Le diplomate algérien a souligné que ce dossier est inscrit à l’agenda du C24 depuis les années 1960, omettant de préciser que c’est le Maroc qui avait initialement alerté les Nations unies à ce sujet. En effet, bien avant l’indépendance de l’État algérien en 1962, et la fondation du Front Polisario en 1972 en Libye, la première réunion du Comité des 24 en dehors de New York s’était tenue à Tanger en mai 1962, suscitant l’inscription de la question du Sahara à l’initiative du Maroc à l’agenda du C24 en 1963.
En réponse à l’intervention du diplomate algérien, le représentant permanent du Maroc à l’ONU a déclaré : « A ceux qui persistent à présenter le Sahara marocain comme une question de décolonisation, le Maroc répond que leur lecture est dépassée, voire obsolète. » Omar Hilale a également affirmé que «le processus de décolonisation du Sahara a été achevé avec son retour irréversible à sa mère patrie, le Royaume du Maroc, en 1975». Il a rejeté la thèse algérienne, précisant qu’« il n’y a ni puissance administrante ni caractéristiques d’un territoire non autonome, mais un conflit régional attisé et entretenu de l’extérieur ».
À New York, O. Hilale a réitéré l’appel du Maroc pour retirer le dossier du Sahara de l’ordre du jour du Comité des 24, comme il l’avait déjà fait lors de la réunion de mai à Managua. Il a rappelé à cet égard l’adoption par le Conseil de sécurité, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797, qu’il considère comme un tournant majeur dans l’histoire de ce conflit, la qualifiant de « feuille de route pour clore définitivement ce différend ».
Cette confrontation algéro-marocaine à New York a baissé en intensité, contrairement aux passes d’armes précédentes. Chaque camp a défendu ses positions sans accusations directes. Le Maroc, par exemple, n’a pas évoqué l’autodétermination de la Kabylie ou les violations des droits de l’Homme en Algérie pour répondre aux déclarations de l’ambassadeur algérien sur « l’autodétermination du peuple sahraoui ».
Droits humains à Tindouf
Il y a lieu de souligner aussi que Mohamed El Aissaoui, représentant de l’Organisation pour la fin des violations des droits humains dans les camps de Tindouf, a pointé les « exactions systématiques » persistantes dans les camps situés sur le sol algérien. Il a accusé le Front Polisario de ces abus, évoquant une « complicité algérienne et un silence international ».
L’orateur a souligné devant la 4è Commission de l’ONU, la dégradation continue de la situation humanitaire dans ces camps, particulièrement chez les femmes et les enfants, privés de droits essentiels comme le droit à la détermination de leur statut juridique en tant que réfugiés et celui à la liberté de circulation. Il a également dénoncé l’obstruction persistante au processus d’enregistrement de la population, en dépit des appels répétés des Nations unies, estimant que cela constitue un outil politique destiné à maintenir la population sous contrôle.
Il a ajouté que plusieurs rapports internationaux, à l’instar d’une évaluation du Programme alimentaire mondial et d’un rapport de l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF), ont révélé un détournement systématique de l’aide humanitaire destinée aux camps.
En conclusion, il a exhorté la communauté internationale à tenir l’Algérie responsable en tant que pays hôte, à exiger l’enregistrement immédiat et inconditionnel des populations et à renforcer les mécanismes de contrôle de l’aide. Et affirmé que « la résolution de la crise repose sur l’initiative marocaine d’autonomie, comme cadre réaliste de règlement et de développement ».
Pour sa part, Jadyetu Mahmoud, présidente du Réseau international des droits de l’Homme (RIDH), a dénoncé depuis la Suisse les violences sexuelles dont elle dit avoir été victime, en réitérant ses accusations contre le chef du groupe armé du Front Polisario, Brahim Ghali. Lors d’une conférence tenue récemment au Club suisse de la presse à Genève, la militante a déploré l’impunité autour des violations des droits des femmes en situation de vulnérabilité.
Dans ce sens, elle a appelé « les organisations internationales, les mécanismes des Nations unies et les défenseurs des droits humains » à enquêter sur les allégations de violence sexuelle de manière indépendante. La conférence a réuni des défenseurs des droits humains, juristes, universitaires et représentants diplomatiques, avec l’intervention de la présidence du RIDH qui a noté que « la lutte contre les violences faites aux femmes ne concerne pas uniquement [son] histoire personnelle ». Par ailleurs, elle a affirmé son engagement pour «la dignité, la protection et les droits fondamentaux des femmes ».
Avocat de Jadyetu Mahmoud, Me Manuel Navarro, directeur du RIDH, a quant à lui indiqué que les violences sexuelles étaient « l’une des formes les plus graves d’atteintes aux droits humains ». Dans ce sens, il a souligné l’importance de l’accès à la justice pour les victimes.
Intervenant également dans le même cadre, Ramón Muñoz Castro, conseiller auprès de la Mission permanente de Colombie auprès de l’ONU à Genève, a insisté sur la prévention et le soutien aux victimes, à travers « la coopération entre États, organisations internationales et société civile » alors que le professeur Yves Raidelet, expert en droits humains, a mis en avant les principes universels de protection, tout en soulignant l’importance du travail de mémoire pour prévenir ces violations.
La rencontre s’est clôturée avec un appel à la mobilisation internationale et à «un soutien renforcé aux défenseurs des droits humains engagés dans ce combat».

