Les données de Trading Economics ont montré une forte progression des indices pétroliers, les marchés réagissant aux évolutions en Iran dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient et d’incertitude grandissante sur le détroit d’Ormuz, voie stratégique majeure du transit pétrolier mondial.
Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a averti lundi que les conditions des marchés pétroliers mondiaux « se sont détériorées ces derniers jours », évoquant la possibilité de libérer les stocks d’urgence pour stabiliser l’approvisionnement mondial. Dans un communiqué publié à l’issue de sa participation à la réunion des ministres des Finances du G7, tenue à l’invitation du ministre français de l’Économie Roland Lescure, la France assurant la présidence du G7, F. Birol a indiqué avoir fourni aux ministres une mise à jour sur la situation des marchés pétroliers mondiaux. Il a souligné que, « en plus des difficultés de transit par le détroit d’Ormuz, une part substantielle de la production pétrolière mondiale a été réduite », ce qui « crée des risques significatifs et croissants pour le marché ».
Face à cette situation, le directeur de l’AIE a indiqué que « toutes les options disponibles ont été discutées, y compris la mise sur le marché des stocks pétroliers d’urgence de l’AIE ». Il a précisé que les pays membres de l’AIE détiennent actuellement « plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics d’urgence », auxquels s’ajoutent « 600 millions de barils de stocks industriels détenus sous obligation gouvernementale ».
F. Birol a également indiqué être « en contact étroit » avec les ministres de l’Énergie de plusieurs pays à travers le monde au sujet de la situation, citant des échanges récents avec l’Arabie saoudite, le Brésil, l’Inde, l’Azerbaïdjan et Singapour.
En ce début de semaine, la panique s’est emparée des marchés, après un week-end marqué par le durcissement de la guerre en Iran et un bond des cours de l’or noir, faisant craindre un nouveau choc inflationniste. Alors que les bourses européennes ont décroché à l’ouverture lundi, les bourses asiatiques les avaient précédées dans ce que certains médias qualifient de « débâcle ». Séoul et Tokyo ont clôturé en chute de respectivement 5,96 % et 5,19 %. Figurent au cœur des inquiétudes les perturbations de l’approvisionnement via le détroit d’Ormuz. Passage stratégique par lequel transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic est bloqué depuis plusieurs jours par les opérations militaires des Gardiens de la révolution, menées en représailles aux frappes lancées contre l’Iran par les États-Unis et Israël le 28 février.
Sur le marché des matières premières, si un baril au-delà du seuil symbolique de 100 dollars était anticipé par les analystes du secteur, c’est finalement à 119,5 dollars que le Brent s’est retrouvé dans la nuit du 8 au 9 mars, soit un bond de 25 %, avant une légère correction. Du côté du gaz, le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne en la matière, progresse de plus de 23 % après avoir ouvert sur une flambée de près de 30 %. Toujours sur ce front de l’or bleu, des tabloïdes britanniques ont agité la crainte d’une pénurie à court terme. « La Grande-Bretagne ne dispose que de deux jours de réserves de gaz naturel », a ainsi assuré le 8 mars le Daily Mail, ajoutant que le Royaume-Uni n’aura « d’autre choix que de surenchérir sur ses concurrents européens », lesquels seraient par ailleurs « bien mieux préparés à faire face aux fluctuations d’approvisionnement », avec des réserves « suffisantes pour plusieurs semaines ».
Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a déclaré lundi qu’il est « peu probable » que la sécurité soit rétablie dans le détroit d’Ormuz dans le contexte de la guerre en cours dans la région. « Il est peu probable qu’une quelconque sécurité soit assurée dans le détroit d’Ormuz au milieu des feux de la guerre allumés par les États-Unis et Israël dans la région », a écrit Larijani sur la plateforme américaine X. Il a ajouté que cela serait particulièrement le cas si la tentative de sécurisation est « conçue par des parties qui n’étaient pas loin de soutenir cette guerre et de contribuer à l’alimenter ».
Plus tôt lundi, le président français Emmanuel Macron a déclaré que la France et ses alliés préparent une mission navale « purement défensive » visant à rouvrir le détroit et à escorter les navires une fois que la phase la plus intense du conflit au Moyen-Orient se sera atténuée.
L’escalade régionale s’est enflammée depuis qu’Israël et les États-Unis ont lancé une attaque conjointe contre l’Iran le 28 février, ayant jusqu’à présent fait plus de 1 200 morts, dont le guide suprême Ali Khamenei. Téhéran a riposté par des frappes de drones et de missiles ciblant Israël, la Jordanie, l’Irak et les pays du Golfe abritant des bases militaires américaines.
Pour sa part, la Chine a promis lundi de sécuriser ses approvisionnements énergétiques dans le contexte du conflit militaire en cours au Moyen-Orient. « La sécurité énergétique est d’une importance vitale pour l’économie mondiale », a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, lors d’une conférence de presse à Pékin. « Toutes les parties ont la responsabilité d’assurer un approvisionnement énergétique stable et sans entrave. La Chine fera ce qu’il faut pour protéger sa sécurité énergétique », a -t-il ajouté.
Cette déclaration, de la part d’un pays fortement dépendant des importations énergétiques en provenance des nations du Golfe, intervient alors que le détroit d’Ormuz, dans le golfe Persique, est fermé, entraînant une forte baisse du trafic maritime. Il s’agit d’une route clé qui transporte environ 20 millions de barils de pétrole par jour.
L’armée iranienne a menacé dimanche d’attaquer des installations pétrolières régionales en représailles aux frappes américaines et israéliennes sur ses infrastructures énergétiques, a rapporté l’Iranian Students News Agency (ISNA). La menace a été émise par le Quartier général central Khatam al-Anbiya, le commandement unifié des forces armées iraniennes.
Le commandement a indiqué que de « nouvelles attaques brutales » des États-Unis et d’Israël avaient ciblé des parties des infrastructures de carburant et d’énergie de l’Iran ainsi que des installations servant les civils iraniens. Il a exhorté les gouvernements des pays islamiques à mettre en garde Washington et Tel-Aviv contre la poursuite de telles attaques sur les installations pétrolières. « Le non-respect de cet avertissement pourrait entraîner des mesures de représailles similaires à travers la région », a averti le commandement, soulignant que l’escalade pourrait avoir de graves conséquences économiques, suggérant que le prix du pétrole pourrait dépasser 200 $ le baril si le conflit s’étendait.
Samedi, des avions de guerre israéliens ont frappé des dépôts de stockage de pétrole et des installations de raffinage à Téhéran, marquant la première fois que Tel-Aviv visait de telles installations depuis le lancement d’une attaque plus large sur l’Iran la semaine dernière, conjointement avec les États-Unis.
