Le général de brigade Yahya Saree, porte-parole des Forces armées yéménites, a précisé que le drone, de type CH-4, a été abattu au moyen d’une arme appropriée alors qu’il menait des actions hostiles dans le ciel du district de Khabb wa al-Sha’af, dans le gouvernorat d’Al-Jawf. Dimanche, les Forces armées yéménites avaient annoncé l’interception d’un drone de reconnaissance armé de type « Wing Loong II » appartenant à l’Arabie saoudite, alors qu’il accomplissait des missions hostiles dans le ciel du nord-ouest de Maqbanah, dans le gouvernorat de Taïz, affirmant qu’il avait été abattu à l’aide d’une arme adéquate.
Dimanche également, une source militaire yéménite a révélé dans des déclarations exclusives à la chaine d’informations libanaise Al Mayadeen que les frappes des Forces armées yéménites se concentrent sur les commandants des regroupements saoudiens, indiquant qu’elles déterminent leurs cibles selon des informations et des données opérationnelles précises et étudiées. Sur le plan de l’équation militaire, la source yéménite a confirmé à Al Mayadeen que les Forces armées yéménites feront face à « l’escalade par l’escalade », soulignant que si l’Arabie saoudite décidait de s’engager dans une guerre totale, les options des forces armées seraient « ouvertes et multiples ».
Les Forces armées yéménites avaient exécuté plusieurs opérations militaires dans le cadre de la décision de blocus maritime imposé à l’Arabie saoudite et pour consolider l’équation « du siège par le siège et de l’escalade par l’escalade », adoptée après un large mandat populaire exprimé par les Yéménites lors des marches millionnaires du vendredi à Sanaa et dans plusieurs gouvernorats.
Kleptocratie
Loin de la Corne d’Afrique, en France, le procès d’Ahmed et Khaled Saleh, fils de l’ancien président du Yémen Ali Abdallah Saleh, s’est ouvert lundi 7 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris. Poursuivis pour blanchiment de détournement de fonds publics et de corruption en bande organisée, ils sont accusés d’avoir acquis des biens immobiliers de luxe à Paris pour un montant total de 16 millions d’euros, issus de la captation massive d’argent public dans leur pays. Ce qu’ils contestent. Renversé en 2012 puis assassiné cinq ans plus tard par des rebelles houthis, l’ex-président est soupçonné d’avoir massivement pillé les ressources de son pays durant les 33 années qu’il a passées au pouvoir (1978-2012) et d’avoir fait profiter ses proches de cette manne indue. Notamment son fils aîné, A. Saleh, actuellement âgé de 54 ans, et son troisième fils, Khaled, 39 ans, aujourd’hui poursuivis.
C’est en mars 2019 que le Parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête à la suite d’une demande d’entraide de la justice suisse qui s’intéresse à des mouvements de fonds suspects sur des comptes au nom d’A. Saleh, transférés du Yémen vers Genève via Paris. Selon le PNF, l’origine frauduleuse de ces fonds est établie, car elle est « inextricablement liée au régime kleptocrate instauré par Ali Abdallah Saleh ». Cette analyse des magistrats repose en grande partie sur les investigations et les rapports du Groupe d’experts sur le Yémen désigné par le Conseil de sécurité des Nations unies. Le premier, en date de février 2015, pointe que l’ex-président « est soupçonné d’avoir amassé, pendant ses années au pouvoir, entre 32 et 60 milliards de dollars, dont la majeure partie aurait été transférée à l’étranger (…) dans 20 pays différents au moins ».
Les experts onusiens détaillent plusieurs modes de captation des ressources du pays qu’aurait mis en place l’ex-président avec ses proches et alliés politiques. La redistribution de biens fonciers précédemment nationalisés ; des commissions prises systématiquement dans le cadre de contrats de vente d’armes, de gaz et de pétrole : un officiel du gouvernement yéménite de haut rang témoignait notamment en 2015 que « les compagnies pétrolières opérant dans le pays reversaient 20 % de commission à Ali Abdallah Saleh ». Des sommes considérables auraient aussi été détournées des services publics, « soit par l’existence de services fantômes », c’est-à-dire des allocations de fonds à l’armée, l’éducation, la santé n’aboutissant à aucune réalisation concrète ; « soit par le gonflement des coûts de projet, afin que des commissions puissent être dégagées, notamment dans le domaine des travaux publics, 16 % était reversé au régime. »
Dans leurs rapports annuels suivants, publiés de 2016 à 2018, les experts s’intéressaient aux filières de blanchiment présumées, notamment via l’acquisition de biens immobiliers en France via deux sociétés « pour lesquelles le groupe d’experts disposait de la preuve qu’A. Saleh en était le principal actionnaire ». Ils pointaient également le « rôle déterminant » endossé par le cadet K. Saleh, à compter du gel des avoirs par l’ONU, d’A. Abdallah Saleh en 2014 puis d’A. Saleh en 2015.
Pour le PNF, A. Saleh, ancien commandant de la Garde républicaine, tenait « un rôle central au sein du régime instauré par son père », auquel il « avait d’ailleurs vocation initiale à succéder », « ce qui le mettait nécessairement au cœur de cette oligarchie fonctionnant sous forme de family business ». Impliqué personnellement dans des actes de corruption, soulignent les magistrats, l’homme, nommé ambassadeur aux Émirats arabes unis après le soulèvement de 2012, aurait également joué « un rôle central dans le circuit de blanchiment mis en place en France ». Son cadet K. Saleh, lui aussi ex-membre de la Garde républicaine reconverti ensuite dans les affaires, est d’abord décrit par le parquet comme « bailleur de fonds agissant pour le compte ou sur ordre de son frère et de son père », avant que son rôle devienne « davantage central après l’inscription sur la liste de sanctions de l’ONU de son père et de son frère ». Les sanctions visant Ahmed Saleh (et son défunt père) seront finalement levées par le Conseil de sécurité à l’été 2024.
À noter que deux autres prévenus sont également poursuivis : un homme d’affaires yéménite proche de la famille Saleh, accusé d’avoir participé à la gestion de leurs avoirs, ainsi que la gérante d’une société patrimoniale créée par ce dernier. Le procès doit se tenir jusqu’au 14 septembre.

