Cette réunion fait suite au nouveau positionnement de la Russie qui a mis son veto à un projet de résolution proposé par les États-Unis, qui suggérait d’importants changements dans l’approche des Nations unies sur ce différend. En réaction, les États-Unis ont également opposé leur veto à une résolution russe visant à maintenir inchangé le mandat de la MINURSO.
Le mandat actuel de la mission doit prendre fin, à moins qu’un compromis ne soit trouvé par le Conseil pour permettre la poursuite de ses activités. Un communiqué du Cabinet royal a précisé vendredi soir que l’absence de prolongation du mandat de la MINURSO « signifie clairement que la présence de cette mission dans les provinces du Sud du Royaume, notamment son personnel, ses véhicules, ses équipements et ses symboles, devra prendre fin dans les prochains jours ». Le communiqué a ajouté que le non-renouvellement du mandat « devrait mettre un terme au renvoi de ce dossier devant le Conseil de sécurité et retirer la question de son ordre du jour ».
Le Maroc avait été informé à l’avance de la possibilité d’un veto russe contre le projet de résolution américain sur le Sahara occidental et avait préparé sa stratégie en conséquence, a affirmé samedi Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, lors d’une émission spéciale diffusée sur la deuxième chaîne marocaine. Le chef de la diplomatie a expliqué que Rabat n’avait pas tenté de convaincre Moscou de renoncer à son opposition, après avoir évalué les conséquences d’un tel scénario pour ses intérêts. Le Royaume a préféré considérer ce veto comme une occasion de remettre en question les règles de gestion du dossier au sein des Nations unies, plutôt que de chercher à tout prix à préserver le statu quo. Le Maroc aurait également anticipé les conséquences de l’échec des deux textes au Conseil de sécurité, qui a laissé la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) sans mandat à compter du 31 octobre minuit (heure de New York).
Le projet américain, soutenu par onze membres du Conseil, prévoyait notamment de faire du plan d’autonomie marocain la base des négociations avec une redéfinition du mandat de la MINURSO. Il a été bloqué par le veto russe. Le contre-projet de Moscou, qui proposait de reconduire la mission sans changement, n’a recueilli que trois voix favorables. Pour Rabat, cette impasse ouvre ainsi la voie à une redéfinition du cadre onusien du dossier, notamment du rôle du Conseil de sécurité et des modalités du processus politique. Le Maroc a annoncé, dans un communiqué du Cabinet royal publié après les votes, qu’il entendait tirer les conséquences de la non-reconduction du mandat de la MINURSO.
« Les relations entre le Maroc et la Russie sont empreintes de liens historiques, amicaux et respectueux, qui s’étendent sur une dizaine d’années. Ce partenariat stratégique a été établi en mars 2016 entre Sa Majesté le Roi et le président Poutine », a affirmé Omar Hilale, représentant permanent du royaume aux Nations unies, lors d’une interview à Medi1 TV, dimanche. Une déclaration qui témoigne d’une relation apaisée entre Rabat et Moscou malgré le veto russe au projet de résolution américain sur la MINURSO.
Ajoutant que « le Maroc respecte cette relation et continuera à coopérer avec la Russie pour deux raisons. D’abord, ce veto ne compromet pas la souveraineté marocaine sur le Sahara. Au contraire, il nous a permis de consolider cette souveraineté, puisqu’il n’y a désormais plus d’interférences, ni de réunions du Conseil de sécurité, ni de discussions sur le mandat de la MINURSO comme auparavant »
Dans le sillage de la sortie de N. Bourita, O. Hilale a attribué le veto de Moscou au Conseil de sécurité de l’ONU à l’influence des autorités algériennes. « L’Algérie était pratiquement derrière ce veto », a-t-il précisé.
Évitant de plonger dans des « considérations géopolitiques », le diplomate a estimé que « le veto russe défendait, en partie, la position de l’Algérie. Alger a tout mis en œuvre pour bloquer le projet de résolution américain, utilisant pressions, chantages et transactions pour convaincre ceux qui… ou ceux qui ont levé la main pour le veto ».
Pour rappel, le ministère algérien des Affaires étrangères a admis, samedi, qu’Ahmed Attaf avait « envoyé des lettres officielles aux membres du Conseil de sécurité pour les alerter sur les conséquences extrêmement graves des récents développements liés au conflit du Sahara occidental ».
A signaler aussi que Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, de retour d’une réunion du G20 à Atlanta les 30 et 31 octobre, a fait une escale technique à l’aéroport de Casablanca.
Bons offices onusiens
L’Organisation des Nations unies a annoncé que le mandat de sa mission au Sahara occidental, la MINURSO, a pris fin samedi à minuit (heure New York), après que le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à le prolonger. Le Secrétaire général a salué le rôle déterminant joué par la mission depuis sa création en 1991, qui a contribué à « surveiller le cessez-le-feu et à créer des conditions propices à la recherche d’une solution politique ».
Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU, a rapporté les propos du Secrétaire général António Guterres, qui a exprimé sa profonde gratitude au personnel de la MINURSO, notamment à son Représentant spécial pour le Sahara occidental, Alexander Ivanko, dont « la direction a guidé le travail de la mission au cours d’une période difficile, après la reprise des hostilités en 2020 ». Il a également rendu hommage aux 20 membres de la mission qui ont perdu la vie au cours des 35 années de présence de l’ONU au Sahara occidental.
Le porte-parole de l’ONU a indiqué que le 1er novembre 2026 marquait le début d’une période de liquidation, au cours de laquelle une équipe réduite, relevant du Département de l’appui opérationnel de l’ONU, supervisera le rapatriement ordonné des biens appartenant aux pays contributeurs de troupes, ainsi que le traitement approprié des équipements appartenant aux Nations unies.
Le Secrétaire général a appelé toutes les parties à coopérer pleinement afin que ce processus soit mené à bien de manière ordonnée et dans les meilleurs délais. « La MINURSO a été créée pour protéger et servir le peuple du Sahara occidental, notamment en lui permettant d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination. Le Secrétaire général souligne que le départ de la MINURSO n’éteint pas ces droits inaliénables et appelle toutes les parties à respecter et à défendre les droits du peuple du Sahara occidental. »
Le communiqué indique que le Secrétaire général demeure préoccupé par la situation sécuritaire dans l’ensemble de la région et par le risque d’une nouvelle escalade des hostilités. Il a appelé toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de toute action susceptible d’accroître les tensions ou de compromettre la stabilité régionale.
A. Guterres a réaffirmé l’engagement des Nations unies à soutenir les parties dans la recherche d’une « solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, garantissant le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination ».
Le communiqué souligne que, bien que les opérations de maintien de la paix de la MINURSO aient pris fin, les Nations unies restent prêtes à continuer d’appuyer les efforts visant à promouvoir le dialogue et à parvenir à un règlement pacifique du différend, par l’intermédiaire de l’Envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura.
La MINURSO a été créée en avril 1991 par la résolution 690 du Conseil de sécurité. Son quartier général se trouvait à Laâyoune et elle comptait 11 team sites sur le territoire ainsi que dans les camps de Tindouf en Algérie. Si son mandat initial portait principalement sur l’organisation d’un référendum dans le cadre du plan de règlement, l’ONU a procédé en 2000 à une évaluation globale du travail de la mission. Le rapport présenté alors par le Secrétaire général avait conclu que l’organisation du référendum n’était pas possible. Depuis lors, le rôle de la mission s’était limité à la surveillance du cessez-le-feu et à la recherche d’une solution politique acceptable par toutes les parties.
Sur le terrain, une première réunion restreinte de hauts responsables s’est tenue samedi au siège de la MINURSO, à Laâyoune, afin d’examiner les modalités du retrait de la mission, dont le mandat a expiré dans la nuit de samedi à dimanche faute de renouvellement par le Conseil de sécurité de l’ONU. Une réunion élargie aux responsables des composantes civile et militaire est prévue lundi 2 novembre au siège de la mission, à Laâyoune, afin de poursuivre les préparatifs.
La fin des opérations de la MINURSO met un terme au dispositif onusien de surveillance militaire au Sahara occidental. Depuis la reprise des hostilités par le Polisario en novembre 2020, la mission continuait notamment à observer les activités militaires et à documenter les incidents. Son retrait pose désormais la question des mécanismes susceptibles d’assurer ces fonctions sur le terrain.

