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J. Aoun livre le Liban à Israël : Les Beyrouthins en colère…

by Perspectives Med
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J. Aoun livre le Liban à Israël : Les Beyrouthins en colère…

Le Liban est entré dans une nouvelle phase de tensions après la signature le 25 juin, à Washington, d’un accord-cadre avec Israël sous médiation américaine. Présenté comme une étape vers l’arrêt des hostilités, le texte a aussitôt provoqué une contestation dans la rue, notamment parmi les partisans et sympathisants du Hezbollah.

À Beyrouth, des manifestants se sont rassemblés devant le siège du gouvernement, tandis qu’une colonne de protestataires à moto a traversé plusieurs quartiers de la capitale. Les mobilisations ont ensuite gagné plusieurs secteurs de la ville. Des heurts ont été signalés entre des protestataires et des patrouilles de l’armée libanaise, notamment dans le centre-ville et sur la route de l’aéroport. Des pierres ont été lancées contre les militaires, avant que l’armée ne reprenne le contrôle du centre de la capitale. Aucune arrestation n’a été signalée. Le président libanais Joseph Aoun a salué la signature du document, estimant qu’il représente « un premier pas » vers la fin des combats, le retour des habitants dans les zones touchées et le rétablissement de la souveraineté du Liban sur le sud du pays.

Nabih Berri, président du Parlement libanais et partenaire chiite du Hezbollah, n’a pas tardé à réagir. « Mon peuple libanais, tout le Liban, ceci est une sédition ! En temps de sédition, soyez comme un jeune chameau (qui n’a) ni un dos à monter ni un sein à traire », a-t-il lancé.

Le Hezbollah refuse toutefois cet accord et conteste sa mise en œuvre.Son leader Naïm Qassem, affirme que le Liban ne doit pas céder à ce qu’il qualifie de « diktat américano-israélien ». Il rejette aussi toute normalisation avec Israël. Le député Hassan Fadlallah défend la même ligne. Selon lui, le gouvernement ne sera pas en mesure d’appliquer l’accord. Il avertit qu’une tentative de mise en œuvre pourrait conduire à « un éclatement du pays » et à une guerre civile. Il affirme également que le Hezbollah ne renoncera pas à ses armes et continuera de s’opposer aux décisions prises à Washington. Cette opposition est renforcée par la position israélienne sur le sud du Liban.

Benyamin Netanyahou a déclaré qu’Israël resterait dans une zone de sécurité jusqu’au désarmement du Hezbollah, malgré les attentes libanaises d’un retrait complet. Il a aussi évoqué des zones qui seraient progressivement confiées à l’armée libanaise, tout en maintenant un contrôle israélien sur certains secteurs tant que les conditions de sécurité ne seraient pas jugées suffisantes. L’accord ouvre donc une séquence délicate pour le Liban. Entre les engagements pris à Washington, le maintien annoncé d’une présence israélienne dans le sud et le rejet affiché par le Hezbollah, son application risque de se heurter à de fortes résistances politiques et populaires sur le terrain.

A rappeler que N. Qassem avait affirmé qu’« “Israël” doit partir sans condition, et tout engagement portant atteinte à la souveraineté du Liban ne passera pas ; personne n’a le droit de signer quoi que ce soit ni d’accepter quoi que ce soit. » Plus, il a indiqué que « toutes les solutions ont pour plafond la souveraineté complète et l’indépendance totale du Liban. Pas de normalisation, pas d’annulation de l’état d’hostilité, pas d’acquis pour Israël, et aucune présence partielle sur la terre libanaise. Israël doit sortir humilié et vaincu, et c’est ce qui se produira. » Comme il a réaffirmé que « le plafond de la souveraineté peut être atteint en restant dans le cadre des résultats de l’accord du 27/11/2024, exclusivement sur la base du sud du fleuve Litani et non de tout le Sud. »

Ihab Hamadeh, autre député du Hezbollah, a réagi audit accord.  « Il peut être considéré comme un accord israélo-israélien et constitue une déclaration de loyauté de l’Autorité libanaise envers Israël », déplorant qu’« il est clair que ces autorités ont la responsabilité de tout mettre en œuvre pour maintenir les Israéliens en tant qu’occupants et les pousser à mener à bien leur projet d’élimination de la composante la plus importante au Liban. » Il a ajouté que « la clause de retrait est la première condition nécessaire à la conclusion des négociations irano-américaines, et l’insistance de Netanyahu à ne pas se retirer complètement constitue une violation de cette clause, ce qui ramène la situation à Hormuz à son point de départ », soulignant que « lier le retrait au désarmement du parti est une autre preuve de la propension du pouvoir à la discorde interne ».

« Les autorités ne possèdent pas ce que les Israéliens réclament, et la résistance maintiendra sa position face à l’ennemi jusqu’à la libération complète du territoire », assurant que « l’accord restera lettre morte ». Et de conclure qu’« il peut être considéré comme un accord israélo-israélien et constitue une déclaration de loyauté de l’Autorité libanaise envers Israël. »

Le Grand mufti Jaafari Cheikh Ahmad Qabalan, a qualifié l’accord-cadre conclu à Washington de « la pire catastrophe nationale que le Liban a connue »

« Ce qui a été convenu entre les autorités libanaises actuelles et Israël, pays terroriste, sous le parrainage malveillant des États-Unis, est la pire catastrophe nationale qu’ait connue le Liban et n’a absolument aucune légitimité », a-t-il affirmé dans un communiqué publié vendredi soir, après l’annonce de l’accord. Selon le mufti Qabalan « l’autorité actuelle, dans ce cadre, se représente elle-même et non le Liban ». Et d’ajouter que « le danger réside dans le fait que ce cadre confère à l’armée sioniste terroriste un contrôle effectif sur le travail de l’armée libanaise et sur le territoire libanais occupé, en plus de la reconnaissance implicite de son autorité sur les terres qu’elle occupe. »

« Ce qui se trame en coulisses à Washington est une catastrophe sans précédent, et nous n’accepterons pas sa mise en œuvre sur le terrain », a-t-il poursuivi avant de conclure que « quiconque a empêché l’armée libanaise de défendre le Liban souhaite la massacrer à travers ce désastre national. Le pouvoir actuel a mis l’État libanais dans une boîte noire et a remis les clés de la souveraineté du Liban à Washington et à Tel Aviv, et cet acte odieux ne restera pas impuni quel qu’en soit le prix. »

Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a déclaré que « le peuple libanais mérite de vivre en sécurité et en paix. » Il a poursuivi qu’« Israël et le Liban sont parvenus à un accord-cadre après des pourparlers à Washington, et il nous reste encore beaucoup de travail à accomplir. Nous avons franchi une étape importante vers la paix entre Israël et le Liban, mais le chemin est encore long. »

Pour sa part, Nada Moawad, ambassadrice du Liban à Washington, a déclaré qu’« au nom des présidents Aoun et Salam, nous remercions le président Trump. La signature d’aujourd’hui est un premier pas vers le rétablissement de la souveraineté du Liban. »

L’ambassadeur israélien à Washington a affirmé : « Nous voulons une véritable paix entre Israël et le Liban ». Sous les auspices des Etats-Unis, le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies.

La chaîne israélienne Channel 12 a rapporté que la première phase de l’accord en discussion prévoit le déploiement de forces américaines aux côtés de l’armée libanaise pour l’assister dans les opérations sur le terrain liées aux dispositifs de sécurité. La chaîne a précisé que cette étape s’inscrit dans le cadre d’un mécanisme initial de mise en œuvre de l’accord, sans toutefois fournir davantage de détails concernant l’étendue des opérations des forces américaines ni leurs zones de déploiement. Selon les mêmes sources, l’accord stipule que les forces israéliennes resteront dans la zone dite de la « Ligne jaune » jusqu’au désarmement du Hezbollah, dans le cadre d’un dispositif de sécurité provisoire. L’accord prévoit également le retrait de l’armée israélienne de deux zones pilotes ou expérimentales et leur transfert à l’armée libanaise, une mesure qualifiée de limitée, tout en accordant à la partie israélienne le pouvoir d’évaluer le succès de la phase pilote.

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