Les forces d’occupation continuent de boucler les zones d’Al-Jalda, d’Ein Deir Baha et de Khallat Al-Maghariba dans la ville d’Hébron, après en avoir évacué de force une grande partie, forçant environ 200 familles à fuir au cours des trois derniers jours et déplaçant de force environ 2.000 citoyens de ces zones. Dans le quartier d’Ein Deir Baha, des immeubles ont été marqués d’une croix pour signaler qu’ils ont été vidés de leurs habitants, ont constaté des journalistes de l’AFP sur place. Sur ordre du sinistre Bezalel Smotrich, ministre des Finances, un immeuble résidentiel et d’autres propriétés ont été démolis. Parallèlement, l’administration civile israélienne a commencé à raser des structures palestiniennes dans le quartier de Farsh al-Hawa.
L’opération israélienne concerne pour l’heure un tiers de la ville, estime pour l’AFP Khaled Dudin, gouverneur d’Hébron. « Ils ont commencé par le quartier dont étaient originaires les assaillants, mais nous n’avons aucune garantie que l’opération ne s’étendra pas », ajoute-t-il, dénonçant une « punition collective » contre des civils innocents.
L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a averti qu’Israël étendait sa campagne de “nettoyage ethnique” à Hébron, indiquant que des plans de déplacement massif de population et de destruction d’infrastructures étaient déjà mis en œuvre.
L’organisation a exhorté les gouvernements étrangers et les institutions internationales à mobiliser tous les mécanismes prévus par le droit international pour mettre fin aux déplacements forcés de civils palestiniens, aux punitions collectives et aux destructions illégales de grande ampleur.
À la suite de l’opération, Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, Israel Katz, son ministre de la Défense, ont annoncé des mesures qui, selon B’Tselem, visent à déplacer de force des habitants et à procéder à des démolitions massives. “Nous appliquerons dans les villes le modèle offensif qui a fait ses preuves dans les camps de réfugiés”, a déclaré B. Netanyahu.
Selon B’Tselem, ce modèle a déjà entraîné le déplacement de plus de 33 000 Palestiniens dans le nord de la Cisjordanie occupée.
cSmotrich a également annoncé la création de quatre nouveaux avant-postes agricoles illégaux dans les collines du sud d’Hébron. B’Tselem a averti que ces mesures coordonnées pourraient constituer des crimes de guerre. L’organisation y voit un parallèle avec les attaques dévastatrices menées par Israël à Gaza, dans le cadre d’une campagne qu’elle qualifie de génocide. Selon elle, ces opérations s’inscrivent dans une politique plus large visant à démanteler la vie communautaire palestinienne, à étendre les colonies illégales et à pérenniser l’occupation israélienne. “Le monde ne peut rester les bras croisés face à l’offensive israélienne contre les Palestiniens, attendant que d’autres quartiers soient vidés et rasés avant d’intervenir”, a-t-elle ajouté.
Face « aux menaces grandissantes de déplacement de population, de destruction, il faut une action internationale urgente », a déclaré pour sa part le ministère palestinien des Affaires étrangères, demandant des « mesures concrètes et dissuasives ».
Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a alerté lundi 26 octobre sur le risque de « nettoyage ethnique » à Hébron, en Cisjordanie occupée, où l’armée israélienne a lancé une intervention militaire après la mort de deux soldats vendredi dans une attaque. « La punition collective constitue une violation grave du droit international. Les menaces visant à vider et à effacer des quartiers entiers soulèvent également de sérieuses préoccupations quant à un éventuel nettoyage ethnique », a déclaré Volker Türk dans un communiqué. Comme il qualifie l’intervention israélienne à Hébron d agressive », soulignant qu’elle avait entraîné le déplacement forcé de Palestiniens, la démolition de logements et de commerces, ainsi que des restrictions à la liberté de circulation des habitants. Ces « mesures de grande ampleur prises suscitent de vives inquiétudes quant à un recours à la force inutile et disproportionné – qui doit cesser », a-t-il indiqué.
Plus de 3 000 personnes, parmi lesquelles près de 500 familles, ont été déplacées à Hébron depuis le lancement vendredi 23 octobre des mesures de l’armée israélienne, a indiqué lundi la municipalité de la ville. « Le bouclage imposé par Israël contraint de nombreuses personnes à rester chez elles ou dans leur voisinage immédiat. Des déclarations de hauts responsables du gouvernement israélien indiquent que les mesures mises en œuvre ont un caractère punitif et visent à susciter la peur. C’est inacceptable », a dénoncé le haut-commissaire. « Ceux qui ont été déplacés doivent pouvoir regagner leur foyer. Israël doit garantir une compensation et des réparations pour les expulsions et démolitions illégales, ainsi que pour les déplacements qui en ont découlé », a-t-il demandé.
Israël va imposer un bouclage de la Cisjordanie le jour des élections législatives mardi, a indiqué dimanche un communiqué de l’armée d’occupation. « Le niveau politique a approuvé une interdiction d’entrée et de sortie des travailleurs palestiniens dans l’ensemble de la Judée-Samarie (nom israélien pour la Cisjordanie occupée, ndlr) et de la vallée du Jourdain, y compris les zones industrielles, ainsi que la fermeture de tous les points de passage terrestres pendant toute la journée des élections » mardi.
La Cisjordanie connaît en ce moment un contexte de tensions croissantes, avec des colons radicaux bénéficiant de la tolérance voire du soutien du Premier ministre, qui multiplient les raids de plus en plus violents contre les habitants palestiniens.
Le groupe de défense des droits humains israélien Yesh Din a comptabilisé 672 incidents ces 26 derniers jours, la moitié durant la récolte des olives par les Palestiniens.
La colonisation israélienne en Cisjordanie occupée s’est continuellement développée depuis 1967 malgré la pression internationale, mais s’est particulièrement intensifiée depuis le retour au pouvoir en 2022 de Benjamin Netanyahu, candidat à propre succession aux élections législatives de mardi. Presque la moitié des implantations israéliennes sur le territoire – toutes illégales au regard du droit international – ont été réalisées depuis 2023, selon une analyse AFP des données de l’ONG israélienne anticolonisation « La paix maintenant », de l’International Crisis Group (ICG) et du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha).
En comptant Jérusalem-Est occupée et annexée, « La paix maintenant » en dénombre plus de 550 au total, dont environ 150 colonies installées avec l’aval des autorités israéliennes, les autres étant au départ des implantations sauvages. La population israélienne y a augmenté de près de 50% depuis 2012, tandis que la hausse était de 30% pour les Palestiniens, d’après l’ONG ICG. Plus de trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie ainsi que 500.000 colons israéliens. Des estimations avancent que le chiffre de ces derniers a atteint les 800.000.
Depuis l’avènement du gouvernement d’extrême-droite fin 2022 dont certains ministres affichent ouvertement leur volonté d’annexer la Cisjordanie, l’expansion de la colonisation se manifeste par l’explosion des créations d’« avant-postes », notamment des fermes. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a autorisé de fournir des armes à 200 mille colons. Souvent constituées de quelques caravanes ou structures de fortune, ces implantations sans autorisation des autorités israéliennes se multiplient sous l’impulsion de colons confortés par le fait qu’elles finissent souvent par être légalisées.
Selon « La paix maintenant », le nombre de fermes et autres avant-postes établis en Cisjordanie depuis le début de l’année 2026 a déjà atteint le niveau record enregistré sur toute l’année 2025 (environ 90), presque trois fois plus qu’en 2023.
Le phénomène des avant-postes a émergé à partir de 1996 et la première arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu, chef du Likoud, le grand parti de la droite israélienne. Au fur et à mesure que leur nombre augmentait, l’implantation de nouvelles colonies classiques a ralenti.
L’installation de fermes a pour sa part, commencé en 2012 — B. Netanyahu était alors au pouvoir pour la deuxième fois — pour devenir le moteur de l’expansion israélienne dans le territoire (plus des deux tiers du total depuis 2023). Ces fermes, qui offrent aux Israéliens l’avantage d’occuper beaucoup de terres avec peu de colons, développent beaucoup d’activités d’élevage. Elles contrôlent souvent de vastes étendues, situées surtout dans l’est de la Cisjordanie, le long du Jourdain.
Depuis le retour au pouvoir de B. Netanyahu, et particulièrement depuis le 7 octobre 2023, le nombre de permis de construire délivrés par les autorités israéliennes a bondi, selon ICG, atteignant plus de 23.000 en 2025, soit plus du triple de 2012.
Fait emblématique de l’expansion rapide de la colonisation, les quatre colonies du nord de la Cisjordanie qui avaient été évacuées en 2005 — dans le cadre d’un plan de désengagement conclu par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon et qui concernait également la bande de Gaza — ont été officiellement réinvesties cette année électorale, sous l’impulsion du gouvernement. Un appel d’offres a par ailleurs été lancé pour la construction de plus de 1.200 logements, première tranche du projet dit E1 jouxtant la colonie de Maale Adumim, proche de Jérusalem. Ce projet est dénoncé par l’ONU et une partie de la communauté internationale, car il achèverait d’isoler Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, mettant encore plus en péril la possibilité d’un futur Etat palestinien.
Depuis la conquête de la Cisjordanie lors de la guerre israélo-arabe de juin 1967, la colonisation s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite. La première colonie a été celle de Kfar Etzion, au sud de Jérusalem, autorisée en septembre 1967 par les travaillistes. La première grande vague de colonisation a eu lieu au début des années 1980, sous le gouvernement de droite de Menahem Begin, qui avait autorisé de nombreuses colonies. Les colons ont multiplié les implantations sauvages en 1998-2002, puis en 2019-2021, à un rythme toutefois bien moindre que ces quatre dernières années. Le nombre d’installations en 2023-2026 est une fois et demi plus élevé que le cumul des trois vagues précédentes.

