Il fut un temps où nombre de hauts gradés espagnols assuraient, dans des rapports confidentiels, que l’ultime guerre que l’Espagne mènera le sera contre le Maroc. Rien de plus normal au regard du legs colonial qui, épisodiquement, met le feu aux poudres entre Rabat et Madrid. La dernière manifestation d’une telle poussée de fière remonte à l’incident de l’îlot Perejil qui a failli dégénérer en un conflit armé sans l’intervention des USA et de la France pour apaiser la tension. Mais il faut croire que l’Espagne prend aujourd’hui d’autres paramètres en considération. « Le Maroc a considérablement augmenté ses investissements dans l’armement, les drones, les systèmes antiaériens et les capacités navales, grâce à divers accords avec les États-Unis et Israël », a relevé OK Diario. Des sources militaires espagnoles expliquent ce déploiement supplémentaire par « l’importance stratégique et défensive considérable de Melilla », ajoute le quotidien. Et comme pour donner une juste mesure de ce changement de paradigme, on rappelle qu’en avril dernier, l’armée espagnole a mené l’exercice naval Maresco-26, présenté par la presse locale comme « le plus important exercice national de sécurité maritime ». Cette année, Melilla figurait pour la première fois parmi les scénarios opérationnels retenus. Ce dispositif sera renforcé du 29 au 31 mai par la présence de trois navires de guerre dans le port de l’enclave occupée.
Autre élément déclencheur de cette fièvre n’est autre que la conséquence du désamour entre Washington et Madrid. En effet, dans le sillage des positions braquées du gouvernement espagnol socialiste sur l’hubris américain, certaines voix influentes aux États-Unis, dont celle de Mario Diaz Balart, élu du Congrès US proche de Marco Rubio, n’hésitent plus à parler ouvertement de la marocanité de Sebta et Melilla. Une affaire qui n’agrée point à l’establishment espagnol qui entend perpétuer sa main-mise sur les enclaves du Nord. L’Espagne, rappelle-t-on, a choisi d’interdire aux bateaux chargés d’armes à livrer à Israël de mouiller dans les ports espagnols. Mais le génocide de Gaza n’explique pas tout. En effet, Pedro Sancher, Premier ministre espagnol, a décidé d’interdire l’utilisation des bases US déployés en Espagne dans le cadre de la guerre contre l’Iran. Une progression qui a déplu à Donald Trump qui a menacé l’Espagne de subir les foudres économiques des USA.

