L’OMS a annoncé mercredi que le risque lié à la flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) était jugé « élevé » aux niveaux national et régional, mais « faible » à l’échelle mondiale, à l’issue d’une réunion de son comité d’urgence tenue la veille à Genève, selon le média français BFMTV.
S’exprimant devant la presse, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a indiqué que « l’OMS a évalué le risque épidémique comme étant élevé aux niveaux national et régional et faible au niveau mondial ». Selon l’organisation onusienne, l’épidémie actuellement en cours dans l’est de la RDC ne répond toutefois pas, à ce stade, aux critères d’une « urgence de santé publique de portée internationale », le plus haut niveau d’alerte sanitaire prévu par le règlement sanitaire international.
Lucille Blumberg, présidente du comité d’urgence, a confirmé cette évaluation en déclarant que « la situation actuelle ne répond pas aux critères d’une urgence pandémique ». Selon les experts de l’OMS, l’ampleur de la propagation laisse penser que le virus circule depuis plusieurs mois avant sa détection officielle. Anaïs Legand, experte technique sur les fièvres hémorragiques virales à l’OMS, a déclaré que « vu l’ampleur du problème, nous pensons qu’il a probablement commencé il y a quelques mois », selon le même média.
L’agence sanitaire des Nations unies a indiqué que la priorité immédiate consistait à « briser la chaîne de transmission » grâce au traçage des contacts, à l’isolement des cas suspects et confirmés ainsi qu’à la prise en charge médicale des patients.
Une étude publiée lundi dernier par l’Imperial College de Londres, en collaboration avec l’OMS, estime que l’épidémie d’Ebola Bundibugyo en RDC est bien plus large que ce que les chiffres officiels montrent. Mardi, Roger Kamba, ministre congolais de la Santé, faisait état de 543 cas probables et 136 décès probables. Au 16 mai, date de référence de l’étude, les autorités notifiaient 336 cas suspects et 88 décès. Pour l’OMS, l’épidémie est déjà suspectée d’avoir fait 139 morts pour près de 600 cas probables au total. Selon ces chercheurs, le nombre réel de malades se situerait entre 400 et 800, et pourrait dépasser mille personnes. Les États-Unis ont classé la province d’Ituri en niveau 4 : ne pas voyager.
L’Imperial College est l’une des institutions les plus reconnues au monde en modélisation épidémique. Pendant la pandémie de Covid-19, ses travaux avaient alimenté les décisions de plusieurs gouvernements.
La conclusion centrale est formulée avec prudence : au 17 mai, entre 400 et 800 cas de maladie à virus Bundibugyo auraient pu survenir en RDC. Les chercheurs précisent que des valeurs supérieures à 1 000 ne peuvent pas être exclues au vu des données disponibles à cette date. Ce qui donne du poids à cette fourchette, c’est que deux méthodes de calcul indépendantes y aboutissent. Deux approches, un même signal d’alarme. La première méthode part d’un signal simple : deux malades venus d’Ituri ont été détectés à Kampala, en Ouganda. Ils avaient voyagé spécifiquement pour se faire soigner. Les chercheurs ont croisé ce fait avec les données de trafic aux points de passage frontaliers entre la RDC et l’Ouganda. Du côté de l’Ituri, environ 1 871 voyageurs franchissent ces frontières chaque jour en direction de l’Ouganda. En partant de là, ils estiment le nombre de cas probable en RDC entre 235 et 470, selon la fenêtre de détection retenue.
La deuxième méthode part des 88 décès suspects notifiés au 16 mai, considérés comme plus fiables que les cas, parce qu’un mort est plus difficile à ignorer qu’un malade qui reste chez lui. En appliquant ce qu’on sait des deux épidémies précédentes à virus Bundibugyo, ils obtiennent entre 400 et plus de 1 000 cas selon la vitesse de progression supposée de l’épidémie. Les deux méthodes convergent vers la même conclusion : une sous-détection substantielle.
La décision américaine donne une mesure concrète de la gravité perçue de la situation. Dès le 15 mai, le CDC américain a émis une alerte de niveau 2 pour la RDC. La province d’Ituri, elle, a été classée en niveau 4 : ne pas voyager, pour aucune raison. Le gouvernement américain a ajouté une formulation révélatrice : sa capacité à fournir des services d’urgence à ses ressortissants en Ituri est, dit-il, extrêmement limitée.
L’étude est transparente sur ses faiblesses. La première méthode repose sur seulement deux cas exportés. Les données de trafic frontalier ne capturent pas les passages informels, nombreux dans cette région. Et personne ne sait avec certitude depuis quand cette épidémie court, ce qui modifie sensiblement les chiffres finaux. Le taux de létalité du virus Bundibugyo lui-même reste mal établi. Il n’existe que deux épidémies documentées de cette souche : l’Ouganda en 2007, avec 131 cas et 42 morts, et Isiro en RDC en 2012. Les chercheurs testent donc trois hypothèses : 24 %, 30 % et 40 %.
