L’augmentation des transferts des MRE confirme ainsi la résilience de cette source de devises, devenue au fil des années l’un des principaux soutiens de la balance des paiements marocaine. À cette performance s’ajoute la bonne tenue de l’activité touristique, dont les retombées se reflètent dans l’évolution de la balance des voyages.
Selon le bulletin mensuel des échanges extérieurs de l’Office des changes, le solde positif de la balance « Voyages » a dépassé 34,55 milliards de dirhams à fin avril, enregistrant une progression de 26,7 % sur un an. Cette amélioration est portée par une hausse soutenue des recettes de voyage, qui ont atteint 44,39 milliards de dirhams, soit une augmentation de 21,2 %. Les dépenses liées aux voyages à l’étranger ont, quant à elles, progressé à un rythme plus modéré de 5,4 %, pour s’établir à 9,84 milliards de dirhams.
Cette dynamique favorable des recettes touristiques et des transferts des MRE contraste toutefois avec l’évolution des investissements directs étrangers (IDE), dont les flux nets affichent un recul sur les quatre premiers mois de l’année.
A contrario, le flux net des IDE s’est établi à 11,65 milliards de dirhams à fin avril 2026, en baisse de 10,1 % par rapport à la même période de 2025. Cette contraction résulte d’un recul simultané des recettes et des dépenses liées à ces investissements. Les recettes ont ainsi diminué de 19,6 % pour atteindre 16,08 milliards de dirhams, tandis que les dépenses ont chuté de 37,2 %, s’établissant à 4,43 milliards de dirhams. À l’inverse, les investissements directs marocains à l’étranger (IDME) poursuivent leur progression. Leur flux net a enregistré une hausse de 41,9 %, dépassant 3,46 milliards de dirhams. Cette évolution s’explique par une augmentation des recettes issues des cessions d’investissements marocains à l’étranger, en progression de 11,6 % à 5,27 milliards de dirhams, ainsi que par une hausse de 22 % des dépenses d’investissement, qui ont atteint 8,74 milliards de dirhams.
Ces indicateurs interviennent alors que les échanges commerciaux du Royaume continuent de subir d’importantes tensions. À fin avril 2026, le déficit commercial a dépassé 127,04 milliards de dirhams, soit une aggravation de 18,4 % comparativement à la même période de l’année précédente. Cette détérioration résulte principalement d’une progression des importations plus rapide que celle des exportations. Les achats de biens à l’étranger ont augmenté de 12,7 % pour atteindre 295,9 milliards de dirhams, tandis que les exportations ont progressé de 8,7 %, à 168,856 milliards de dirhams. Conséquence directe : le taux de couverture des importations par les exportations a perdu deux points, pour s’établir à 57,1 %.
L’analyse des importations révèle une forte hausse de plusieurs catégories de produits. Les produits bruts affichent la progression la plus marquée, avec une augmentation de 48,8 % à 19,23 milliards de dirhams. Les produits finis d’équipement ont également enregistré une croissance significative de 21,8 %, atteignant 72,6 milliards de dirhams. Les importations de produits finis de consommation ont progressé de 15,2 % à 72,97 milliards de dirhams, tandis que celles des demi-produits ont augmenté de 2,7 % pour atteindre 56,92 milliards de dirhams. Seule exception notable : les produits alimentaires, dont les importations ont reculé de 5,9 %, à 31,51 milliards de dirhams.
Du côté des exportations, la performance reste largement portée par les secteurs industriels à forte valeur ajoutée. L’industrie automobile confirme sa position de locomotive des exportations marocaines, avec des ventes en hausse de 18,6 %, à 58,28 milliards de dirhams. Le secteur aéronautique poursuit également sa progression, enregistrant une croissance de 15,9 % pour atteindre 11,03 milliards de dirhams.
En revanche, plusieurs secteurs historiques de l’export marocain ont connu un ralentissement. Les exportations du textile et du cuir ont diminué de 6,7 %, celles de l’électronique et de l’électricité de 3,5 %, tandis que les ventes de phosphates et dérivés ont reculé de 1,5 %. Le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire fait figure d’exception, avec une légère hausse de 0,8 %, rompant avec la tendance baissière observée précédemment.
Parallèlement, les services continuent de soutenir les comptes extérieurs du Royaume. L’excédent de la balance des services a progressé de 16,4 % pour atteindre 54,91 milliards de dirhams. Cette évolution résulte d’une augmentation simultanée des exportations et des importations de services. Les exportations ont ainsi progressé de 13,9 % à 106,09 milliards de dirhams, tandis que les importations ont augmenté de 11,4 %, à 51,18 milliards de dirhams.
Au terme des quatre premiers mois de 2026, le tableau des échanges extérieurs marocains apparaît ainsi contrasté. D’un côté, les transferts des MRE, les recettes touristiques et l’excédent des services continuent de renforcer les entrées de devises. De l’autre, le ralentissement des investissements étrangers et l’aggravation du déficit commercial rappellent la persistance des déséquilibres structurels auxquels l’économie marocaine demeure confrontée.

