La Turquie suit « de près » les initiatives diplomatiques visant à mettre fin aux attaques et à l’occupation israéliennes, a déclaré jeudi le président turc Recep Tayyip Erdogan, en recevant, à Ankara, Joseph Aoun, Président libanais. Lors d’une conférence de presse conjointe, R.T. Erdogan a affirmé que son pays souhaitait jouer un rôle actif dans toutes les initiatives destinées à préserver la souveraineté du Liban, après le retrait de l’actuelle force des Nations unies. Le président turc a également affirmé que la Turquie était prête à fournir « tout le soutien possible » à la reconstruction du sud du Liban une fois que les attaques israéliennes auront pris fin. Mercredi, J. Aoun avait indiqué que les discussions se poursuivaient sur le déploiement éventuel d’une force internationale appelée à remplacer la mission de l’ONU dans le sud du Liban. Selon lui, plusieurs options sont à l’étude, incluant une participation européenne, turque, de l’OTAN, ainsi que de pays arabes et islamiques. Le président libanais avait souligné que la priorité de Beyrouth était d’éviter tout vide sécuritaire et de garantir que toute nouvelle force soutienne l’armée libanaise, préserve la stabilité et respecte la souveraineté nationale. La Turquie a déjà participé à la composante navale de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).
Nabih Berri, président du Parlement libanais, a déclaré jeudi que le Liban avait besoin d’efforts internationaux exceptionnels pour contraindre Israël à mettre fin à la guerre et à se retirer des territoires qu’il occupe, jusqu’aux frontières internationales. Ces déclarations ont été faites à l’issue d’un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron, président français, consacré à l’évolution de la situation au Liban et dans la région, selon un communiqué publié par la présidence du Parlement libanais.
Le leader chiite a souligné la nécessité du déploiement de l’armée libanaise et du retour des habitants dans leurs villes et villages, en prélude au lancement du chantier de la reconstruction. Il a également insisté sur l’importance du maintien de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) dans le sud du pays, ainsi que sur son rôle dans la mise en œuvre intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
L’armée mobilisée
Le général Rodolph Haykal, commandant en chef de l’armée, la répondu aux récits israéliens prétendant que l’armée libanaise ne serait pas en mesure de mener à bien sa mission au Liban-Sud. Il a confirmé que l’armée poursuit son déploiement dans le Sud conformément aux accords en vigueur et dans le respect des exigences et des principes nationaux, tout en poursuivant ses efforts pour assurer le retour en toute sécurité des habitants dans leurs villages et leurs localités.
Alors qu’il a réaffirmé la disposition de l’institution militaire à se déployer dans toutes les zones occupées d’où se retirent les forces israéliennes, il a accusé l’occupant de multiplier les agressions et les violations répétées pour entraver le travail de l’armée. Dans l’ordre du jour adressé aux troupes à l’occasion du 81ᵉ anniversaire de l’armée, le général Haykal a souligné que l’institution militaire continue d’accomplir ses missions malgré l’escalade des défis et des dangers, rappelant que l’armée restera le garant de la sécurité et de la paix civile, et qu’elle ne permettra pas que la stabilité soit ébranlée ni que le pays soit entraîné dans la discorde. Il a déclaré que « le Liban fait face à des défis croissants, alors que l’armée poursuit l’exécution de ses tâches malgré la limitation de ses moyens et la lourdeur de ses responsabilités, allant du contrôle des frontières nord et est, à la surveillance des frontières maritimes et des eaux territoriales, en passant par la lutte contre le terrorisme, le crime organisé, le trafic de drogue et la contrebande ».
Le commandant en chef de l’armée a souligné que l’ampleur des missions confiées à l’institution militaire impose de renforcer ses capacités et de lui donner les moyens de faire face aux défis, tout en tirant parti de la coopération avec les pays frères et amis, estimant que le soutien à l’armée constitue un investissement dans la stabilité du Liban et la sécurité de la région. Il a ajouté que les militaires redoublent d’efforts pour surmonter les difficultés et accomplir leur devoir, affirmant que le commandement de l’armée travaille également à développer les capacités propres de l’institution afin d’atteindre le plus haut niveau d’autosuffisance possible.
Le général Haykal a rendu hommage aux efforts déployés par les militaires et aux charges qu’ils assument dans les circonstances actuelles, assurant que le commandement de l’armée continue d’agir pour préserver leurs droits et ne ménagera aucun effort pour être à leurs côtés, tout en continuant d’exiger des parties concernées l’octroi des droits à la hauteur de leurs sacrifices et de ceux de leurs familles. Il a réaffirmé que la force de l’armée découle de son unité et du rassemblement des Libanais autour d’elle, réitérant que l’institution militaire restera le garant de la sécurité et de la paix civile, et ne permettra pas que la stabilité soit ébranlée ni que la patrie soit entraînée dans la discorde.
Sur le terrain, l’Agence Nationale d’Information (ANI) a rapporté qu’une vedette ennemie a été repérée au large de la côte de Mansouri, dans le caza de Tyr. L’agence a également fait état d’une frappe aérienne israélienne visant la zone non bâtie de Mansouri, ainsi que d’une série de violentes explosions provoquées par les forces israéliennes, entendues depuis le milieu de la nuit jusqu’à l’aube dans plusieurs villages du secteur occidental, et dont le bruit a atteint la ville de Tyr. Elle a ajouté que ces explosions ont ciblé les localités de Mansouri, Majdel Zoun et Mazraat Bouyut al-Siyad, parallèlement à des tirs de ratissage à l’arme automatique menés par les forces d’occupation israéliennes en direction du Wadi al-Houjair et du Wadi al-Slouqi.
Encore du nitrate d’ammonium !
A rappeler que la découverte par la FINUL de quatre tonnes d’explosifs dérivés de nitrate d’ammonium dans la localité sud-libanaise de Houla fait débat au pays du Cèdre. D’autant que la découverte a été annoncée sans autre forme de procès, faisant l’impasse sur la provenance des explosifs et les circonstances de leur présence. Les observateurs assurent que les photos publiées p montrent des bidons contenant ces matières identiques à ceux dont l’armée israélienne avait auparavant fait cas, montrant ses soldats en train de les transporter vers leurs zones d’opérations, où ils sont utilisés pour dynamiter les habitations. On soupçonne l’armée israélienne d’avoir a eu recours, ces derniers temps, à l’utilisation de drones de grande taille pour larguer ces bidons au-dessus de zones où il soupçonne la présence de la Résistance, avant de les faire exploser dans les collines environnant la hauteur d’Ali al-Tahir, à l’est de Nabatieh.
L’AFP a rapporté mercredi, selon des sources sécuritaires libanaises, que ces matières explosives sont les résidus de celles employées par l’armée d’occupation depuis novembre 2024 pour dynamiter le Sud et ravager systématiquement ses infrastructures et zones frontalières.
La publication de cette information par la FINUL interpelle puisque la quantité mentionnée a été découverte le 2 juillet courant et que l’armée libanaise n’a même pas été informée. L’attitude du commandement de la FINUL témoigne, selon des observateurs avertis, d’un manque de discernement face à la sensibilité du contexte libanais. En passant sous silence l’usage de ces explosifs par l’occupation pour détruire des zones habitées, elle a concrètement servi le récit israélien et relancé les accusations liées à l’explosion du port de Beyrouth. Quant à la lecture la plus ferme, elle estime que ce qui s’est produit n’était pas une simple erreur d’appréciation, mais un acte délibéré de la part d’éléments au sein de la force internationale dans le but de créer une vague médiatique contre le Hezbollah.
La municipalité de Houla a réagi à cette affaire en estimant que ce qui s’est produit constitue « l’un des actes criminels de l’ennemi israélien et un signal dangereux qui ne peut être ignoré ni sous-estimé dans ses implications ». Elle a affirmé que la découverte de ces substances représente « un crime caractérisé et une menace directe pour la localité », faisant porter à Israël « la responsabilité pleine et directe de l’introduction ou de l’utilisation de toute matière explosive ou dangereuse à l’intérieur du territoire libanais, ainsi que des catastrophes qui pourraient en découler ». Elle a enfin exigé des autorités libanaises l’ouverture d’une enquête officielle et la prise des mesures juridiques et diplomatiques nécessaires pour protéger les citoyens et la terre.
Sale temps pour A. Sahraoui
Par ailleurs, un juge libanais a émis une ordonnance judiciaire qui pourrait entraîner l’arrestation de l’homme d’affaires et banquier Anton Sahnaoui à son retour au Liban, pour avoir communiqué avec des responsables israéliens en violation des lois libanaises qui interdisent toute forme de contact avec Israël. Selon les médias officiels libanais, le juge Ahmed Rami Al-Hajj, de la Cour de cassation, a chargé mercredi les services de sécurité de localiser et d’interroger Sahnaoui dans un délai de 30 jours, une décision prise quelques jours après sa participation à un dîner organisé à Washington en présence du Premier ministre israélien.
A. Sahnaoui réside actuellement aux États-Unis, mais la décision du tribunal pourrait entraîner son arrestation dès son entrée sur le territoire libanais. Cette action en justice fait suite à une plainte déposée par 20 avocats libanais auprès du parquet de Beyrouth, exigeant que le libano-américain soit poursuivi pour sa participation à la rencontre qui a suscité une vive controverse et une condamnation unanime dans les milieux politiques et juridiques libanais.
L’affaire a éclaté après que Barak Ravid, journaliste israélien du site Axios, a publié une photo et des informations via la plateforme X concernant un dîner commémoratif organisé à l’hôtel Four Seasons de Washington en l’honneur du défunt sénateur Lindsey Graham. Selon la publication, l’événement a été co-organisé par A. Sahnaoui et Morgan Ortagus, ancienne envoyée américaine au Liban. L’événement s’est déroulé en présence de B. Netanyahu et de son épouse Sara, ainsi que de membres de la famille Graham, de plusieurs sénateurs américains des partis républicain et démocrate, et de conseillers du président américain Donald Trump.

