À quelques jours d’élections disputées, B. Netanyahu, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) et faisant l’objet de procédures pour corruption, a déclaré à la chaîne économique israélienne Channel 10 avoir ordonné des préparatifs en prévision d’éventuelles sanctions économiques et bancaires, notamment par l’examen de technologies financières alternatives. « Si vous pensez que nous allons continuer à recevoir ce que j’ai obtenu à deux reprises, à savoir des dizaines de milliards de dollars d’aide américaine au budget de la défense, préparez-vous et habituez-vous à l’idée que cela n’arrivera plus, car les États-Unis ont changé », a-t-il déclaré, faisant apparemment référence à l’opposition croissante aux États-Unis à cette aide, dans le contexte du génocide à Gaza, de l’occupation de la Cisjordanie et des morts palestiniens presque quotidiens. « C’est terminé et cela prendra fin. Ce n’est qu’une question de temps. »
En vertu d’un accord signé avec Washington en 2016, Israël reçoit 38 milliards de dollars d’aide militaire sur une période de dix ans, qui doit prendre fin en 2028. Concernant les sanctions potentielles, il a affirmé qu’Israël devait développer des mécanismes économiques et financiers alternatifs. « Vous devez comprendre qu’il pourrait y avoir des sanctions, notamment bancaires. Il faut préparer une économie capable de les contourner », a-t-il déclaré. Il n’a pas précisé de quel pays pourraient provenir ces sanctions.
Interrogé sur la possibilité que la technologie blockchain offre une solution de remplacement pour faire face aux sanctions économiques, Benjamin Netanyahu a répondu : « Oui, c’est l’une des possibilités. J’ai déjà demandé qu’un plan soit élaboré. »
Ses déclarations interviennent après que le Royaume-Uni et plusieurs autres pays ont imposé des sanctions visant des produits issus des colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée, en réaction à une vague d’attaques de colons contre des Palestiniens et à l’approbation de nouvelles constructions dans les colonies par le gouvernement de B. Netanyahu. Ce dernier conserve une alliance étroite avec l’administration américaine, mais les critiques aux États-Unis se sont multipliées depuis le génocide à Gaza, notamment parmi les jeunes Américains et la guerre contre l’Iran qu’il est accusé d’avoir incité l’administration américaine à la déclencher.
Combattre le « terrorisme juif »
Yaïr Lapid, ancien Premier ministre centriste et membre du bloc d’opposition qui conteste le pouvoir de B. Netanyahu, a réagi à ces déclarations. « Netanyahu reconnaît désormais, selon ses propres mots, que si son gouvernement est réélu, l’aide américaine à la sécurité prendra fin et Israël sera confronté à des sanctions qui dévasteraient notre économie, provoqueraient une flambée incontrôlée des prix et causeraient des dommages irréparables », a-t-il déclaré.
Yaïr Golan, chef du parti d’opposition Les Démocrates, a également vivement critiqué les déclarations de B. Netanyahu, l’accusant d’être déconnecté de la réalité. Il a estimé que la prévention des sanctions économiques nécessitait de lutter contre le « terrorisme juif », qui nuit à l’image internationale d’Israël, de préserver les alliances stratégiques et de remplacer le gouvernement lors des élections de la semaine suivante. Il a appelé à la formation d’un nouveau gouvernement « sans Netanyahu, ni Ben-Gvir ni Deri », en référence au ministre Itamar Ben-Gvir, figure de l’extrême droite, et au dirigeant du parti Shas, Aryeh Deri.
Ces déclarations ont été faites quatre jours avant les élections législatives israéliennes prévues mardi, dans un contexte de débat sur les relations avec les alliés occidentaux et les conséquences potentielles de sanctions économiques.
Parodies insolentes
A quelques jours de ces législatives serrées, les premières en Israël depuis l’opération singulière « Déluge d’Al-Aqsa » du 7 octobre 2023, les candidats en campagne mettent leurs dernières forces dans la bataille et tous les coups sont permis, même les plus bas, souvent à grand renfort d’IA. B. Netanyahu a fêté ses 77 ans cette semaine. Ses partisans lui ont offert un gâteau à son effigie ; son principal rival, Gadi Eisenkot, une vidéo générée par intelligence artificielle.
Au son d’une mélodie de joyeux anniversaire, on y voit un combattant du Hamas dans un tunnel de Gaza, tout sourire, cupcake à la bougie allumée dans la main. « Qu’est-ce qu’on peut souhaiter à la personne qui nous protège depuis 20 ans ? », demande-t-il d’un ton suave, alors que Benjamin Netanyahu est accusé par nombre d’Israéliens d’avoir délibérément laissé le mouvement islamiste palestinien prospérer, ce qu’il nie farouchement. Apparaît ensuite le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei, l’air taquin: « Bravo Bibi quel héros, tu es super ! Encore un tour sans victoire (contre l’Iran) et je t’offre une bombe en cadeau », lance-t-il, en utilisant le surnom du Premier ministre, qui a encore très récemment appelé à « renverser » le pouvoir iranien.
La campagne est la première dans le pays depuis la généralisation de l’IA, et les candidats aux élections du 27 octobre en abusent tous allègrement. La palme du mauvais goût revient peut-être au camp du Premier ministre lui-même, qui avait publié en juillet sur son compte X une vidéo d’un jeune homme, ressemblant fort au fils de G. Eisenkot tué pendant la guerre à Gaza, courant bras ouverts dans un champ de fleurs vers le candidat centriste. Au dernier moment, ce dernier le dépassait, pour plutôt prendre de ses bras le candidat arabe israélien Mansour Abbas. Face au scandale, l’équipe de B. Netanyahu avait juré que le jeune homme au t-shirt siglé « Unité d’Israël » ne représentait pas le fils défunt de G.Eisenkot. Le candidat centriste avait lui fait part de son « profond mépris pour Netanyahu et son entourage ».
Le camp du Premier ministre n’a cessé ces derniers mois de multiplier les montages IA pour jouer sur les peurs de l’opinion publique envers une coalition de l’opposition qui inclurait les partis arabes israéliens, et l’hostilité généralisée envers les Palestiniens. Partout dans le pays sur les panneaux électoraux s’affiche son principal slogan de campagne, « La droite ou la Palestine ».
Qu’importe que G. Eisenkot écarte publiquement toute éventuelle alliance avec les partis arabes, potentiels faiseurs de rois pour la formation d’une coalition gouvernementale, et s’oppose comme B. Netanyahu à la création d’un Etat palestinien – largement rejetée en Israël.
D’autres candidats, de centre et de gauche, ont aussi fait les frais de vidéos IA du Premier ministre, où on les voit retirer leurs masques pour laisser apparaître les visages de candidats arabes israéliens. Des clips générés par IA montrent encore des Arabes debout sur ce qui semble être un Parlement en ruines. Aucun parti n’est épargné, révélant le niveau de polarisation de la société israélienne.
Laly Derai, dont le fils a été tué durant la guerre à Gaza en 2024, se présente pour le nouveau parti d’extrême droite Amcha Israël, opposé aux exemptions au service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes. Cela lui a valu une campagne de haine et de harcèlement constant, explique-t-elle à l’AFP. Des affiches l’accusant de « mettre le pays en danger » sont apparues sur les murs de la colonie où elle habite en Cisjordanie occupée, son téléphone sonne jour et nuit. On lui a dit qu’elle trahissait la mémoire de son fils. Les victimes du 7-Octobre ne sont pas non plus intouchables, alors que plusieurs survivants ou proches de victimes sont candidats.
Mardi dernier, le Likoud, parti de B. Netanyahu, postait sur sa page Facebook un montage photos de deux candidates, anciennes mères d’otages retenus à Gaza. A droite, la candidate du Likoud, Talik Gvili, y apparaît impeccable dans sa veste de tailleur blanche, coiffée et maquillée à un pupitre devant le drapeau israélien bleu et blanc. A gauche, Einav Zangauker, farouche opposante dont le fils a passé deux ans en captivité, est dépeinte en folle furieuse, visage crispé dans un cri et main levée, sur un fond rouge. « C’est eux ou nous », est-il écrit en dessous du montage.
En parallèle, il y a lieu de relever qu’environ 2200 Palestiniens ont été contraints, le 24 octobre, de quitter leurs foyers dans deux quartiers d’Hébron, en Cisjordanie occupée, selon le maire de la ville. De plus, des dizaines de Palestiniens ont été arrêtés lors de raids israéliens menés dans 15 localités de Cisjordanie, selon le collectif des prisonniers palestiniens.

