Les recettes fiscales continuent de soutenir l’exécution budgétaire en ce début d’année 2026. Mais derrière cette progression globale se dessine une réalité plus contrastée : l’essentiel de la hausse des rentrées du Trésor provient désormais de l’impôt sur les sociétés (IS), dont la dynamique compense le ralentissement d’autres grands postes fiscaux.
Selon la Situation des charges et ressources du Trésor (SCRT) publiée par le ministère de l’Economie et des Finances, les recettes fiscales nettes ont atteint 133,5 milliards de dirhams à fin avril, en hausse de 8,9% sur un an, soit près de 10,9 milliards de DH supplémentaires.
Dans le détail, l’IS concentre à lui seul plus de 9 milliards de DH de cette progression. Les recettes liées à cet impôt ont bondi de 24,9% pour atteindre 45,4 milliards de DH, représentant déjà 48,1% des prévisions annuelles inscrites dans la loi de finances 2026.
Le ministère attribue cette performance à « la bonne dynamique des versements spontanés », tirée notamment par la hausse du premier acompte ainsi que du complément de régularisation. Une évolution qui reflète, en creux, la solidité des résultats déclarés par les entreprises au titre de l’exercice précédent, malgré un environnement international marqué par les tensions commerciales et géopolitiques, notamment autour du Moyen-Orient.
Cette forte poussée de l’IS contraste toutefois avec la dynamique plus modérée des autres recettes fiscales. La TVA n’a progressé que de 3,9%, à 32,6 milliards de DH, essentiellement grâce à la TVA à l’importation (+5,6%), tandis que la TVA intérieure est restée quasiment stable (+1%). Un signal qui traduit une consommation domestique et une activité intérieure moins dynamiques que les flux liés au commerce extérieur.
Même constat du côté de l’impôt sur le revenu (IR), en recul de 4,3% à 26,1 milliards de DH. Le ministère nuance toutefois cette baisse en rappelant qu’elle s’explique principalement par une recette exceptionnelle enregistrée début 2025 dans le cadre de l’opération de régularisation fiscale volontaire. Hors cet effet de base, les recettes de l’IR auraient progressé de 11,1%, soutenues notamment par l’IR sur les salaires et sur les profits de cession de valeurs mobilières.
Les taxes intérieures de consommation (TIC) affichent pour leur part une hausse de 7,4%, portée principalement par les produits énergétiques, dans un contexte de hausse des volumes de carburants mis à la consommation. Les droits d’enregistrement et de timbre ont également progressé de 11,5%, traduisant une bonne tenue des transactions soumises à taxation.
En parallèle, les recettes non fiscales ont reculé de 10,5% à 8,6 milliards de DH. Cette baisse est principalement liée au repli des « autres recettes », malgré une progression des versements des établissements et entreprises publics.
Au total, les recettes ordinaires ont progressé de 7,6% à 144 milliards de DH. Mais cette dynamique reste inférieure à celle des dépenses, en hausse de 7,7%, dans un contexte marqué par l’accélération de l’investissement public et l’augmentation des dépenses de biens et services.
Le déficit budgétaire s’est ainsi établi à 19,1 milliards de DH à fin avril, contre 17,5 milliards un an auparavant.

