Le Hamas rappelle que les Gazaouis meurent de faim tandis que des milliers de camions d’aide s’entassent du côté égyptien du point de passage de Rafah. Un hôpital de Gaza a affirmé que 21 enfants sont morts de malnutrition ou de faim en 72 heures alors que le ministère de la Santé dans l’enclave palestinienne a assuré que le nombre de décès dus à la famine s’élève à 101, dont 80 enfants. En dépit de tout cela, Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, a indiqué qu’il existe un plan qui permettra aux habitants de Gaza de reconstruire leur vie, mais dans d’autres pays disposés à les accueillir. La veille lundi, le décompte des martyrs palestiniens s’est élevé à 140, tous tombés sous les balles sionistes.
Un hôpital de la bande de Gaza a affirmé mardi que 21 enfants étaient morts de malnutrition ou de faim dans le territoire palestinien, où Israël étend ses opérations meurtrières sous un flot de condamnations internationales. Assiégés par Israël depuis le début de la guerre en octobre 2023, les 2,4 millions d’habitants de Gaza sont soumis à des pénuries sévères de nourriture et de biens de première nécessité, tandis que les centres de distribution d’aide humanitaire sont régulièrement la cible de tirs de l’armée d’occupation.
Selon Mohammed Abou Salmiya, directeur de l’hôpital al-Chifa à Gaza-Ville, les décès de 21 enfants « morts de malnutrition ou de faim » ont été enregistrés en 72 heures dans différents établissements y compris le sien, l’hôpital des Martyrs d’al-Aqsa à Deir el-Balah et l’hôpital Nasser à Khan Younès. « A chaque moment, de nouveaux cas de malnutrition et de famine parviennent aux hôpitaux de Gaza », a ajouté le médecin.
A l’hôpital Nasser, dans le sud de Gaza, des images de l’AFP ont montré des parents pleurant sur la dépouille de leur fils de 14 ans, Abdul Jawad al-Ghalban, mort de faim, dont le corps squelettique venait d’être enveloppé dans un sac mortuaire blanc. Le cas de Raheel Mohammed Rasras, une Palestinienne de 32 ans décédée lundi soir au complexe médical Nasser à Khan Younès, au sud de la bande de Gaza, est aussi douloureux. Elle pesait 50 kg il y a quelques mois. Elle n’en faisait que 25 kg lors de son décès. Portant à 20 cas ceux qui ont succombé à la faim et à la malnutrition durant les dernières 8 heures, selon des sources médicales.
Subissant le supplice de la faim, les survivants sont de plus en plus nombreux à souhaiter la mort pour « aller au paradis ». C’est le cas de cet enfant dont la mère, au bord du désespoir le préparait à mourir. « Moi je vais aller au paradis parce que j’ai patienté lorsque mon père est tombé en martyr … Mon Dieu, je veux aller chez mon père…j’ai envie de manger du chocolat… il y a aussi du poulet, de la viande… »
En même temps, les tirs meurtriers contre les Palestiniens qui attendent la distribution de l’aide humanitaire dans les centres de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF) ne connaissent pas de répit. Des sources médicales ont recensé 22 martyrs et 120 blessés depuis l’aube de mardi.
L’ONU a accusé mardi l’armée israélienne d’avoir tué depuis fin mai plus de 1.000 personnes qui attendaient de l’aide.
« Moralement inacceptable »
La situation humanitaire à Gaza est « moralement inacceptable », a affirmé mardi Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem. « Nous avons vu des hommes attendre pendant des heures sous le soleil dans l’espoir d’un simple repas », a-t-il ajouté.
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a fustigé mardi « l’horreur » dans la bande de Gaza. « Il suffit de regarder l’horreur qui se déroule à Gaza, avec un niveau de mort et de destruction sans équivalent dans l’histoire récente. La malnutrition explose. La famine frappe à toutes les portes », a-t-il déclaré lors d’une réunion du Conseil de sécurité.
En outre, la Défense civile a annoncé mardi que des frappes israéliennes avaient fait 15 martyrs, dont 13 dans le camp d’Al-Shati, dans le nord de Gaza, qui abrite des milliers de déplacés. Raed Bakr, père de trois enfants âgé de 30 ans, a décrit « une explosion massive » qui a soufflé leur tente en pleine nuit. « J’ai cru être dans un cauchemar. Du feu, de la poussière, de la fumée et des morceaux de corps projetés en l’air, des débris partout. Les enfants criaient », a témoigné à l’AFP Bakr, dont la femme a été tuée l’année dernière.
Muhannad Thabet, 33 ans, a décrit « une nuit de terreur » dans ce camp, « des frappes aériennes et des explosions ininterrompues ». La Défense civile a également fait état mardi de la mort de deux personnes à Deir el-Balah, dans le centre du territoire, où Israël avait annoncé la veille étendre ses opérations et appelé la population à l’évacuer.
L’armée israélienne a argué que ses soldats avaient « identifié des tirs dans leur direction dans le secteur de Deir el-Balah et avaient riposté » en visant l’origine des tirs.
Selon le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), entre 50.000 et 80.000 personnes se trouvaient alors dans la zone et près de 88% du territoire de Gaza est désormais soumis à un ordre d’évacuation israélien ou inclus dans une zone militarisée israélienne. Volker Türk, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a alerté sur le risque « extrêmement élevé » de violations graves du droit international après l’extension des opérations israéliennes.
La veille lundi, l’Organisation mondiale de la Santé avait annoncé que son principal entrepôt à Deir el-Balah avait été attaqué et que des soldats israéliens étaient entrés dans la résidence de son personnel dans ce secteur. « Le personnel masculin et des membres de leur famille ont été menottés, déshabillés, interrogés sur place et contrôlés sous la menace d’une arme », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS.
Double jeu de Londres
David Lammy, ministre britannique des Affaires étrangères, a qualifié, lundi, devant le Parlement, le système d’aide israélien à Gaza, via la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), d’« inhumain, dangereux et privant les Gazaouis de leur dignité ».
« C’est un spectacle grotesque, infligeant un coût humain terrible », a-t-il déclaré, dénonçant les frappes israéliennes ayant tué des civils cherchant de l’aide. Il s’est en outre interrogé: « Quelle justification militaire peut-il y avoir pour tuer des enfants affamés ? »
D. Lammy a également critiqué le plan ourdi par Israel Katz, ministre israélien de la guerre, de déplacer les civils à Rafah, le qualifiant de « vision cruelle ». « La guerre à Gaza doit cesser », a-t-il insisté, plaidant pour un cessez-le-feu permanent et la libération des captifs via des négociations, tout en excluant un rôle du Hamas dans la gouvernance de Gaza.
Il a fustigé l’« idéologie extrémiste » du gouvernement Netanyahu, accusé de bloquer la solution à deux États, et dénoncé la violence des colons.
En réponse, Gideon Sa’ar a rétorqué en prétendant que le Hamas est « le seul responsable » des souffrances à Gaza.
A noter que plus de 59 100 Palestiniens sont tombés en martyrs depuis le début de la guerre génocidaire israélienne contre Gaza, le 7 octobre 2025.
En dépit de cette sortie du chef de la diplomatie britannique, Londres joue sur plusieurs tableaux à la fois. The Guardian a publié un rapport de Haroon Siddiqui, correspondant aux affaires juridiques, indiquant que des institutions bancaires britanniques ont gelé les comptes de deux organisations pro-palestiniennes, une mesure qui suscite des inquiétudes quant aux tentatives croissantes de museler les voix soutenant Gaza et s’opposant à la guerre.
Les Amis de la Palestine du Grand Manchester et la Campagne écossaise de solidarité avec la Palestine se sont vu refuser l’accès à leurs comptes chez Virgin Money et Unity Trust. Le quotidien britannique estime que la branche anglaise de la Campagne de solidarité avec la Palestine a également vu ses comptes gelés, mais cela n’a pas pu être directement confirmé.
Ces mesures interviennent dans un contexte de répression croissante contre les organisations pro-palestiniennes, suite à la désignation de Palestine Action comme « organisation terroriste » et à l’arrestation de plus de 100 personnes accusées de la soutenir, de manifester pacifiquement, d’agiter le drapeau palestinien ou de porter des banderoles portant des slogans tels que « Liberté pour Gaza ».
Ces mesures accroissent les risques de répression contre les personnes critiques envers Israël. Owen Cooper, directeur financier de Greater Manchester Friends of Palestine, qui organise des événements pacifiques tels que des randonnées à vélo depuis un an et demi sans aucun incident ni poursuite pénale, a déclaré que Virgin Money refusait de fournir une explication quant à la fermeture des comptes de l’organisation. « S’il s’agit simplement de la présence du nom Palestine sur notre compte bancaire, je pense que c’est un signe très inquiétant. Il serait extrêmement décevant qu’un pays qui prétend respecter la liberté d’expression se comporte de la sorte, et que des citoyens ordinaires et honnêtes soient perçus comme des extrémistes. Que pense la banque de notre acte ? Certainement rien que la police puisse considérer comme un crime », a-t-il ajouté.
O. Cooper a expliqué que le gel empêchait l’organisation d’envoyer des fonds à Gaza et en Cisjordanie pour aider les personnes dans le besoin, ajoutant : « Ils empêchent de fait l’entrée à Gaza de l’aide, de la nourriture et des médicaments. Nous n’avons pas accès aux chasseurs F-35 ni aux bombes de 225 kg que nous finançons », faisant référence au soutien britannique à Israël dans sa guerre génocidaire contre Gaza.
Unity Trust Bank a déclaré s’efforcer d’être « la banque de référence pour toutes les organisations à vocation sociale au Royaume-Uni », y compris les associations caritatives et les syndicats.
Pour sa part Mick Napier, membre du comité financier de la Campagne écossaise de solidarité avec la Palestine, a toutefois qualifié les actions de la banque de « honteuses », expliquant que la campagne avait été informée le mois dernier que le blocage du compte était dû à la présence d’un bouton de don sur son site web, destiné à Palestine Action, avant son blocage le 5 juillet. Il a ajouté que le bouton avait été retiré immédiatement après le blocage, mais que le compte n’avait pas été débloqué. « C’est choquant. Il est profondément honteux qu’une campagne comme la nôtre soit traitée de cette manière. Nous travaillons depuis 25 ans. Nous avons soutenu Palestine Action jusqu’à son interdiction, mais nous ne nous attendions pas à ce que le compte soit gelé. Nous avons été profondément déçus. Nous pensons que c’est une très mauvaise pratique. Nous ne pouvons pas accéder à notre argent. Nous avons dû recourir à des moyens alternatifs peu pratiques pour payer nos factures et fonctionner en général, et cela a été extrêmement stressant », a ajouté M. Napier.
The Guardian a dans ce contexte interrogé les deux banques sur les raisons du gel des comptes et sur l’existence d’une influence extérieure, mais elles ont refusé de commenter les comptes individuels des clients.
