A. Akhannouch s’est présenté, mercredi, devant les deux Chambres du Parlement pour exposer le bilan de l’action gouvernementale sur la période 2021-2026. Le Chef du gouvernement s’est exercé avec le même laïus. Il a insisté sur une volonté de refonder les priorités publiques, en articulant action économique et consolidation du socle social, dans un contexte international jugé incertain. Crises économiques, tensions sur les marchés internationaux, perturbations des chaînes d’approvisionnement… Le chef de l’Exécutif rappelle à plusieurs reprises que son action s’est déployée dans un environnement difficilement lisible. Ce qui lui fait dire que le mandat dont il a hérité n’a pas été celui de la facilité, mais celui de la résilience et de l’adaptation.
Sur le plan économique, le discours met en avant une trajectoire de redressement et de consolidation. La croissance, après un ralentissement en début de mandat, aurait retrouvé un rythme soutenu, avec une progression notable sur les dernières années. Une montée en puissance des activités non agricoles et une reprise de la demande intérieure comme principaux moteurs de cette dynamique, ont été mis en avant. Au même titre que l’investissement qui, assure-t-il, constitue un autre pilier du bilan. Le gouvernement insiste sur l’augmentation significative de l’investissement public, tout en mettant en avant une refonte du cadre incitatif destiné à stimuler l’investissement privé. L’objectif affiché est de renforcer l’attractivité du Maroc et d’inscrire son économie dans une logique de compétitivité accrue.
Cette dynamique se traduit également par une progression des investissements étrangers, présentée comme un indicateur de confiance des acteurs internationaux. À cela s’ajoute un effort de territorialisation de l’investissement, à travers un rôle accru des structures régionales et des dispositifs d’appui aux entreprises.
Sur le plan macroéconomique, l’Exécutif met en avant une amélioration des principaux équilibres : réduction du déficit budgétaire, maîtrise de l’inflation et stabilisation de l’endettement.
Au-delà de ces performances à propos desquelles il y a beaucoup à dire, A. Akhannouch a insisté sur la dimension sociale de son action, présentée comme un axe structurant du mandat. L’élargissement de la protection sociale constitue à cet égard l’un des principaux marqueurs du bilan. Le gouvernement met en avant l’extension de la couverture médicale à des millions de nouveaux bénéficiaires, ainsi que la prise en charge des cotisations pour les ménages les plus vulnérables. Cette politique est présentée comme une traduction concrète d’un modèle social fondé sur la solidarité et l’inclusion. Les oubliés n’ont qu’à bien se tenir.
La mise en place du soutien social direct est également présentée comme une avancée majeure. Plusieurs millions de foyers bénéficient désormais d’aides financières ciblées, dans une logique de rationalisation des dispositifs existants et d’amélioration de leur efficacité. Là aussi, les exclus peuvent voir ailleurs
Dans le même temps, le gouvernement souligne les efforts consentis pour soutenir le pouvoir d’achat, notamment à travers le maintien de mécanismes de compensation visant à stabiliser les prix des produits de base. Le dialogue social est également mis en avant, avec des accords ayant permis des revalorisations salariales significatives dans les secteurs public et privé.
Dans son grand oral, l’enfant de Tafraout a accordé également une place importante aux réformes engagées dans les secteurs de la santé et de l’éducation, secteurs à l’origine de la colère de la GEN.Z. Dans le domaine sanitaire, le gouvernement insiste sur l’augmentation du budget, la modernisation des infrastructures et l’amélioration de la gouvernance du système.
L’objectif affiché est de restaurer la confiance des citoyens dans le service public de santé, tout en réduisant les disparités territoriales en matière d’accès aux soins. La formation médicale et le renforcement des capacités hospitalières sont présentés comme des leviers essentiels de cette transformation. Pas un mot sur les conflits d’intérêts qui ont ont ponctué les débats parlementaires, ni sur les transferts des derniers publics vers le…privé.
Dans le secteur de l’éducation, l’Exécutif met en avant une stratégie visant à améliorer la qualité de l’enseignement et à élargir l’accès aux différents niveaux de formation. L’extension de l’enseignement préscolaire, le développement de nouveaux modèles pédagogiques et les investissements dans les infrastructures sont présentés comme autant de jalons d’une réforme en profondeur.
Le gouvernement souligne également les mesures prises en faveur des enseignants, notamment à travers des revalorisations salariales et des réformes statutaires, destinées à stabiliser le système éducatif. Exit les revendications qui ont tenu en haleine les familles marocaines et haro sur les chiffres honteux du pays en la matière, comme vient de le révéler l’UNESCO.
Le Chef du gouvernement revendique explicitement des choix difficiles, parfois impopulaires, mais jugés nécessaires dans une perspective de long terme.
Il insiste sur la nécessité de privilégier la responsabilité à la facilité, en rejetant les logiques de surenchère ou de populisme. Cette posture est présentée comme une condition de la crédibilité de l’action publique et de la préservation des équilibres économiques et sociaux. Encore heureux que les sondages d’opinion ne sont toujours pas aussi courant ici qu’ailleurs ! Même si d’ores et déjà, le taux de confiance des ménages, tel que défini par le HCP, laisse entendre beaucoup de choses. Et pas que des bonnes !
A. Akhannouch n’a pas hésité à s’en prendre à l’opposition composite. Car il y voit une composante constructive, et une autre prompte à réduire le débat au seuil du dénigrement. A ses yeux, l’action, la sienne en l’occurrence, prime sur la contestation. L’opinion nationale est même convoquée pour évaluer le bilan…
Enfin, le Chef du gouvernement a insisté sur le caractère inachevé des réformes engagées, appelant à leur poursuite dans une logique de continuité. D’où sa sortie pour défendre un bilan qu’il juge solide, tout en affirmant la nécessité de poursuivre l’effort engagé. Si le fils d’Iguerdoudad a décidé de se retirer de la scène politique, sans le moindre mandat à ravir, il n’en reste pas moins qu’il a placé la boussole dans le giron de la majorité actuelle. Histoire de la conforter dans les batailles électorales à venir. Le nouveau leader du RNI qui, aux dernières nouvelles traine déjà des casseroles, continuera-t-il à tirer les bénéfices du richissime homme d’affaires qui a marqué les Marocains dans leur chair, comme le rappellent les surcouts induits par les hydrocarbures et les marchés publics remportés à la hussarde. Beaucoup d’eau coulera sous les ponts avant que les choses ne soient rétablies dans le sens des aspirations populaires…
