Nouveau tournant dans le procès en appel du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de N. Sarkozy en 2007. Le 15 avril, l’audience a été marquée par une nouvelle montée de tension entre l’ancien chef de l’État et son ex-bras droit, C. Guéant, désormais au cœur d’une rupture publique qui redessine les lignes de défense du dossier. Au lendemain d’une première riposte écrite versée au dossier, l’avocat de C. Guéant, Philippe Bouchez El Ghozi, a adressé une mise en garde explicite à N. Sarkozy. « La mémoire revient parfois quand on est mis en cause », a-t-il lancé, précisant que son client était prêt à produire un « complément d’attestation » en cas de nouvelles accusations devant la cour.
Cette séquence intervient après le changement de stratégie adopté par N. Sarkozy au cours de son interrogatoire. Depuis le début de l’audience, l’ancien président a pris ses distances avec C. Guéant et Brice Hortefeux, estimant qu’ils avaient commis une « erreur », voire une « faute », en rencontrant à son insu, selon sa version, le dignitaire libyen Abdallah Senoussi à Tripoli en 2005. Pour la justice, ces rencontres constituent un élément central du dossier. Le tribunal correctionnel avait estimé en première instance qu’elles avaient pu servir à nouer un « pacte de corruption », en échange d’un soutien financier libyen à la campagne de 2007.
N. Sarkozy a été condamné à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs et conteste fermement cette décision en appel. Le 14 avril, C. Guéant, absent pour raisons de santé, a choisi de répondre par écrit aux doutes exprimés sur sa probité. Dans cette attestation, l’ancien secrétaire général de l’Élysée affirme que toutes les démarches entreprises l’ont été dans le cadre de ses fonctions et sur instruction directe de N. Sarkozy. Cette prise de position marque une rupture spectaculaire avec la défense commune affichée jusque-là par les anciens proches. Son avocat accuse N. Sarkozy de chercher à « se défausser » en rejetant sur son ancien collaborateur la responsabilité des démarches entreprises autour du dossier Senoussi. Selon la défense de C. Guéant, cette ligne pourrait au contraire fragiliser davantage l’ancien président devant la cour.
