser la réduction de l’enrichissement de l’uranium, alors que l’Iran réclame un délai de 90 jours ». Malgré cela, Axios a indiqué que la Maison-Blanche a reçu des signaux positifs de la part des négociateurs iraniens, et que Washington attend la réponse officielle de Téhéran, qualifiant les divergences restantes de « relativement limitées ».
Le site a aussi révélé que « l’équipe américaine comprend les plus éminents experts nucléaires, qui savent comment traiter techniquement n’importe quel accord », précisant que « Washington a mis sur pied une équipe de 100 experts nucléaires pour participer aux négociations avec Téhéran ».
Axios a également cité des responsables américains affirmant que les envoyés présidentiels, Jared Kushner et Steve Witkoff, se sont réunis (jeudi 4 juin) avec des experts nucléaires au Laboratoire national de l’État du Tennessee. Ces responsables ont précisé que « les experts rencontrés ont participé au processus de récupération d’uranium au Venezuela » et que « certains d’entre eux ont pris part à une réunion au Sultanat d’Oman ».
Selon ces mêmes responsables, des divergences persistent entre Washington et Téhéran sur un certain nombre de détails du protocole d’accord, alors que « les négociations ont atteint leur phase finale, sans qu’il ne soit encore clair si les deux parties parviendront à un accord ». Ils ont expliqué que la réunion de Witkoff et Kushner avec les experts nucléaires ne signifie pas nécessairement que l’accord sera conclu, mais qu’elle constitue le signe que « les négociations sont entrées dans une phase sérieuse ».
En contrepartie, Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères pour les affaires juridiques et internationales, a réitéré les conditions de son pays pour parvenir à un protocole d’accord mettant fin à la guerre. Il a indiqué que « le travail sur la formulation finale du texte se poursuit », parallèlement à la surveillance du comportement des États-Unis et d’Israël. Lors d’un entretien accordé à l’agence iranienne Mehr il y a quelques jours, il a déclaré que « Téhéran ne considère aucun texte comme finalisé et définitif tant que ses remarques et ses intérêts ne sont pas pleinement pris en compte ». Et de préciser que « la révision du texte vise à garantir la préservation » de ces intérêts, soulignant que « les États-Unis envoient parfois, durant ces révisions, des messages demandant d’introduire des modifications, ce qui prolonge le processus ». Il a ajouté que son pays avait, à son tour, demandé des modifications sur certaines parties. « Nous avons fait de grands pas en avant dans la rédaction du texte », a-t-il affirmé, rappelant que si Beyrouth avait été ciblée il y a quelques jours, « cela aurait jeté une ombre sur l’ensemble du processus et stoppé le cours des discussions ».
Les conditions de Téhéran, telles qu’exposées par K. Gharibabadi, se résument ainsi : l’arrêt de la guerre sur tous les fronts y compris le Liban, la levée du blocus maritime, la garantie de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, le déblocage des fonds iraniens gelés, l’obtention de réparations de guerre et la levée de toutes les sanctions unilatérales.
Dans ce contexte, A. Araghchi, a affirmé que l’Iran et le Sultanat d’Oman se chargeraient d’organiser la gestion du détroit d’Ormuz conformément aux règles du droit international, soulignant que « la décision finale en la matière revient aux deux pays qui supervisent les deux rives du détroit ». La télévision iranienne a cité le chef de la diplomatie iranienne affirmant que l’Iran consultera les pays voisins concernant la gestion du détroit d’Ormuz, tout en insistant sur le fait que « la décision nous revient, à Oman et à nous ».
Téhéran critique Londres et Paris
Force est de souligner que Ali Mousavi, ambassadeur iranien à Londres, a rejeté la lecture britannique des développements en cours dans le détroit d’Ormuz, estimant que la situation actuelle dans cette voie maritime stratégique ne s’est pas produite dans le vide et que la sécurité régionale durable ne peut être atteinte par des coalitions militaires extérieures ou des pressions politiques, selon l’agence de presse officielle iranienne IRNA.
Dans une lettre adressée à Hamish Falconer, secrétaire d’État parlementaire britannique aux Affaires étrangères, le diplomate iranien a critiqué des propos tenus par ce dernier à la Chambre des communes, accusant Téhéran de violer les droits de transit et avait appelé à garantir un passage sans restriction dans le détroit d’Ormuz. La lettre fait également référence à une mission multinationale conduite par le Royaume-Uni et la France dans le détroit visant à protéger la navigation marchande.
Selon l’ambassadeur iranien, se concentrer uniquement sur les conséquences tout en ignorant ce qu’il a désigné comme les « actions agressives » récentes des États-Unis et du « régime israélien » risque de « déformer la réalité » et de compromettre les perspectives d’une diplomatie équilibrée.
S’appuyant sur le droit international et la Charte des Nations Unies, le diplomate a souligné qu’en tant qu’État côtier du Golfe Persique et du détroit d’Ormuz, l’Iran dispose d’intérêts sécuritaires « légitimes et reconnus sur le plan international ». Il a indiqué que les mesures prises par Téhéran en réponse à des menaces qu’il a qualifiées d’« extraordinaires » doivent être comprises dans le cadre de la légitime défense et de la protection de la souveraineté nationale.
L’ambassadeur a averti que l’expansion des dispositifs militaires étrangers sous couvert de sécurité maritime risquait de militariser davantage un environnement déjà fragile et de saper les efforts diplomatiques en cours. Il a estimé que la liberté de navigation ne devrait pas devenir un instrument de pression politique ou d’affrontement stratégique, ajoutant que tout dispositif sécuritaire conduit par le Royaume-Uni, la France ou d’autres acteurs extérieurs sans la participation et le consentement des États côtiers de la région serait « inacceptable ».
A. Mousavi a réaffirmé l’attachement de l’Iran à la diplomatie, au dialogue et à la protection du commerce maritime international et appelé les responsables britanniques à faire preuve de davantage de retenue et à éviter tout discours qu’il a qualifiée d’« incendiaire » susceptible d’aggraver les tensions.
La France et le Royaume-Uni ont achevé la planification opérationnelle d’une mission internationale de déminage dans le détroit d’Ormuz, destinée à sécuriser la navigation dans cette voie stratégique, selon des informations rapportées par Bloomberg. Le commandement opérationnel de cette éventuelle mission pourrait être confié à un officier français, selon BFMTV citant une source militaire, une information non confirmée officiellement par Paris.
Le quartier général serait installé à Northwood, près de Londres. Les planificateurs militaires estiment pouvoir déployer une force crédible une fois qu’un accord de paix aura été conclu entre l’Iran et les États-Unis. Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, avait indiqué le 31 mai que cette initiative pourrait être mise en œuvre « très rapidement », précisant qu’une cinquantaine de pays avaient manifesté leur intérêt et qu’une dizaine avaient proposé une contribution concrète.
Les tensions régionales ont explosé le 28 février lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des attaques contre l’Iran, l’Iran a riposté par des salves de drones et de missiles qui ont frappé des cibles à travers la région alors qu’il fermait le détroit d’Ormuz.

