Youssef Bella a également exhorté l’ensemble de la communauté marocaine résidant en Italie à demeurer unie, responsable et vigilante, l’invitant à ne pas céder aux provocations ni aux tentatives d’instrumentalisation de cette douloureuse tragédie, ainsi qu’à exprimer sa douleur, aux côtés de ses amis italiens, dans un esprit de dignité, de sérénité et dans le plein respect de l’ordre public.
Le diplomate marocain a exprimé aussi, dans un communiqué ad hoc, sa profonde gratitude pour les nombreux messages de solidarité, de compassion et de soutien adressés par de larges composantes de la société civile italienne ainsi que par de nombreux citoyens, à la suite du drame survenu le 19 juillet à Bologne, au cours duquel le ressortissant marocain a perdu la vie lors d’une intervention des forces de l’ordre.
Y. Balla a, de même, fait part de son regret face à certaines déclarations et prises de position publiques ayant anticipé les conclusions de l’enquête judiciaire, soulignant que de telles attitudes ne reflètent ni les valeurs du vivre-ensemble, ni l’image de l’Italie en tant que modèle reconnu d’intégration. Le diplomate a enfin réaffirmé son plein respect à l’égard des institutions judiciaires italiennes, rappelant que seule l’autorité judiciaire est compétente pour établir les éventuelles responsabilités, qu’il s’agisse de la conformité de l’intervention des forces de l’ordre aux dispositions réglementaires en vigueur, d’éventuelles omissions, ou encore d’actes commis par des personnes dépourvues de toute autorité.
Lundi, pour la deuxième nuit consécutive, des centaines de personnes ont battu le pavé à Bologne en signe de protestation contre la mort de l’entrepreneur marocain de 42 ans, survenue lors de son interpellation par la police italienne. La tension est montée lorsque des manifestants ont lancé des pétards près des bâtiments de la police, entraînant une réponse des forces de l’ordre qui ont utilisé gaz lacrymogènes et canons à eau. Parallèlement, un autre groupe a organisé un sit-in pacifique, brandissant la photo du défunt en signe de protestation.
Les médias italiens rapportent que la police a été appelée pour un individu au comportement agressif dans le quartier du Pilastro, où les températures dépassaient 35°C. Les agents auraient tenté de calmer A. Fakir, mais ont fini par avoir recours au gaz poivre et à l’immobilisation au sol, après qu’il eut réagi de manière hostile. Des vidéos de l’incident, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent la victime allongé face contre terre, immobilisée par deux agents. On l’entend crier à plusieurs reprises : « À l’aide, à l’aide, ça suffit », avant de s’étouffer et se taire…Définitivement. La police lui a ensuite attaché les chevilles avant de vérifier ses signes vitaux.
L’affaire a ravivé des comparaisons avec la mort de George Floyd aux États-Unis en 2020, certains manifestants s’agenouillant et levant le poing en soutien au mouvement Black Lives Matter. Alors que des membres du gouvernement de la Première ministre Giorgia Meloni ont défendu l’action policière, Tommaso Foti, ministre des Affaires européennes, a qualifié de « honteux » les slogans des manifestants, tels que « Police assassine » et « Le monde entier vous déteste ». Matteo Piantedosi, ministre de l’Intérieur, a déclaré avoir « pleine confiance » dans l’enquête en cours.
La famille du défunt réclame justice. « Ils ont tué mon frère de sang-froid. Je veux justice », a affirmé sa sœur Khadija aux journalistes. Le parquet de Bologne a ouvert une enquête sur l’incident, et la police locale s’est engagée à fournir les enregistrements des caméras-piétons des agents impliqués aux enquêteurs.
Giorgia Meloni, Première ministre italienne, n’a pas manqué de réagir à son tour. Mardi, elle a fermement condamné les émeutes survenues à Bologne et insisté sur la nécessité de clarifier entièrement les circonstances entourant cette tragédie. « Ce qui s’est passé à Bologne est inacceptable », a déclaré G. Meloni dans un communiqué. Elle a souligné que « la vérité doit être recherchée sans préjugé et sans indulgence pour quiconque », ajoutant que « rien ne peut justifier la violence contre les forces de l’ordre ». Plus, elle a reproché aux émeutiers d’avoir exploité cet incident « comme prétexte pour semer le chaos, attaquer les agents et provoquer la violence », affirmant qu’ils « ne cherchaient pas la vérité », mais « l’affrontement ». Elle a mis en garde contre le danger qu’il y a à « promouvoir un climat de haine et de délégitimation» à l’encontre de la police, qualifiant cela de « grave irresponsabilité ».
Ces déclarations surviennent après des affrontements entre manifestants et policiers qui ont fait 64 blessés parmi les forces de l’ordre et causé d’importants dégâts à Bologne, rapporte ANSA. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte contre les deux policiers et les quatre secouristes impliqués.

