mardi, mai 19, 2026
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Marchés publics : Le « Made in Morocco » sacrifié sur l’autel de l’expertise étrangère ?

by Perspectives Med
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Marchés publics

Malgré les orientations répétées du gouvernement appelant à encourager les entreprises nationales et à leur accorder une préférence dans les marchés publics, de nombreuses administrations et établissements publics au Maroc sont aujourd’hui accusés de ne pas appliquer concrètement ces directives. Plusieurs projets stratégiques continuent ainsi d’être attribués à des sociétés étrangères, alors même que les entreprises marocaines subissent une pression financière croissante et une concurrence jugée inéquitable, menaçant leur pérennité.

Depuis la publication de la circulaire gouvernementale n°15/2020 relative à la mise en œuvre de la “préférence nationale” et à la promotion des produits et services marocains, un changement profond dans la gestion de la commande publique était attendu. L’État étant le principal acteur économique du pays, cette mesure devait constituer un levier majeur de soutien au tissu entrepreneurial national. Pourtant, selon plusieurs professionnels et observateurs économiques, les grandes entreprises étrangères continuent de dominer de nombreux appels d’offres dans des secteurs stratégiques tels que le BTP, les infrastructures, les équipements ou encore les services techniques et de conseil.

Pour de nombreux spécialistes, le problème ne réside pas uniquement dans les textes, mais surtout dans leur application au sein des administrations publiques. Certains cahiers des charges imposeraient des critères techniques et financiers particulièrement complexes, excluant de facto les PME marocaines de la compétition. Dans d’autres cas, le recours à des groupes étrangers est justifié par des arguments liés à “l’expertise internationale” ou à la “capacité technique”, malgré l’existence d’entreprises marocaines ayant démontré leur savoir-faire aussi bien au niveau national qu’international, notamment dans les domaines de la construction, des ports et des grands projets d’infrastructure.

Plusieurs acteurs économiques estiment que le non-respect du principe de préférence nationale a des conséquences directes sur l’économie marocaine. Une part importante des devises quitte le pays au profit d’entreprises étrangères, au lieu d’être réinjectée dans le circuit économique national. Cette situation prive également des milliers d’ingénieurs, de techniciens et de travailleurs marocains d’opportunités d’emploi qui auraient pu être générées par les projets publics.

De leur côté, certaines administrations défendent leurs choix en rappelant que la loi sur les marchés publics repose avant tout sur les principes de concurrence, de transparence et de sélection de l’offre la plus avantageuse en termes de qualité et de coût. Elles soulignent que la préférence nationale ne doit pas conduire à l’exclusion systématique des entreprises étrangères. Toutefois, les critiques considèrent cet argument insuffisant, rappelant que de nombreux pays développés mettent eux-mêmes en place des mécanismes de protection de leurs entreprises nationales dans le cadre de la commande publique.

Ce débat relance aujourd’hui les interrogations sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et de suivi mis en place pour garantir le respect des directives gouvernementales en matière de préférence nationale. Plusieurs professionnels appellent ainsi à une révision des cahiers des charges et des critères de référence, qu’ils jugent parfois conçus au bénéfice de grandes multinationales.

Alors que l’avenir de l’entreprise marocaine et sa capacité de résilience restent au cœur des préoccupations économiques, de nombreuses voix réclament désormais le passage d’un simple discours de soutien au “Made in Morocco” à des politiques concrètes et contraignantes. L’objectif : garantir une réelle égalité des chances dans l’accès aux marchés publics et permettre aux entreprises marocaines de jouer pleinement leur rôle dans des projets financés essentiellement par l’argent public.

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