Le chef de la diplomatie russe a accusé, le 22 juillet, les États-Unis de participer directement au ciblage d’armes ukrainiennes contre des objectifs situés en Russie, notamment des sites civils. Le ministre russe des Affaires étrangères s’exprimait à Manille, à l’issue de plusieurs réunions de l’ASEAN. Selon lui, l’implication américaine ne se limite ni aux livraisons d’armes ni au partage de renseignements avec Kiev. « Les Américains ne font pas qu’aider, ils participent directement au ciblage des armes ukrainiennes contre des objectifs situés sur le territoire russe, y compris des objectifs civils », a-t-il déclaré. Il a évoqué les livraisons d’armes financées par l’Union européenne, la transmission de données de renseignement par les États-Unis et l’utilisation du réseau satellitaire Starlink.
Ces déclarations interviennent à la veille d’un entretien entre S. Lavrov et Marco Rubio, son homologue américain. La rencontre est prévue le 23 juillet au matin, en marge des réunions de l’ASEAN à Manille. S. Lavrov entend notamment interroger son homologue américain sur les déclarations de Donald Trump, qui a évoqué la possibilité d’un prochain règlement du conflit ukrainien. Moscou estime par ailleurs que Washington n’a pas officiellement renoncé aux propositions discutées lors de la rencontre d’Anchorage. Le ministre russe est également revenu sur l’accord céréalier de la mer Noire. Il a affirmé que la Russie n’avait reçu aucune proposition en vue de relancer ce mécanisme. Il a reproché à l’ONU d’avoir appliqué le précédent accord de manière déséquilibrée, au bénéfice principalement de l’Ukraine.
Les réunions de Manille ont aussi donné à Moscou l’occasion de souligner le renforcement de ses liens avec les pays d’Asie du Sud-Est. Selon S. Lavrov, la majorité des membres de l’ASEAN comprennent la position russe sur le règlement du conflit ukrainien. Cette compréhension se traduit notamment dans les positions adoptées par plusieurs de ces pays aux Nations unies. Les discussions ont également porté sur les échanges économiques, que la Russie et l’ASEAN souhaitent doubler d’ici 2036. Leur volume a atteint environ 22 milliards de dollars en 2025. Cette ambition repose notamment sur les hautes technologies, l’économie numérique, l’énergie, la sécurité alimentaire et la coopération spatiale. Moscou souhaite aussi élargir l’usage des monnaies nationales et développer des systèmes de paiement alternatifs avec ses partenaires asiatiques.
Pour S. Lavrov, ces mécanismes doivent réduire la vulnérabilité des États face aux sanctions unilatérales, aux pressions tarifaires et à la politisation du système financier occidental. Il a également souligné l’intérêt de plusieurs partenaires asiatiques pour des outils financiers plus indépendants, destinés à sécuriser les échanges, à renforcer leur souveraineté financière et à réduire leur exposition aux sanctions secondaires occidentales.
S. Lavrov a par ailleurs évoqué la militarisation de l’Europe. Il a assuré que la Russie ne préparait aucune attaque, tout en affirmant que le pays disposait des moyens nécessaires pour répondre à toute éventualité. Le ministre a averti qu’en cas de conflit provoqué par des pays européens, l’affrontement ne se limiterait pas à une guerre conventionnelle. Il a également fait part de l’inquiétude de Moscou après la publication d’informations du renseignement extérieur russe selon lesquelles l’Allemagne mènerait des recherches dans le domaine nucléaire militaire. Il a ensuite élargi son avertissement aux risques de prolifération nucléaire. Selon lui, les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran pourraient pousser certains États à considérer l’arme nucléaire comme une garantie de souveraineté. Le ministre russe voit dans ce risque une conséquence directe de la pression militaire exercée contre Téhéran. Il a également évoqué la situation dans la péninsule coréenne. Moscou a réaffirmé son soutien au renforcement des capacités défensives de la Corée du Nord. La Russie ne se joindra plus aux appels à la dénucléarisation tant que Pyongyang restera, selon S. Lavrov, soumis à des pressions militaires, à une politique d’endiguement et à des risques de provocation.
A Moscou, le Centre des relations publiques du FSB a annoncé, mercredi, l’interpellation d’un citoyen russe de 21 ans à l’entrée du métro de Saint-Pétersbourg. Le jeune homme collaborait avec les services spéciaux ukrainiens et préparait un attentat contre un employé d’une entreprise régionale du complexe militaro-industriel russe. L’arrestation, menée conjointement par le FSB et le ministère russe de l’Intérieur, est intervenue lors d’un contrôle de sécurité à l’entrée de la station de métro « Gorkovskaïa ». Un engin explosif artisanal camouflé en traceur GPS a été découvert dans le sac à dos du suspect, qui a immédiatement été arrêté par les forces de l’ordre. Une vidéo de l’opération, diffusée par le FSB, montre un employé du métro demander au passager de soumettre son sac au contrôle. Le passage du bagage au scanner a alors permis de détecter l’engin explosif.
En outre, le même jour, une attaque de drones ukrainiens a visé Ialta, en Crimée. L’un des appareils a frappé un immeuble résidentiel, faisant 17 blessés, selon les autorités locales. Trois victimes se trouvent dans un état grave et six autres ont été hospitalisées. Les secours sont intervenus sur les lieux après l’impact, survenu au cours de la nuit.
En Ukraine, Volodymyr Zelensky a annoncé, dans la soirée de mardi, la nomination de Mykhaïlo Drapatyi au poste de commandant en chef de l’armée, plus d’une semaine après avoir remanié son gouvernement et enclenché des manifestations à travers le pays qui réclamaient le départ d’Oleksandr Syrskyi, ancien chef de l’armée, et le retour de M. Fedorov, le désormais ex-ministre de la Défense. M. Drapatyi est le choix du peuple, c’est l’homme de guerre qu’ils souhaitaient voir au poste à la place d’O. Syrskyi– dont ils réclamaient le départ. Selon eux, sa stratégie est dépassée et il ne respecte pas la vie de ses hommes, lui valant le surnom de « boucher ».
Son limogeage intervient après plusieurs jours de manifestations en soutien au ministre de la Défense évincé le 14 juillet après seulement six mois en fonction. Celui-ci a accusé O. Syrskyi de l’avoir poussé vers la sortie et d’avoir entravé sa tentative de réforme de l’armée.

