Le rapport de BAM qui se réfère aux données du Haut-Commissariat au Plan souligne que l’ambition du Maroc de rejoindre le rang des pays émergents sur les plans économique et social exige non seulement de maintenir une croissance soutenue, mais aussi d’assurer une meilleure répartition de ses gains, dans un contexte de déconnexion entre les indicateurs économiques enregistrés et la perception qu’ont les citoyens de leurs conditions de vie. Le constat est un tantinet différent de la rhétorique officielle qui assurait que le pays a déjà franchi le cap de l’émergence dont les conditions ont pourtant été intégrées au fameux projet stratégique dit Nouveau modèle de développement (NMD) dont les responsables sa gargarisent.
Après un début difficile de la campagne agricole 2024-2025, les précipitations enregistrées entre février et avril 2025 ont permis d’inverser la tendance, avec une hausse de 8,2 % de la valeur ajoutée agricole, après un recul de 5,7 % en 2024. Grâce aux pluies tardives, le rendement céréalier moyen à l’hectare est passé de 12,6 à 16,5 quintaux, portant la récolte à 43,1 millions de quintaux en 2025, contre 31 millions lors de la campagne précédente. Les productions maraîchères, fourragères et sucrières ont également progressé, tandis que celles des olives et des agrumes ont reculé.
Bank Al-Maghrib insiste toutefois sur le fait que les conditions météorologiques favorables observées au cours de l’année ne doivent pas faire oublier le caractère structurel du stress hydrique. L’appel est ainsi lancé pour tirer profit de cette conjoncture en vue d’accélérer les projets visant à l’atténuer, tout en faisant de la gouvernance des ressources en eau et de leur valorisation, à travers une tarification équitable et socialement acceptable, une priorité des politiques publiques.
Le stress hydrique et les conditions climatiques défavorables ont affecté l’offre de certains produits, entraînant une hausse de 3,1 % des prix des denrées alimentaires en 2025, après une baisse de 2,6 % en 2024. Les principales augmentations ont concerné les légumes frais, en hausse de 9,5 %, les agrumes, en progression de 1 %, et les œufs, dont les prix ont augmenté de 0,9 %, tandis que les prix de la volaille et du lapin ont reculé de 2,9 %.
Malgré le rebond économique, BAM estime que l’emploi demeure le « maillon faible » de l’économie nationale, soulignant que les politiques adoptées ces dernières années n’ont pas permis de créer une dynamique tangible sur le marché du travail, alors que le contenu en emplois de la croissance a nettement diminué. L’économie n’a créé que 193 000 postes en 2025, contre 82 000 en 2024. Ce niveau reste toutefois insuffisant pour faire reculer sensiblement le chômage, dont le taux n’a que légèrement baissé, passant de 13,3 % à 13 %. Plus, sur les 407 000 personnes supplémentaires ayant atteint l’âge d’activité, seules 177 000 ont intégré le marché du travail. Le nombre de chômeurs s’est établi à 1,6 million, dont plus des trois quarts ont moins de 35 ans. Le chômage des femmes a atteint 20,5 %, et celui des jeunes âgés de 15 à 24 ans 37,2 %, tandis qu’environ trois millions de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni scolarisés, ni en formation, ni en emploi.
Au-delà de la faiblesse des créations d’emplois, le rapport explique l’écart entre les performances économiques et le ressenti des citoyens par la persistance des disparités sociales et territoriales. La dépense moyenne individuelle du cinquième le plus aisé de la population est plus de sept fois supérieure à celle du cinquième le moins favorisé, tandis que les citadins dépensent en moyenne près de deux fois plus que les habitants du monde rural. La banque centrale appelle à un ciblage plus précis du soutien public en faveur des catégories les plus vulnérables, relevant qu’environ 18 milliards de dirhams ont été mobilisés pour le système de compensation en 2025, alors que ce soutien généralisé bénéficie principalement aux ménages les plus aisés. L’impact budgétaire des exonérations fiscales a, lui aussi, dépassé 32 milliards de dirhams.
Le rapport de l’Institution souligne que la réduction de l’écart entre la croissance économique et les conditions de vie de la population passe par l’amélioration de la formation de la main-d’œuvre et la mise à niveau du système d’éducation et de formation professionnelle, la consolidation des effets de l’investissement et la poursuite des réformes structurelles, ainsi que par un renforcement de la contribution du secteur privé.

