Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, a déclaré au Financial Times que les investissements chinois au Maroc traduisent la volonté de Pékin d’écouler ses surcapacités de production, en réorientant ses exportations vers l’Europe via des pays partenaires. Une tendance devenue, selon lui, « un très gros problème pour l’économie européenne ».
Dans un contexte de tensions commerciales croissantes, l’UE a renforcé sa défense face à la Chine et à ce qu’elle considère comme des mécanismes de contournement des droits de douane. L’an dernier, la Commission européenne a conclu que des jantes en aluminium exportées depuis le Maroc avaient bénéficié de subventions indues de Rabat et de Pékin, dans le cadre de l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie.
Les responsables européens reconnaissent toutefois la difficulté de faire la part entre une coopération industrielle réelle entre la Chine et le Maroc et de possibles tentatives de contourner les barrières douanières européennes. L’UE a déjà imposé des taxes pouvant atteindre 45% sur les véhicules électriques chinois.
De leur côté, les investisseurs chinois mettent en avant le rôle désormais central du Maroc dans les chaînes d’approvisionnement de l’industrie automobile européenne, un élément qui rendrait toute mesure protectionniste plus délicate à mettre en œuvre. Junji Cai, chef de projet au sein du groupe chinois de systèmes de freinage APG, a indiqué que l’usine de l’entreprise prévue dans la zone Tanger Tech, pour un investissement de 70 millions de dollars, s’appuierait à la fois sur la main-d’œuvre et les matériaux locaux, ainsi que sur des technologies et des intrants chinois. Selon lui, la coopération entre entreprises européennes, marocaines et chinoises génère des bénéfices mutuels et permet d’approvisionner les usines européennes à des prix compétitifs. APG devrait rejoindre une dizaine d’autres entreprises chinoises déjà présentes dans la zone industrielle. Sentury Tire y a lancé les activités de son usine, tandis que BTR New Material Group, premier fournisseur mondial de matériaux d’anode pour batteries, y construit une nouvelle unité.
Parmi les autres investissements chinois au Maroc figure un projet de gigafactory de batteries de 1,3 milliard de dollars porté par Gotion High-tech à Kénitra. Le groupe allemand Volkswagen détient 2% de cette entreprise. Il s’agit du premier projet du genre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Mehdi Iraqi, président du Conseil d’affaires Maroc-Chine, a confié au Financial Times que depuis la pandémie de Covid-19, des délégations d’investisseurs chinois potentiels se rendent au Maroc au rythme de deux à trois par semaine.
L’offre marocaine aux investisseurs étrangers repose sur plusieurs avantages : exonération fiscale de cinq ans, main-d’œuvre jeune, recours possible aux énergies renouvelables pour réduire l’impact de la taxe carbone européenne, ainsi qu’un accès à un marché d’environ 2,5 milliards de consommateurs grâce à près de 50 accords de libre-échange, notamment avec l’UE et les États-Unis.
Le Maroc rejette les accusations de point d’entrée des surcapacités chinoises en Europe. Yassine Lahyani, directeur des industries émergentes et d’autres secteurs à l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), estime que le royaume peut être «l’un des meilleurs partenaires industriels de l’UE». Il présente cette coopération comme une opportunité mutuelle, tout en appelant les investisseurs chinois à respecter les règles d’origine. Celles-ci exigent qu’un produit soit transformé industriellement au Maroc de manière suffisante, pour bénéficier d’exonérations douanières lors de son exportation vers l’UE.

