« Lindsey a appelé, il a dit : “Écoute, j’ai des douleurs thoraciques. Tu sais, je dois faire quelque chose” », a déclaré T. Tuberville aux journalistes lundi, rapportant le récit d’un de ses collaborateurs qui se trouvait avec l’assistante de Graham samedi soir lorsque le sénateur défunt a appelé cette dernière pour se plaindre de douleurs thoraciques et lui a demandé d’appeler le 911. Lorsque la responsable de l’agenda de Graham est arrivée chez lui, « les secours avaient enfoncé la porte et s’occupaient déjà de lui », a déclaré T. Tuberville, rapportant le récit de son collaborateur.
L. Graham, défenseur farouche de la guerre contre l’Ukraine et partisan du grand Israël ; venait de rentrer aux États-Unis quelques heures plus tôt après un voyage diplomatique en Ukraine pour le compte du président Donald Trump, qui a évoqué devant les journalistes sa dernière rencontre avec Graham. Il a dit : “Je suis fatigué parce que le voyage a été long”, mais à part ça, il allait bien », s’est souvenu le locataire de la Maison Blanche.
Une autopsie est actuellement en cours afin de déterminer la cause du décès de L. Graham, mais Taylor Reidy, directrice de sa communication, a indiqué que le bureau du médecin légiste de Washington avait conclu à titre préliminaire que le sénateur était décédé des suites de complications liées à ce qu’on appelle une dissection aortique, qui consiste essentiellement en une déchirure de la paroi interne de l’aorte, artère principale qui traverse le corps. Des experts médicaux ont précisé que, bien qu’une dissection aortique ne soit pas une crise cardiaque, les symptômes sont similaires, notamment des douleurs thoraciques ou abdominales, un essoufflement et une perte de conscience.
Alors que les résultats définitifs de l’autopsie ne sont pas encore connus, le sénateur John Cornyn a déclaré aux journalistes qu’il souhaiterait que le rapport toxicologique de L. Graham soit rendu public « afin d’écarter toute hypothèse de crime » et de mettre fin aux fausses théories qui circulent sur Internet. « J’ai pris connaissance du diagnostic initial de dissection aortique, ce qui est terrible ; je veux dire, évidemment, cela aurait pu causer son décès, mais compte tenu de l’endroit où il se trouvait et des causes qu’il défendait, je pense que nous devons simplement lever tous ces doutes en examinant ce que révèlent les rapports toxicologiques », a-t-il ajouté.
CNN avait précédemment révélé que les secours avaient été dépêchés au domicile de L. Graham samedi soir « suite à un appel signalant une personne souffrant de douleurs thoraciques », selon l’enregistrement audio de l’intervention.
T. Tuberville a indiqué que l’assistant de Graham, qui a appelé le 911, travaillait auparavant dans son bureau et se trouvait dans un restaurant avec l’un de ses collaborateurs actuels lorsque L. Graham a appelé. « Lindsey s’est tout simplement tué à la tâche », a déclaré T. Tuberville. « La plupart d’entre nous avons une famille. Lui n’en avait pas, et dès que nous avions quelques jours de congé, il se rendait à l’aéroport. Il partait quelque part pour essayer de trouver une solution pour notre pays. »
D. Trump s’est empressé de combler le vide laissé par le sénateur va-t-en-guerre. « J’ai recommandé au gouverneur Henry McMaster que la sœur géniale de Lindsey Graham, Darline, serve comme sénatrice par intérim du super État de Caroline du Sud », a écrit le président lundi 12 juillet. Ce qui a été suivi d’effet quelques heures plus tard. « Dans le passé, Lindsey a pris soin de sa petite sœur. C’est pour moi un honneur de demander à Darline Graham d’achever son travail à sa place », a déclaré devant la presse le gouverneur de Caroline du Sud, manifestement ému. « Lindsey a toujours été là pour moi, et maintenant je serai là pour lui », a confirmé l’intéressée, orpheline à l’âge de treize ans. « Mon frère était la personne la plus incroyable, un leader remarquable et un homme fondamentalement bon. »
G. Nordone doit remplacer son frère défunt jusqu’à la fin de son mandat en janvier prochain. À moins qu’elle se présente aux élections de mi-mandat de novembre. Il lui faudra alors passer l’étape des primaires prévues le 11 août. C’est ce que L. Graham s’apprêtait à faire. Il était en lice pour un cinquième mandat de six ans. La sénatrice désignée est loin de posséder son expérience, elle qui a effectué l’essentiel de sa carrière dans l’aide aux personnes handicapées. Sa connaissance de l’exercice politique n’est cependant pas nulle. En 1992, quand L. Graham s’est présenté pour la première fois à la Chambre des représentants, Darline était déjà à ses côtés pour faire du porte-à-porte. En 2015, quand il a lancé sa campagne pour l’élection présidentielle, elle a été la dernière à prendre la parole pour le présenter, selon le Washington Post. Entre ces deux dates, elle a été de toutes ses campagnes sénatoriales.
Il n’empêche que le décès de L. Graham risque de compliquer la tâche des sénateurs républicains, dont les prochaines semaines s’annoncent chargées. Ils vont notamment devoir faire voter la titularisation de l’actuel intérimaire Todd Blanche au ministère de la Justice, voulue par D. Trump. Ils devront également obtenir l’augmentation du budget du Pentagone réclamée par le président, et faire avancer le projet de loi de finances avant fin septembre. Autant de sujets sur lesquels L. Graham pouvait peser : l’élu occupait des rôles de premier plan au sein de commissions chargées de superviser le ministère de la Justice, les dépenses publiques et la politique budgétaire, rapporte le New York Times.
L. Graham faisait aussi figure de relais avec la Maison Blanche. Un rôle crucial à l’heure où les relations entre les sénateurs et le président sont pour le moins tendues. Sans compter que les républicains, qui ne disposent que d’une courte majorité au Sénat, doivent aussi compenser avec l’absence de Mitch McConnell. Après des semaines de silence, l’élu de 84 ans a révélé dimanche qu’il avait été hospitalisé en raison d’une perte de connaissance liée à une chute.
Voilà en tout cas le débat autour de l’âge des sénateurs relancé. Il est de 65 ans en moyenne, selon le New York Times. Parmi eux, sept octogénaires, dont l’incontournable élu démocrate du Vermont Bernie Sanders. Et un doyen de 92 ans qui, en cas de décès de D. Trump et du vice-président J.D. Vance, serait celui qui prendrait les rênes du pays. Aux États-Unis, certains parlent d’une gérontocratie. Ils estiment que, compte tenu de leur âge, ces élus sont déconnectés des problèmes auxquels sont confrontés leurs compatriotes. Au-delà du Sénat, le phénomène concerne l’ensemble du Congrès : près d’un quart des législateurs ont dépassé l’âge moyen de départ à la retraite. Il touche également la Maison Blanche, avec un président qui vient de célébrer ses 80 ans, tandis que son prédécesseur en avait 82 au moment de la quitter. L’ancien maire démocrate de Chicago, Rahm Emanuel, propose donc un départ à la retraite obligatoire à 75 ans pour tous les membres du gouvernement, chef de l’État compris, du Congrès et de la Cour suprême.

