Plus de 120 martyrs ont été signalés lundi dans la bande de Gaza où la guerre génocidaire persiste en dépit des appels incessants au cessez-le-feu. À chaque cycle de négociations de cessez-le-feu, le Premier ministre israélien (recherché par la Cour pénale internationale) use du même subterfuge : il argue à tous les coups avoir accepté la proposition des médiateurs de conclure l’accord avant d’opérer la volte-face en accusant le Hamas de rejeter la proposition. La manipulation de Benyamin Netanyahu était manifeste ces derniers jours, avant sa visite à Washington et sa rencontre avec le président américain Donald Trump. Il avait envoyé une délégation à Doha pour négocier, faisant croire qu’il est réellement déterminé à parvenir à un accord avec la résistance palestinienne. Après sa visite et son retour de Washington, il a annoncé dimanche avoir accepté la proposition de Steve Witkoff, envoyé américain au Moyen-Orient. Avant d’accuser le Hamas de l’avoir rejetée.
Interrogés par le site web de la chaine qatarie al-Jazeera, des analystes ont convenu que les objectifs de B. Netanyahu de « manipuler » les négociations sont à plusieurs niveaux et multidirectionnels, certains étant internes tandis que d’autres peuvent inclure des aspects régionaux ou internationaux. Pour Abdullah Aqrabawi, analyste politique et chercheur en relations internationales et stratégiques, l’objectif de B. Netanyahu d’entamer le dernier cycle de négociations n’était pas d’obtenir un véritable accord, mais plutôt de répondre à ses besoins intérieurs pour sécuriser sa visite à Washington, améliorer son image auprès des Américains et alléger la pression sur lui. Il soutient qu’il existe un consensus stratégique entre le chef du gouvernement sioniste et les administrations américaines, l’actuelle et la précédente, concernant les objectifs de la guerre à Gaza. B. Netanyahu justifie l’échec de l’accord en affirmant que les objectifs qu’il s’est fixés dans le cadre de cette guerre n’ont pas encore été atteints. Il utilise également la pression exercée par ses partenaires dans le gouvernement de droite pour justifier cette intransigeance, et trouve en Donald Trump un allié qui partage ce discours en lui procurant un soutien juridique et politique.
Selon Sari Arabi, politologue et expert des affaires israéliennes, cette manipulation vise entre autres le public israélien. « Netanyahu possède une grande capacité à manipuler non seulement les partis palestiniens et internationaux, mais aussi la société israélienne elle-même », à savoir les familles des captifs israéliens et les membres de la coalition, avance Arabi, en présentant des justifications politiques à la société israélienne, vantant sa capacité à changer la face du Moyen-Orient et à réaliser des avancées sécuritaires et géopolitiques qui doivent être réalisées. Il demande à ce public israélien de faire preuve de patience et d’en assumer les conséquences.
Les objectifs de B. Netanyahu englobent plusieurs niveaux, selon ces experts. Des objectifs stratégiques sur le long terme, qui consistent à détruire la structure de la résistance à Gaza, à la désarmer, et à changer la scène politique pour éviter la récurrence de l’attaque du 7 octobre. Ils visent aussi à changer la face du Moyen-Orient en faveur d’Israël sur les plans militaire, économique et politique et à élargir les accords de normalisation d’Abraham. Quant aux objectifs, ils consistent à sauvegarder la coalition gouvernementale d’extrême-droite et à éviter les élections anticipées sauf s’il est rassuré que ses résultats seront à son avantage. Ce niveau-là comprend également des modifications au sein des institutions étatiques aussi bien militaires que sécuritaires.
Sur le plan palestinien, il est clair que le Premier ministre israélien aspire à liquider l’entité politique palestinienne et la cause palestinienne d’une manière définitive en annexant la Cisjordanie. Sur le plan personnel, le responsable sioniste craint par-dessus tout d’être exclu de la scène politique pour des raisons juridiques : soit interne en raison des accusations de corruption ou internationale du fait qu’il est recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il aspire avant tout d’être sacré « le héros d’Israël » qui a su préserver l’Etat et laver l’opprobre de l’attaque du 7 octobre.
Pour saborder ces objectifs, les experts interviewés par al-Jazeera sont d’accord que la poursuite de la résistance palestinienne est le seul choix dont disposent les Palestiniens. « Car la pression militaire influe sur les dirigeants politiques, ébranle la coalition gouvernementale et provoque l’érosion du soutien populaire », selon A. Aqrabawi. Concernant les négociations, ce dernier juge nécessaire que la résistance refuse les accords partiels qui ne garantissent pas de cessez-le-feu permanent, et qui permettent à B. Netanyahu d’obtenir des acquis qui réalisent ses objectifs.
Depuis Washington où il était en visite, B. Netanyahu a fait des déclarations qui illustrent sa volonté de prolonger la guerre en refusant les ententes qui pourraient la stopper : ses conditions stipulent la préservation de 40% de la superficie de la bande de Gaza, ainsi que le couloir de Netzarim qui la coupe en deux. Il a défendu le projet de mettre au point « une ville humanitaire » pour les déplacés et qui n’est autre qu’un camp de concentration qui devrait inciter les Palestiniens à quitter l’enclave malgré-eux. Des experts israéliens parlent ouvertement du projet qui ne consiste pas seulement à éradiquer le Hamas mais à réoccuper entièrement la bande de Gaza et à la vider de ses habitants pour y édifier à nouveau les colonies israéliennes.
Dimanche, le Hamas et le Jihad islamique ont affirmé que toute négociation indirecte avec Israël devrait conduire à la fin de la guerre d’extermination à Gaza, à un retrait israélien total de la bande, à l’ouverture des points de passage et à la reconstruction.
Singulières opérations
Deux nouvelles opérations de la résistance palestinienne ont eu lieu dans la bande de Gaza, selon les médias israéliens. Elles ont été réalisées simultanément dans les quartier al-Touffah et Chouja’iya à Gaza-ville et à Khan Younes au sud de l’enclave. Un premier bilan fait état de la mort de 3 soldats israéliens dans la première. Aucun détail n’a été fourni concernant la seconde opération.
Concernant la première opération, une première version véhiculée dans des sites israéliens, avance qu’un énorme engin piégé a explosé au passage d’un véhicule, au nord-est de Gaza, le brûlant en entier. Un soldat a été porté disparu avant d’être retrouvé mort. « Il semble qu’il y a eu une tentative d’enlèvement et la directive Hannibal a été activée dans l’endroit où le soldat a été tué ». Les lambeaux du cadavre d’un soldat israélien ont été retrouvés après les affrontements.
Une seconde version rapporte que le véhicule a été frappé à l’aide d’un obus anti blindé. Une troisième version assure que c’est un char Merkava qui a été frappé par cet obus.
La directive Hannibal est activée pour prévenir la capture de soldats israéliens. Elle avait été activée une première fois lors de l’attaque du Hamas Déluge d’al-Aqsa le 7 octobre 2023. Elle consiste à bombarder les lieux de capture des soldats israéliens au prix de leur vie. Des médias palestiniens ont fait état de raids violents perpétrés dans l’entourage de l’incident sécuritaire. Le site d’information palestinien Quds News a assuré dans l’après-midi que les affrontements se poursuivent à l’est de Gaza-ville où l’occupation bombarde violemment les quartiers Al-Touffah et Chouja’iye.
L’armée fait face à « une nouvelle catastrophe » dans la bande de Gaza où « des combats rudes et compliqués » se déroulent depuis plusieurs heures notamment dans le côté est de Gaza-ville, ont précisé les médias israéliens dans la journée. 5 hélicoptères ont atterri dans les hôpitaux israéliens dont celui de Tel HaShomer après ces deux évènements, ce qui illustre l’importance des tués et blessés dans les rangs de l’armée d’occupation.
Les Brigades al-Qassam du Hamas ont pour leur part revendiqué le tir d’un obus al-Yassin 105 contre un véhicule de type Panther à proximité de la rue 5 vers le nord-ouest de Khan Younès au sud de l’enclave, dans une autre région que celle citée par les médias israéliens pour la première opération. Il s’agirait de la seconde opération réalisée simultanément. Un 4eme soldat y aurait péri.
Le média Hadashot BeZman qui avance le chiffre de 3 tués dans la première opération a accusé le gouvernement israélien de trahir les soldats israéliens « trahison après trahison ». « Nous ne vous cacherons pas la vérité, nos soldats sont tués dans une guerre absurde destinée à maintenir le gouvernement de Netanyahu et à garder Smotrich et Ben Gvir comme ministres dans son cabinet », a dénoncé ce média farouchement hostile à la poursuite de la guerre.
Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a dit ces dernières heures « qu’il n’est pas prêt à sacrifier le peuple israélien pour les otages israéliens », retenus en captivité dans la bande de Gaza. Le site constate qu’à chaque fois qu’il y a des soldats tués à Gaza des médias israéliens rendent compte que des hommes armés palestiniens ont été tués. « L’armée ne parvient pas à traiter avec les combattants palestiniens qui frappent par derrière ses troupes. Alors elle a recours à la ruse habituelle en diffusant des vidéos pour insuffler l’impression aux gens que des exploits sont réalisés »
Mardi dernier, 5 militaires israéliens avaient péri dans une embuscade complexe au nord de la bande de Gaza et 14 autres avaient été blessés. Ils faisaient partie de l’unité Netzah Yehuda.
Depuis l’opération du Hamas Déluge d’al-Aqsa le 7 octobre 2023, 890 militaires israéliens ont été tués et 6 mille blessés, d’après les chiffres officiels.
Guerre d’usure
Le Hamas a assuré que « nos résistants mènent une guerre d’usure, surprenant quotidiennement l’ennemi par des tactiques de terrain innovantes, lui faisant perdre l’initiative et déjouant ses calculs, malgré sa puissance de feu supérieure et sa supériorité aérienne. » Et de poursuivre que « plus la guerre s’éternise, plus l’armée d’occupation s’enfonce dans les sables mouvants de Gaza, et sa vulnérabilité aux frappes qualitatives de la résistance augmente ».
Le communiqué ajoute que « le criminel Netanyahu plonge son armée et son entité dans une guerre vaine et sans perspective ; sa poursuite menace non seulement la vie des captifs et des soldats, mais laisse présager une catastrophe stratégique pour son entité », avant de conclure que « la ‘victoire absolue’ prônée par Netanyahu est une grande illusion, destinée à masquer une défaite retentissante sur le terrain et politiquement. »
Un énième soldat s’est suicidé, a révélé le site israélien Hadashot. com selon lequel il a été retrouvé dans un camp militaire au nord de la Palestine occupée. Les suicides deviennent plus récurrents ces derniers jours. Vendredi dernier, un soldat qui s’était donné la mort a été trouvé dans sa voiture dans la colonie Tfouh au sud-est de Naplouse en Cisjordanie occupée. Jeudi, le cadavre d’un soldat qui s’était suicidé a été trouvé dans le quartier Har Homa dans la ville sainte d’al-Qods.
Selon les chiffres publiés par le quotidien Haaretz, au moins 42 militaires israéliens se sont donnés la mort depuis le 7 octobre 2023. 11 colons non militaires se sont aussi suicidés depuis le début de cette guerre génocidaire contre les Palestiniens.
Des sources médicales gazaouies ont alerté sur le fait que 47 % des médicaments essentiels à Gaza étaient désormais en rupture de stock, menaçant la continuité des soins médicaux pour les patients et les blessés. Dans une autre perspective, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a recensé plus de 5 800 enfants diagnostiqués pour des cas de malnutrition à Gaza au cours du mois de juin. Selon l’agence onusienne, les corps des enfants de Gaza dépérissent sous le coup de la faim et l’aide doit être acheminée immédiatement et à grande échelle dans l’enclave.
De leur côté, les municipalités du gouvernorat central de la bande de Gaza, en coordination avec le Conseil de gestion des déchets solides des autorités locales des gouvernorats du sud de Rafah, Khan Younès et du gouvernorat central, ont annoncé la suspension totale de tous les services essentiels pour cause de pénurie de carburant nécessaire au pompage des puits d’eau, des stations d’épuration, des véhicules de collecte et de transport des déchets, ainsi que les engins lourds de déblayage des gravats.
Au total, la guerre génocidaire israélienne contre Gaza, lancée depuis octobre 2023, a coûté la vie à plus de 58 000 Palestiniens, pour la plupart des femmes et des enfants.
La chaîne israélienne Channel 12 a comparé la guerre en cours dans la bande de Gaza à la première guerre du Liban (qui a débuté en 1982 et a prolongé l’occupation israélienne du sud jusqu’au Jour de la Résistance et de la Libération en 2000), au cours de laquelle « des soldats étaient tués de manière inutile et continue », la décrivant comme « 18 années de sang ».
« Des soldats israéliens étaient tués au Liban, et finalement, nous sommes tous partis. Cela ressemble aussi à la guerre de Gaza. Ce n’est pas bon et c’est inutile. Je trouve cela frustrant, car il n’y a aucun résultat ». a déclaré Barak Sari, conseiller stratégique de la chaîne. Reconnaissant que « la pression militaire n’a pas permis la libération de prisonniers, malgré le contrôle israélien sur de vastes zones de la bande de Gaza », il a critiqué les objectifs et les résultats de la guerre israélienne contre Gaza, qui dure depuis le 7 octobre 2023, notant : « Personne ne comprend où cette guerre nous mène ».
Dans le même ordre d’idées, Ofer Shelah, ancien député israélien à la Knesset, a admis que « la guerre contre Gaza a épuisé ses acquis et qu’aucun autre résultat n’a été obtenu depuis plus d’un an ». Ce directeur du programme de politique de sécurité nationale d’Israël à l’Institut d’études de sécurité nationale, a décrit la guerre contre Gaza comme « des soldats tués et une armée gravement épuisée ». Évoquant les projets de déplacement des Palestiniens de la bande de Gaza, il a affirmé que, « contrairement aux espoirs des responsables israéliens, les habitants de Gaza ne partiront nulle part ».
O. Shelah a exigé la fin de la guerre et a critiqué la conduite dans les négociations, affirmant « qu’Israël n’est pas prêt à accepter le maximum, qui est le minimum, accepté par le Hamas depuis le 8 octobre 2023 ». Il a expliqué que « ce point (le point de rencontre entre le maximum et le minimum) est la fin de la guerre sous sa forme actuelle et la conclusion d’un accord prévoyant le retour de tous les prisonniers ». Il encore souligné que « tant que ce point ne sera pas sur la table des négociations et que le gouvernement israélien cherchera autre chose que la fin de la guerre, il n’y aura pas d’accord prévoyant le retour de tous les prisonniers ».
Dans ce contexte, le général de réserve de l’armée israélienne Yitzhak Brick a également pris la parole, accusant le chef d’état-major Eyal Zamir « de ne pas avoir dit la vérité sur la guerre ». Il a de même souligné que « les soldats israéliens meurent en vain à Gaza, reconnaissant l’incapacité à vaincre le Hamas », notant que « les tunnels sont revenus sous le corridor de Philadelphie, le corridor de Morag et le corridor de Netzarim, avec des approvisionnements pour des mois ».
