La situation demeure particulièrement préoccupante en Afrique, où 20% de la population souffre de sous-alimentation, définie comme un manque chronique de calories. « Le centre de gravité de la faim s’est déplacé de l’Asie vers l’Afrique », a déclaré à la presse française David Laborde, directeur de la division économie agroalimentaire de la FAO.
Les conflits au Soudan, au Sahel et en République démocratique du Congo privent notamment des populations de leurs terres et de leurs revenus. Les chocs climatiques frappent également plus durement le continent.
La reprise économique post-Covid a par ailleurs été plus lente qu’attendu et a accentué les inégalités, selon la FAO. Si les systèmes alimentaires ont résisté aux crises récentes sans provoquer de famines comparables à celles des années 1980, leur capacité à absorber de nouveaux chocs reste limitée. En 2015, lorsque près de 600 millions de personnes souffraient de la faim, la communauté internationale s’était fixé l’objectif d’éradiquer ce phénomène d’ici à 2030. L’ONU estime désormais qu’entre 510 et 520 millions de personnes seront encore sous-alimentées à cette échéance, dont plus de la moitié en Afrique.
Au-delà de la faim chronique, 2,1 milliards de personnes, soit 25,8% de la population mondiale, connaissent une insécurité alimentaire modérée ou sévère, caractérisée notamment par des repas irréguliers ou peu diversifiés. Près de 2,69 milliards de personnes, environ une sur trois, n’ont pas les moyens de s’offrir une alimentation saine, dont le coût a augmenté de 25% en cinq ans.
Environ 150 millions d’enfants de moins de cinq ans souffraient d’un retard de croissance en 2024, contre 180 millions en 2012, soit près d’un enfant sur quatre. Dans le même temps, l’obésité continue de progresser chez les adultes. Elle concernait 16,2% d’entre eux en 2024 et pourrait atteindre 18,6% en 2030.
La guerre au Moyen-Orient risque de fragiliser les avancées enregistrées en Afrique et en Asie, avertit le rapport. Ses effets sur les prix de l’énergie et des engrais restent pour l’heure limités, mais la crise n’a pas encore été pleinement absorbée, selon David Laborde.
La FAO surveille également les conséquences d’El Niño sur les récoltes en Inde, en Afrique et dans le « corridor sec » d’Amérique du Sud, des régions déjà vulnérables.
À la mi-juin, la FAO et le Programme alimentaire mondial ont appelé à une aide préventive destinée à protéger près de neuf millions de personnes. David Laborde a exhorté les institutions financières, les banques de développement et les pays donateurs à soutenir les États exposés à des crises dont ils ne sont pas responsables, citant le Malawi confronté au renchérissement des engrais lié à la guerre dans le Golfe.

