Menant campagne sur sept fronts, comme se plait à le rappeler Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, Tsahal a tué et blessé depuis octobre 2023 des dizaines de milliers de personnes dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Iran, en Syrie, en Irak et au Yémen, sans compter les destructions qu’elle a causées. Pourtant, ses « blessés mentaux » se comptent en plusieurs milliers. Ils représentent 65% des 26.200 militaires q hospitalisés depuis le 8 octobre 2023, selon le ministère israélien de la Défense.
Environ 17 000 des blessés (dont 97 ont été amputés) admis au service de réadaptation souffraient de troubles psychologiques souffrent notamment de stress post-traumatique. Le ministère prédit que le nombre de militaires et de membres des forces de sécurité blessés pris en charge par le service de réadaptation dépasserait les 90 000 d’ici fin 2026, et qu’il approcherait les 100 000 d’ici 2028, dont environ 50 000 souffrants de traumatismes psychologiques.
Les traumatismes psychologiques chez les soldats, principalement le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT), se manifestent par des symptômes sévères : flashbacks, hyper vigilance, cauchemars et isolement. De retour à la vie civile, ils revivent constamment les évènements traumatisants comme s’ils se déroulaient à chaque fois dans le présent. Des frayeurs chroniques, pensées lancinantes, souvenirs du champ de bataille, note Claudia Kogan, psychologue israélienne. « Je rencontre des gens hantés par ce qu’ils ont fait ou ce qu’ils n’ont pas fait. Qui éprouvent un indicible sentiment de culpabilité ou de honte. Qui ont l’impression qu’ils ne peuvent plus faire partie de l’espèce humaine. »
Ce phénomène ne se limite pas aux militaires. Selon le Haaretz, les responsables de la santé mentale dressent un tableau alarmant. « Les chiffres sont sans équivoque », affirme le professeur Eyal Fruchter, président du Conseil national pour le suivi post-traumatique avant d’ajouter qu’Israël est confronté à une crise nationale ». À titre d’exemple, avant la guerre, le service de réadaptation prenait en charge 62 000 blessés, dont 11 000 souffrants de troubles mentaux. Aujourd’hui, ces chiffres sont passés à 82 000 blessés, dont 31 000 concernés par ces troubles.
« Tout le monde parle des soldats blessés, mais ce qui se passe ici est tout simplement insensé. Même dans les scénarios les plus extrêmes, nous n’aurions pas pu imaginer de tels chiffres », a déclaré le haut responsable de l’Institut national d’assurance le professeur Yossi Levi-Belz. Selon lui, ces chiffres ne rendent pas compte de l’intensité de la souffrance psychologique endurée par les citoyens israéliens ces trois dernières années. Environ un mois avant la guerre, il a constaté que le taux de symptômes de stress post-traumatique au sein de la population était d’environ 16 % ; un mois après le 7 octobre, ce taux a grimpé à environ 30 % ; et deux ans et trois mois plus tard, il était d’environ 19,7 %. Ce qui est selon lui, « nettement supérieur au taux mondial ». 3,9 % selon l’Organisation mondiale de la Santé.
La société israélienne est aussi l’une des plus grandes consommatrices d’opioïdes au monde. Un Israélien sur quatre consommait des substances addictives en 2024, 15 % de plus qu’avant le 7-Octobre.
La société israélienne souffre d’une accumulation de tensions, résume Guy Poran, ancien officier de l’armée de l’air israélienne. « Images du 7-Octobre, sur mobilisation des réservistes, familles endeuillées, menaces régionales, instabilité économique, instabilité politique, conflits internes entre ceux qui soutiennent le gouvernement et ceux qui le haïssent », autant de séquences qui confortent l’idée d’une société en perte de repères. Si une partie de la société est touchée par la souffrance palestinienne, ces Israéliens demeurent minoritaires, assure G. Poran. « La majorité s’insurge des maux économiques et sociétaux que la guerre suscite pour les Israéliens eux-mêmes. » Sans plus…

