Dans son dernier rapport consacré aux dynamiques alimentaires, l’institution financière internationale souligne que le Maroc, tout comme l’Algérie et la Tunisie, maintient un niveau de stabilité relative. Une performance qui tranche avec des contextes nettement plus fragiles ailleurs.
Le tableau est en effet beaucoup plus sombre dans plusieurs pays. Au Yémen, malgré une disponibilité apparente des denrées sur les marchés, leur coût prohibitif exclut près de 63 % des ménages, incapables de couvrir leurs besoins alimentaires de base. Même logique d’érosion en Afghanistan, où la hausse des prix, la chute des revenus et les difficultés d’accès aux marchés alimentent une détérioration continue, avec des zones menacées de basculer en phase 4 d’insécurité alimentaire.
En Syrie, sortie d’un conflit interne dévastateur, l’amélioration observée en 2025 reste largement insuffisante : près de 80 % de la population demeure en situation d’insécurité alimentaire, révélant des fractures territoriales persistantes. Le Liban, lui, reste englué dans une crise multidimensionnelle : entre novembre 2025 et mars 2026, 17 % de la population a été confrontée à une insécurité alimentaire de niveau crise ou pire, dans un contexte aggravé par des tensions militaires et des déplacements massifs de population.
Dans ce paysage contrasté, le Maroc bénéficie d’un levier conjoncturel majeur : le retour des pluies. Les précipitations enregistrées ces derniers mois ont non seulement revitalisé la campagne agricole, mais aussi amélioré significativement les réserves hydriques, avec plusieurs barrages affichant des taux de remplissage supérieurs à 90 %, et une moyenne nationale dépassant les 70%.
Mais au-delà de ce facteur climatique, c’est un positionnement structurel que met en lumière un récent rapport du Forum économique mondial. Publié en janvier, ce document qualifie le Maroc de « modèle mondial émergent », capable d’articuler deux impératifs souvent contradictoires : garantir la sécurité alimentaire tout en accélérant la transition énergétique.
Portée notamment par les travaux de la responsable de la durabilité au sein du groupe OCP, cette analyse insiste sur un défi planétaire majeur : nourrir une population mondiale projetée à 9,8 milliards d’individus à l’horizon 2050, tout en réduisant l’empreinte carbone d’un système agroalimentaire responsable d’environ un tiers des émissions globales.
C’est dans ce contexte que le Maroc s’impose comme un acteur stratégique. Fort de près de 70 % des réserves mondiales de phosphates, et classé parmi les cinq premiers exportateurs d’engrais, le Royaume dispose d’un levier géopolitique majeur dans la reconfiguration des chaînes alimentaires mondiales. Le phosphate, combiné à l’azote et au potassium, reste en effet un pilier incontournable de la fertilité des sols.
Cette réalité s’inscrit dans ce que le rapport qualifie de « paradoxe africain » : un continent disposant de 65 % des terres arables non exploitées à l’échelle mondiale, mais toujours dépendant des importations alimentaires. Un déséquilibre qui confère aux modèles agricoles durables une dimension stratégique — et dans lequel le Maroc entend clairement jouer un rôle moteur.
