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Purges au sein de l’administration US : D. Trump suit les ordonnances MAGA au pied de la lettre

by Perspectives Med
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Purges au sein de l’administration US : D. Trump suit les ordonnances MAGA au pied de la lettre

Après Kristi Noem, Pam Bondi est la deuxième tête du cercle présidentiel à chuter. La procureure générale, équivalent de la ministre de la Justice, a été lâchée par le Président US le 2 avril. Critiquée pour sa gestion du scandale d’Epstein et incapable de poursuivre les adversaires politiques désignés par Donald Trump, la sexagénaire est la dernière d’une longue liste de personnes limogées par le président américain.

Ses prédécesseurs ont, eux aussi, certes procédé à des limogeages stratégiques, dans l’application habituelle du « spoils system ». « Il permet à chaque nouvelle administration de remplacer un grand nombre de postes politiques pour les pourvoir avec les meilleures personnes de leur propre cru », détaille Gabriel Solans, chercheur en civilisation américaine à l’université Paris Cité. Un système clientéliste, mais dont l’idée originale est d’empêcher les élites de s’accaparer le pouvoir en remplaçant les fonctionnaires sortants par des partisans du nouveau pouvoir. D. Trump porte le principe à son paroxysme.

Certes, il n’en est pas à ses premiers licenciements politiques. Toutefois, ce second mandat « est beaucoup mieux préparé », insiste Gabriel Solans. « Il y a une volonté de se venger de la défaite de 2020, de prendre une revanche totale sur les démocrates et sur les personnes qui pourraient, au sein de l’administration, ne pas accéder à ses demandes. » Les représailles ont commencé très tôt. Dès le mois de janvier 2025, D. Trump, à peine entré en poste, fait renvoyer plus d’une dizaine d’avocats du département de la Justice (DOJ). Leur faute ? Avoir travaillé avec l’ancien procureur Jack Smith sur deux affaires criminelles à l’encontre du milliardaire – l’une sur les suspicions de mauvaise gestion de documents classifiés et l’autre sur sa tentative présumée d’invalider sa défaite à l’élection de 2020.

De manière générale, mieux vaut ne pas avoir fait de remous pour espérer garder sa place au département de la Justice depuis le retour de D. Trump. Les licenciements de juristes dépendant du département ont persisté sans qu’aucune raison claire ne soit forcément avancée. Les purges se sont étendues au FBI, dont des dizaines d’agents ont été renvoyés entre 2025 et 2026. En février 2026, l’agence dirigée par le très controversé Kash Patel, fidèle de D. Trump, annonçait s’être séparée d’une dizaine d’agents. Ils avaient tous enquêté sur l’affaire des documents classifiés, selon la BBC.

Autant de licenciements rendus possibles par la nomination, à la tête de ces institutions, de « personnes soumises à sa volonté, à son agenda de revanche contre les démocrates et qui pourraient mener une vendetta en politisant le département de la justice, en politisant le FBI », remarque G. Solans. Pourtant, malgré toute sa loyauté, P. Bondi n’a pas été épargnée. Empêtrée dans sa gestion très critiquée des dossiers Epstein, dont de nombreuses pièces ont été publiées avec des erreurs de caviardages qui laissaient notamment apparaître les noms de plusieurs victimes, la cheffe du département de la Justice a elle aussi fini par être raccompagnée vers la sortie. À cela s’ajoute l’agacement personnel de D. Trump, mécontent du manque de poursuites engagées par le DOJ à l’encontre de ceux qu’il percevait comme des adversaires politiques, révèle CBS.

Cheffe du département de la Sécurité intérieure (DHS), K. Noem a été mise hors circuit un mois plus tôt, le 5 mars. L’ancienne gouverneure du Dakota du Sud, faisait depuis un moment l’objet de critiques internes à l’administration, signale Politico, notamment sur son incompétence et sur sa gestion douteuse des fonds alloués au DHS. Ses sorties polémiques sur Renée Good et Alex Pretti, qu’elle avait qualifié de « terroristes » avant même l’établissement des circonstances de la mort de ces individus, tués par des agents de l’ICE, la police de l’immigration, à Minneapolis, ont fortement marqué l’opinion publique. Une audition devant le Congrès le 4 mars sur sa gestion du département de la Sécurité intérieure a achevé de sceller son cercueil politique.

Avec son départ, D. Trump paie les pots cassés de sa volonté d’asseoir son autorité à tous les niveaux de l’administration, sans considération des qualifications réelles des individus qu’il choisit – en témoigne le récent piratage d’une des boîtes mails de Kash Patel. Ces nominations, parfois infructueuses, de loyalistes vont de pair avec des séries de licenciements à l’encontre des personnels perçus comme en dehors de l’idéal Maga, à commencer par l’armée.

Aucune raison officielle au limogeage, vendredi 3 avril, du chef d’état-major de l’armée de terre Randy George par Pete Hegseth n’a été avancée. La décision serait cependant mue par la volonté de placer à ce poste une personne « capable de mettre en œuvre la vision du président Trump » et celle du secrétaire de la Défense, indique encore CBS. Le cas de Randy George dénote car « la plupart des licenciements de hauts gradés ou de refus de promotion qui ont eu lieu concernent des femmes ou des Afro-américains », note Tama Varma, chercheuse à la Brookings Institution, à Washington. Les purges ont effectivement fréquemment touché des femmes gradées de l’armée, comme la vice-amirale Shoshana Chatfield, l’amirale Lisa Franchettiou ou encore la commandante des garde-côtes Linda L. Fagan, remerciée moins de 24 heures après le retour de D. Trump à la Maison Blanche. En février 2025, le chef de l’état-major engagé dans la promotion de la diversité au sein de l’armée, Charles Q. Brown, jugé trop « woke » par P. Hegseth a, lui aussi, été démis de ses fonctions.

Gabriel Solans voit dans ces mises à pied en cascade « un mélange de suspicion extrême à l’égard de toutes les personnes qui pourraient ne pas faire appliquer l’agenda de D. Trump et qui pourraient être éventuellement des dangers et d’idéologie ». Cette chasse au wokisme a été théorisée par la Heritage Foundation, un think-tank conservateur radical qui susurre aux oreilles du Président depuis sa défaite en 2020. En amont de l’élection présidentielle de 2024, le groupe a rédigé un colossal texte de plus de 900 pages, le « Projet 2025 », censé servir de feuille de route au leader Maga, une fois élu. Ses lecteurs y apprendront que « de nombreux outils exécutifs peuvent être utilisés par un président conservateur courageux pour […] neutraliser et démanteler les guerriers culturels wokes qui ont infiltré jusqu’à la dernière institution américaine ». Aussi, les auteurs se proposent d’expliquer « comment licencier les fonctionnaires fédéraux réputés « inamovible » ; comment fermer les bureaux et services dispendieux et corrompus », ou encore « comment museler la propagande woke à tous les niveaux du gouvernement ».

Autant de propositions visiblement appliquées, du moins en partie, par le camp présidentiel depuis son accession au pouvoir. Avant même le retour de D. Trump à Washington, son camp prévoyait déjà d’élargir le nombre de postes dont un fonctionnaire pouvait être congédié « du jour au lendemain », précise G. Solans. D’autant qu’il « existait déjà des listes, dressées par les think-tanks, de personnes perçues comme n’allant probablement accepter de suivre l’agenda Trump », ajoute le chercheur.

Si l’agenda idéologique développé par la Heritage Foundation peut expliquer un certain nombre de licenciements, les cas de Kristi Noem ou de Pam Bondi rappellent cela dit aux autres membres du cercle rapproché de Trump que son courroux peut aisément prendre le dessus sur ses convictions.

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