jeudi, avril 23, 2026
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Reprise des négociations entre Washington et Téhéran : Les Iraniens exigent des Américains le respect des termes du cessez-le-feu

by Perspectives Med
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Reprise des négociations entre Washington et Téhéran : Les Iraniens exigent des Américains le respect des termes du cessez-le-feu

Selon la presse iranienne, soulignant que l’Iran suit de près les développements sur le terrain, E. Baghaï a déclaré : « […] La diplomatie est un outil pour assurer les intérêts et la sécurité nationaux. Nous prendrons la décision d’utiliser cet outil lorsque nous arriverons à la conclusion que le terrain logique et nécessaire est réuni pour répondre aux intérêts de l’Iran […]. » Il a ajouté que « les forces armées iraniennes sont également prêtes à protéger le pays contre toute forme de menace ou d’attaque. » Baghaï a également noté que son pays tirerait parti de toutes les opportunités et de tous les moyens pour demander des comptes et obtenir des réparations de la part des « agresseurs et des criminels de guerre ».

La Chine a exprimé mercredi son soutien aux efforts diplomatiques visant à mettre fin au conflit, après que le président américain Donald Trump a prolongé le cessez-le-feu au-delà de sa période initiale de 14 jours. « La situation actuelle dans la région est à un stade critique. La priorité urgente est d’empêcher, par tous les moyens, une reprise des combats », a déclaré Guo Jiakun, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, à Pékin. Il a ajouté que la Chine soutient toutes les parties dans la poursuite des efforts politiques et diplomatiques pour résoudre le différend, visant à obtenir un cessez-le-feu complet et durable et à maintenir la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

Les déclarations de Pékin interviennent après que D. Trump a déclaré mardi que Washington prolongerait le cessez-le-feu avec l’Iran afin de donner à Téhéran le temps de préparer une « proposition unifiée », à la suite d’une demande de responsables pakistanais.

Dans un message publié sur son réseau social Truth Social, le locataire de la Maison Blanche a indiqué que le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, et le Premier ministre Shahbaz Sharif avaient demandé aux États-Unis de reporter une reprise des actions militaires jusqu’à l’élaboration d’une proposition commune. Le cessez-le-feu, qui a mis fin à la guerre américano-israélienne avec l’Iran le 8 avril, devait expirer mercredi.

Des responsables américains et iraniens doivent se rencontrer pour un deuxième cycle de discussions à Islamabad cette semaine. Toutefois, Téhéran a exigé que Washington lève son blocus du détroit d’Ormuz comme condition à sa participation aux négociations.

Le conflit a débuté le 28 février lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran, entraînant des attaques de représailles de Téhéran contre des intérêts et bases américains au Moyen-Orient. Islamabad a ensuite accueilli les discussions de plus haut niveau entre Washington et Téhéran depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en 1979, tenues les 11 et 12 avril. L’Iran avait brièvement levé son contrôle sur le détroit d’Ormuz vendredi dernier, avant de le rétablir un jour plus tard après que Trump a déclaré que le blocus des ports iraniens serait maintenu.

Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, a averti mardi que toute personne ou tout navire participant aux réseaux commerciaux ou financiers liés à l’Iran s’expose à des sanctions américaines. Washington entend poursuivre le blocus naval des ports iraniens tout en renforçant la pression financière afin de fragiliser l’économie du pays, largement dépendante de ses exportations pétrolières, a-t-il indiqué. « En quelques jours, les capacités de stockage de l’île de Kharg seront saturées et les puits de pétrole iraniens, déjà fragiles, devront être arrêtés. Restreindre le commerce maritime de l’Iran revient à viser directement les principales sources de revenus du régime », a-t-il déclaré sur le réseau social américain X. Il a ajouté que son département poursuivrait la mise en œuvre d’une politique de « pression maximale » visant à perturber la capacité de Téhéran à générer, transférer et rapatrier des fonds. « Toute personne ou tout navire facilitant ces flux, via des circuits commerciaux ou financiers dissimulés, s’expose à des sanctions américaines. Nous continuons de geler les fonds détournés par une direction corrompue au nom du peuple iranien », a-t-il poursuivi.

Ces déclarations interviennent dans un contexte de forte volatilité des prix du pétrole, alors que le président américain Donald Trump a annoncé la prolongation d’un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran, tandis que le blocus naval reste en place.

En face, les Gardiens de la Révolution en Iran ont affirmé, mercredi, qu’ils sont « au sommet de la préparation et de la détermination à poursuivre le combat contre les ennemis, et prêts pour une confrontation décisive et immédiate face à toute menace ou répétition d’agression contre le pays ». Dans un communiqué publié à l’occasion de l’anniversaire de leur fondation, les Gardiens ont souligné qu’ils « porteront, lors de la nouvelle phase d’une éventuelle bataille militaire, des coups foudroyants et imprévus à ce qui reste des centres ennemis dans la région », car « le champ reste ouvert et propice pour frapper les points vitaux et les centres de dissuasion de l’ennemi ». Ils ont précisé que les forces armées iraniennes « ne permettront plus à l’ennemi de se livrer à la moindre démonstration de force ».

Les Gardiens de la Révolution ont rappelé que leurs attaques ont « exposé la majeure partie des infrastructures militaires de l’ennemi américano-israélien dans la région à des coups sévères et à un effondrement majeur ». Le communiqué indique que le système d’opérations combinées, composé de 100 vagues de missiles et de drones, a « paralysé et aveuglé la capacité militaire de l’ennemi, infligeant des frappes destructrices à ses infrastructures ». De plus, « les frappes de missiles iraniennes sur les centres stratégiques des ennemis ont provoqué un vide cognitif dans les rangs de leur front sur le champ de bataille », ajoutant que ces derniers ont « imploré un cessez-le-feu ».

Dans ce contexte, les Gardiens de la Révolution ont déclaré que la région de l’Asie de l’Ouest est « au seuil de l’entrée dans un nouvel ordre régional, sans la présence des puissances étrangères et arrogantes, particulièrement les États-Unis », et ce, avec « l’effondrement du prestige factice de la puissance militaire américano-israélienne ». Ils ont ajouté que « les fruits de ces victoires pour la région et le monde islamique se multiplieront plus que jamais avec la création d’un environnement stable et sûr ».

Le communiqué souligne que les Gardiens ont « infligé des défaites répétées au front de l’arrogance, ouvrant la voie à la croissance, à la prospérité, au progrès et à la construction de l’Iran cher », tandis que « l’ennemi est furieux contre les Gardiens, les considérant comme l’obstacle le plus difficile à la réalisation de leurs stratégies hostiles contre le pays ». Il a également été précisé que les intenses attaques médiatiques contre les Gardiens s’expliquent par les progrès historiques accomplis dans les missions difficiles, notamment dans le domaine de la guerre cognitive. Le communiqué conclut en affirmant que le soutien du peuple iranien aux forces armées a « déjà créé un événement unique dans l’histoire contemporaine ».

Par ailleurs, les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé avoir ciblé un navire grec appelé Euphoria, précisant qu’il était désormais ancré au large des côtes iraniennes, selon l’agence de presse Fars. La marine du CGRI a également annoncé dans un communiqué avoir arraisonné, mercredi matin, deux navires en infraction, le MSC-FRANCESCA, lié à l’entité israélienne et l EPAMINODES, qui avaient tenté de quitter le détroit d’Ormuz officieusement sans autorisation, commettant des violations répétées, manipulant les systèmes de navigation auxiliaires et mettant en danger la sécurité maritime. Elle a indiqué avoir ordonné aux deux navires de se rendre dans les eaux territoriales iraniennes afin d’inspecter la cargaison, les documents et les papiers.

La force navale a réaffirmé que toute tentative de perturber les lois décrétées par l’Iran pour la traversée du détroit d’Ormuz et toute activité contraire à la sécurité de passage dans cette voie maritime stratégique se heurteraient à des mesures légales strictes après un suivi complet.

Pour sa part, l’autorité maritime britannique a signalé qu’un navire a été la cible de tirs, depuis une canonnière iranienne près d’Oman, causant d’importants dégâts au pont. Dans un autre incident, l’agence a indiqué avoir reçu un rapport faisant état d’un incident survenu à 8 milles nautiques à l’ouest de l’Iran.

Selon le groupe de suivi des expéditions maritimes Vortexa, au moins 34 pétroliers liés à l’Iran ont réussi à contourner l’embargo américain, dont plusieurs transportant du pétrole iranien. Dans les détails, au moins 19 pétroliers liés à l’Iran ont franchi le blocus américain pour quitter le Golfe, tandis qu’au moins 15 autres pétroliers sont entrés dans le Golfe en provenance de la mer d’Arabie et à destination de l’Iran. Au moins 6 des navires quittant le port transportaient des cargaisons de pétrole brut iranien, pour un total de 10,7 millions de barils. Selon Bloomberg, Vortexa est parvenue à ces estimations grâce à l’imagerie satellite, car les navires qui tentent de contourner les forces américaines désactivent généralement leurs dispositifs de suivi.

Quant au Wall Street Journal, il rapporte citant les données de Lloyds List Intelligence et des courtiers maritimes, que 26 navires chargés étaient entrés ou sortis des ports iraniens depuis le début de l’embargo le 13 avril, tandis que le commandement central américain a déclaré avoir forcé 23 navires à rebrousser chemin.

Confusion au sommet à Washington

Avec ses déclarations retentissantes sur son réseau Truth Social, ses revirements abrupts et ses conversations téléphoniques multiples avec des journalistes, D. Trump ne fait qu’ajouter à la confusion autour de sa stratégie concernant l’Iran. La journée de mardi en a été un parfait exemple : le président américain l’a entamée en assurant, sur la chaîne CNBC, qu’il ne prolongerait pas le cessez-le-feu annoncé le 7 avril.

C’est pourtant ce qu’il a fait quelques heures plus tard, en annonçant sur sa plateforme que la trêve était maintenue jusqu’à nouvel ordre, avec une sobriété inhabituelle. Il a dit attendre une « proposition » de Téhéran, cela après avoir pourtant assuré la semaine dernière, dans un court entretien avec l’AFP, qu’il n’y avait « plus de points de blocage » avec les autorités iraniennes.

Le président américain commente le conflit quasiment en temps réel au gré d’échanges de ce type avec des reporters, qui l’appellent sur son téléphone portable et auxquels il répond de manière plus ou moins expéditive. A deux reprises, ces derniers jours, la Maison Blanche a dû rectifier des déclarations faites dans ces conditions par le milliardaire de 79 ans. Dimanche, D. Trump a affirmé à la chaîne ABC que JD Vance ne conduirait pas la délégation américaine pour la reprise des discussions avec l’Iran au Pakistan, ce qui a été très vite démenti. Lundi, le président américain a assuré au New York Post que les négociateurs étaient en route pour Islamabad. Le vice-président et les autres émissaires n’avaient pourtant pas quitté les Etats-Unis, et s’y trouvaient toujours mardi. Ces conversations multiples mettent à mal la conviction, jusqu’ici bien ancrée, que « le président des Etats-Unis doit toujours avoir des communications sécurisées » et que son « temps est précieux », note Robert Rowland, professeur de communication à l’université du Kansas.

Et de rappeler à l’AFP le bras de fer qui avait opposé Barack Obama aux services de sécurité concernant l’appareil de type BlackBerry auquel l’ancien président démocrate était très attaché, mais que ses conseillers jugeaient trop peu fiable. L’universitaire note aussi que là où ses prédécesseurs s’efforçaient d’adopter un ton rassembleur en temps de conflit, Donald Trump « est à l’exact opposé. Il politise à l’extrême ».

Le président républicain s’en est pris violemment à l’opposition ces derniers jours, qualifiant les démocrates de « traîtres » qui « font tout ce qui est en leur pouvoir pour nuire » à l’opération « Furie épique ». Le Wall Street Journal a révélé lundi que D. Trump ne consultait personne avant de publier sur sa plateforme des messages semés de majuscules et points d’exclamation, mêlant menaces apocalyptiques et tournures désinvoltes, voire grossières. Le journal rapporte aussi que l’entourage du président l’a tenu partiellement à l’écart pendant le récent sauvetage d’un aviateur américain en Iran, de peur que son « impatience » ne perturbe la spectaculaire opération.

Cette impulsivité se manifeste aussi, selon Robert Rowland, par des « violations » répétées des convenances, y compris ayant trait aux forces armées, pour lesquelles la majorité des Américains ont le plus grand respect.

D. Trump a été très critiqué après avoir arboré une casquette brodée de l’acronyme « USA » en lettres d’or pour accueillir les dépouilles de militaires tués au Moyen-Orient. Ce alors qu’un modèle similaire de couvre-chef était en vente sur le site de la Trump Organization pour 55 dollars. Le républicain, exempté de combattre au Vietnam pour des raisons médicales, n’a pas hésité mardi à affirmer sur CNBC qu’il aurait remporté « très rapidement » cette guerre (1954-1975) s’il avait été au pouvoir à l’époque.

La communication de D. Trump sur l’Iran, déjà erratique, est brouillée encore davantage par de fréquentes digressions sur son sujet de prédilection : la construction et la rénovation de bâtiments. Pendant son interview mardi sur CNBC, il a trouvé le moyen d’évoquer à nouveau le chantier qui lui tient le plus à cœur, celui d’une monumentale salle de bal à la Maison Blanche : « Je construis en dessous du budget prévu et plus vite que le calendrier prévu », s’est vanté l’ancien promoteur immobilier.

Selon le Washington Post, le président américain a mentionné cette fameuse salle de bal en moyenne une fois tous les trois jours depuis le début de l’année.

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