Les clauses divulguées par le site américain Axios incluent principalement une méthode de division du sud de la Syrie en trois niveaux, une méthode qui, selon le site US, imite les accords de Camp David signés entre Israël et l’Égypte en 1979. Selon le plan israélien, Tel-Aviv annexe des zones supplémentaires du territoire syrien en élargissant la zone tampon définie par l’accord de cessez-le-feu de 1974 entre Damas et Tel-Aviv à une profondeur de deux kilomètres. Au deuxième niveau, le plan interdit aux autorités syriennes d’introduire tout véhicule militaire lourd dans le sud. Au troisième niveau, il est interdit à tout avion militaire syrien de survoler le sud du pays, du sud-ouest de la capitale, Damas, jusqu’à la zone tampon. Israël conservera, en outre, certaines zones, occupées après la chute de l’ancien régime, notamment sa présence militaire au sommet stratégique du mont Hermon.
Selon Axios, les termes du plan annoncé auxquels les autorités syriennes de transition n’ont pas encore réagi, tandis qu’elles s’efforcent d’élaborer un contre-plan, soulèvent de nombreuses interrogations quant aux changements que sa mise en œuvre pourrait induire.
Ceci s’inscrit dans le contexte de l’imposition forcée de cette réalité par Israël au sud, empêchant Damas d’y acheminer du matériel lourd. Israël ayant détruit la plupart des capacités militaires syriennes, notamment les aéroports militaires, les avions et les bases de défense aérienne (à l’exception des avions entretenus par la Turquie et en cours de décollage d’essai à l’aéroport militaire de Kuweires, dans la banlieue d’Alep, il y a environ deux semaines).
Ce qui précède signifie que le contenu de l’accord correspond parfaitement à la réalité envisagée par Tel-Aviv pour le sud de la Syrie, notamment sa forte présence à Soueida, désormais autonome. L’accord souhaité n’est donc qu’une simple confirmation écrite de la réalité, en dépit de quelques détails techniques.
Selon des informations divulguées par Axios, l’accord comprend également une clause supplémentaire accordant à Israël une totale liberté de mouvement dans l’espace aérien syrien en maintenant un corridor ouvert vers l’Iran via la Syrie. Cela ouvrirait la voie à de futures frappes israéliennes et consoliderait le statu quo, où la Syrie est incapable de protéger son espace aérien contre les attaques israéliennes. Les autorités de transition n’ont manifesté aucune intention de le faire.
Le plan annoncé ignore également l’un des points les plus controversés pour Israël dans le conflit syrien : l’expansion militaire turque. Tel-Aviv a explicitement rejeté cette possibilité. L’entité sioniste a détruit une base aérienne et une base de défense aérienne dans la région de Homs après la publication d’informations faisant état de tentatives turques de les exploiter dans le cadre de l’expansion militaire terrestre d’Ankara en territoire syrien.
Dans ce contexte, la visite urgente effectuée mercredi à Damas par Ibrahim Kalin, chef des services de renseignement turcs, où il a rencontré Ahmad al-Sharaa, s’avère compréhensible.
Si l’Agence de presse arabe syrienne (SANA) a rapporté qu’al-Sharaa et Kalin ont discuté des développements régionaux et de de l’accord avec la direction des Forces démocratiques syriennes (FDS). L’agence a ignoré le calendrier de cette visite, qui précédait une rencontre prévue entre Assaad al-Shibani, ministre syrien des Affaires étrangères par intérim, et Ron Dermer, son vis-à-vis israélien, en présence de Thomas Barrack, envoyé spécial américain en Syrie. Cette rencontre qui était prévue le mercredi 18 septembre à Londres, a été reportée de 24 heures pour se tenir désormais à Bakou, capitale azerbaïdjanaise, selon Sky News, citant des sources informées anonymes.
Le plan israélien, dont certains détails ont fuité parallèlement à l’annonce d’un accord sur une « feuille de route » pour Soueida à la suite d’une réunion tripartite entre A. al-Shibani, son homologue jordanien Ayman Safadi et T. Barrack, soulève des questions supplémentaires quant à l’activité sécuritaire et militaire israélienne en cours dans le sud de la Syrie et quant à l’intérêt que la Turquie en tirera.
A noter, enfin, que le président syrien par intérim s’est montré optimiste mercredi soir concernant les négociations avec Israël, déclarant qu’un accord de sécurité pourrait « porter ses fruits dans les prochains jours ». Il a qualifié cet accord de « nécessité ».
