Les États-Unis accueilleront jeudi au département d’État ce second cycle de pourparlers au niveau des ambassadeurs, après un premier round tenu le 14 avril et qualifié « d’échanges productifs ». Mike Huckabee doit y prendre part aux côtés de hauts responsables américains, dont le secrétaire d’État Marco Rubio et le conseiller Michael Needham. Sont également attendus à cette réunion l’ambassadeur des États-Unis au Liban Michel Issa, l’ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh Moawad, ainsi que l’ambassadeur d’Israël à Washington Yechiel Leiter, selon la même source. « Nous continuerons à faciliter des discussions directes et de bonne foi entre les deux gouvernements », a ajouté le porte-parole.
Ces pourparlers interviennent après l’entrée en vigueur vendredi d’un cessez-le-feu de dix jours entre le Liban et Israël, toujours violé par Tel-Aviv. Israel Katz, ministre israélien de la Défense, a indiqué le lendemain que son pays entendait maintenir le contrôle des zones occupées dans le sud du Liban lors de sa récente offensive. Depuis le 2 mars, les attaques israéliennes au Liban ont fait environ 2.300 morts, plus de 7.500 blessés et déplacé plus d’un million de personnes, selon des données officielles. Plus, jamais, depuis la fin de la guerre civile, en 1990, les divisions inter-libanaises n’ont été aussi profondes. Le retour sur le devant de la scène d’un discours longtemps tabou, celui des négociations directes et de la conclusion d’un « accord de paix » avec Israël divise. Au lieu d’aboutir à une union sacrée, la guerre a creusé davantage le fossé entre le Hezbollah et le pouvoir officiel, représenté par le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam. Les deux dirigeants, qui ont résolument choisi, depuis des mois, d’aligner le Liban sur la politique américaine en s’engageant dans un processus de désarmement du Hezbollah, semblent déterminés à aller de l’avant, quelle que soit l’issue de la guerre. Le Hezbollah a fustigé, lui, la décision des autorités libanaises de « négocier sous le feu et selon les conditions israéliennes ».
Il est suivi en cela par le mouvement Amal dont le leader, Nabih Barri en l’occurrence, est aussi président du parlement. Mais il faut dire que la question de la normalisation irrite d’autres composantes de l’arc-en-ciel libanais. Sleiman Frangié, président du courant Al-Marada au Liban, a affirmé que la Résistance est le résultat de l’occupation, et que ce qui se passe aujourd’hui au Sud, comme la « ligne jaune » et autres, lui donne sa pleine légitimité pour continuer. Il a ajouté, lors d’une interview sur la chaîne Al-Mayadeen, que « l’incitation contre la Résistance s’appuie sur un fond israélien », ajoutant que « l’histoire parlera du patriotisme des Chiites qui ont offert des sacrifices et des martyrs ». Concernant les développements sur le terrain, il a souligné que la croyance dominante chez la majorité des Libanais est qu’Israël aurait avancé vers le fleuve Litani indépendamment des tirs de missiles sur elle, et que c’est le plan de B. Netanyahu qu’il répète sur la carte. « Moi, le Maronite chrétien libanais, je m’enorgueillis d’eux, et si l’histoire est juste, elle écrira sur leurs sacrifices et sur le fait qu’ils défendent l’avenir de nos enfants et l’avenir de ce pays ».
S. Frangié a assuré que la Résistance au Liban « a prouvé qu’elle a tenu bon et résisté, et qu’Israël n’a pas pu entrer à Bint Jbeil et Al-Khiam, les « règles du jeu ont donc changé » ». Il a ajouté que « les Chiites sont des partenaires, des patriotes et des piliers de ce pays, et ils versent leur sang quotidiennement pour lui ; nous devons tirer profit des exploits réalisés aujourd’hui au Sud », s’adressant à eux en disant : « Vous défendez mes enfants, leur avenir et l’avenir des enfants de ce pays ». Et de poursuivre que « personne ne peut supporter une telle quantité d’oppression, et malgré le nombre de martyrs, la douleur et le mépris, et dans un climat général de rejet à leur égard, le patriotisme des gens de la Résistance est remarquable », affirmant « la nécessité de respecter leurs exploits et d’en tirer profit ».
À ceux qui disent « que les Américains nous ont trahis », le leader libanais s’est interrogé : « Est-ce que l’Américain vous voit seulement ? », ajoutant que « nous devons prendre des décisions dignes de notre peuple et de notre avenir », soulignant que les États-Unis agissent avec pragmatisme selon leurs intérêts, citant les expériences du Vietnam, de l’Afghanistan et de la Syrie, où « ils abandonnent leurs alliés quand les intérêts changent », mettant en garde contre le fait de se fier à leurs garanties. Il a critiqué l’alignement officiel du Liban sur les États-Unis, notant qu’ils sont le premier allié d’« Israël », ajoutant : « Nous allons vers un négociateur dont nous savons qu’il veut l’intérêt de l’autre partie et non le nôtre ». Et d’affirmer : « Washington travaille toujours pour son propre intérêt ». Il a estimé que le président américain Donald Trump est clair dans son soutien à Israël et qu’il « a déclenché une guerre dans la région pour le compte du Premier ministre de l’occupation israélienne Benjamin Netanyahu ».
Dans ce contexte, S. Frangié a déclaré ne pas voir où réside la sagesse de compter sur l’allié numéro un d’Israël au Liban qui « ne peut être un juge honnête », s’interrogeant : « Pourquoi l’urgence de négociations directes alors que nous pouvons continuer avec des négociations indirectes ? ». Et d’affirmer que l’habitude de Washington est de vendre les Sur, disant : « Ne dis pas si l’Américain nous vend, mais dis plutôt quand il nous vendra, et c’est une grande différence ».
Concernant les négociations en cours entre l’État libanais et l’occupation, l’homme politique a déclaré que personne ne peut « refuser la paix par principe », mais le problème réside dans « la nature de cette paix et ses conditions », demandant : « De quelle paix parlons-nous ? ». Et d’insister sur le fait que le problème fondamental dans la phase actuelle réside dans l’empressement à aller vers des négociations directes, estimant que cette étape manque de consensus national. A ses yeux, « les négociations directes sont un risque majeur qui nécessite un consensus national, un dialogue national et une solidarité nationale ». Il a souligné que plus de la moitié du peuple libanais n’est pas satisfaite de cette voie, notant un refus clair de la part de la communauté chiite et une solidarité des Druzes avec elle, tandis que la position de la communauté sunnite n’est pas encore tranchée mais tend à ne pas soutenir ces négociations. « Je ne veux pas dire que la moitié des Chrétiens ne sont pas satisfaits des négociations directes, mais je les considère comme un risque majeur », a-t-il précisé.
S’adressant au Président de la République, il a dit : « Je l’aime et il le sait, mais le problème est dans la précipitation », l’appelant à « ne pas se précipiter pour prendre une mesure dont tout le monde se désavouera ». S. Frangié a estimé que les négociations directes nécessitent une couverture nationale globale, un dialogue et une solidarité interne, avertissant que poursuivre dans cette voie sans consensus pourrait mener à une « catastrophe ». Dans un contexte lié, il a averti que les pressions actuelles placent le Liban devant deux choix dangereux : soit une guerre avec Israël, soit une sédition interne, s’interrogeant sur l’utilité de cette voie, notant que la précipitation libanaise à demander la paix n’a pas été rencontrée par une précipitation similaire des parties américaine et israélienne.
Concernant la précédente échéance présidentielle, S. Frangié a dit : « Ils nous ont dit : élisez un président de la République et les aides viendront, mais ils ne nous ont rien donné ». Avant d’ajouter qu’« aujourd’hui ils disent : frappez la Résistance et les aides viendront, et moi je dis que nous allons nous disputer avec la Résistance, le Liban sera détruit et rien ne nous parviendra ». Remontant dans l’histoire, il a assuré qu’à l’époque de Bachir Gemayel, quand Israël était à Beyrouth et les États-Unis présents avec leurs forces navales, ils n’ont pas pu imposer ce genre de « paix », ce qui reflète la difficulté de la réaliser aujourd’hui. Il a affirmé que « personne ne peut être souverainiste et sioniste à la fois, car le sionisme ne reconnaît même pas l’existence du Liban », rejetant la faute sur l’État car en deux ans, il n’a pas su se réunir et mener un dialogue national utile pour « fortifier notre unité interne ». Plus, il a noté que « le projet vers lequel nous allons maintenant mène à une sédition interne et vise à satisfaire l’Israélien et l’Américain ». Ajoutant qu’Israël ne veut pas le bien du Liban, et qu’elle « considère le Liban comme un concurrent pour elle », c’est pourquoi elle « ne veut pas que ce pays se relève ».
S. Frangié a appelé à un dialogue interne inclusif, disant : « C’est notre État et c’est notre peuple, asseyons-nous ensemble et prenons des positions dignes de l’avenir du Liban », avertissant que l’insistance sur la voie des négociations actuelles repose désormais sur « l’entêtement ». Il a noté que les équilibres politiques changent avec le changement des rapports de force sur le terrain, affirmant que la priorité doit être « d’empêcher la sédition interne », étant donné que « le projet proposé actuellement pourrait mener à une division interne dangereuse ». Il a affirmé que « celui qui veut limiter les armes de la Résistance doit répondre : va-t-il la frapper ou la rassurer ? », insistant sur « la nécessité de rassurer la Résistance et d’assurer la protection des citoyens libanais ».
