Sa visite a eu lieu trois jours plus tôt que prévu. La présidence de la République a été informée dimanche que Thomas Barrack avait avancé la date de sa visite et qu’il commencera lundi ses rencontres avec les trois présidents de l’exécutif et du législatif afin d’entendre la réponse libanaise aux observations américaines concernant la réplique initiale du Liban à son document.
Comme à leur habitude, les médias ont anticipé cette visite en la présentant comme un événement marquant, arguant que la suite pourrait être différente de ce qui s’est passé auparavant concernant le question des armements du Hezbollah et le sort du Liban. Surtout après que le diplomate américain a évoqué à plusieurs reprises la demande des États-Unis d’un cadre exécutif assorti d’un calendrier pour le désarmement du Hezbollah, menaçant tantôt de guerre civile, tantôt d’annexion du Liban à la Syrie, sans compter l’escalade israélienne en cours.
Le choix du moment de la visite était cette fois lié à diverses considérations, les Libanais, y compris ceux hostiles au Hezbollah, se trouvant au cœur de la tempête de Soueïda (sud de la Syrie), suscitant un sentiment de peur sans précédent face à l’évolution de la situation dans ce pays. Des sources bien informées estiment que les événements de Soueïda ont incité les responsables libanais à s’accrocher aux « garanties » exigées par le Liban.
Au niveau populaire, selon des sources citées par le quotidien libanais Al-Akhbar, T. Barrack constatera probablement un changement d’opinion à l’égard des armes du Hezbollah, d’autant plus que d’autres groupes considèrent désormais ces armes comme une garantie de sécurité, qu’elles soient entre les mains du parti ou des leurs. Selon ces sources, « le président Joseph Aoun, informé de la date de la visite de Barrack, semblait plus soulagé après l’évolution de la situation en Syrie concernant le soutien à la position libanaise ». Et de souligner que « le président Aoun insistera cette fois sur le droit du Liban à obtenir des garanties internationales », d’autant plus qu’Israël ne s’est pas engagé à appliquer l’accord de cessez-le-feu au Liban et que les garanties extérieures n’ont pas réussi à le convaincre de s’y conformer.
J. Aoun est également armé de l’image des agressions israéliennes contre la Syrie. Ce point sera abordé avec T. Barrack, qui, avec d’autres responsables américains, a précédemment appelé les Libanais à suivre l’exemple du président syrien par intérim Ahmad Charaa. Or, ni les déclarations rassurantes envers Israël ni les négociations directes de A. al-Charaa avec Israël ne l’ont protégé de l’agression israélienne ni de l’ambition de l’ennemi israélien, engagé dans la lutte continue pour consolider son occupation du sud de la Syrie . Cela, en soi, constituera un facteur de pression accrue sur le Liban.
Si la raison de l’avancement de la visite de T. Barrack au Liban reste floue, les milieux politiques sont certains qu’elle est « liée à la réponse que les États-Unis souhaitent obtenir de l’État libanais, notamment concernant le rôle du gouvernement dans l’adoption d’une décision unanime sur le monopole des armes et la présentation d’engagements dans les délais souhaités par Washington ». Parallèlement, « le Liban insistera sur le fait que le désarmement ne pourra être réalisé qu’après le retrait total d’Israël des zones occupées, la cessation de ses agressions et la libération des détenus libanais. Un dialogue interne s’engagera alors sur une stratégie de défense pour protéger le Liban, tout en réaffirmant son engagement envers la résolution 1701. »
Selon certaines informations, l’ordre du jour de T. Barrack sera chargé cette fois-ci. Il rencontrera plusieurs ministres lors d’un dîner offert par l’ambassade des États-Unis, et rencontrera des personnalités politiques lors d’un dîner offert par le député Fouad Makhzoumi mardi, avant de rencontrer d’autres personnalités politiques.
Le niet du Hezbollah
Du côté de la résistance libanaise, la situation brumeuse dans laquelle se trouve la région ne semble guère la déboussoler. Ainsi, Cheikh Naïm Kassem, chef du Hezbollah, a exprimé son rejet du désarmement et affirmé être prêt à affronter Israël, dénonçant ses violations du cessez-le-feu. Il conditionne tout dialogue sur le sort des armes à un retrait israélien et insiste sur une discussion interne libanaise sur ce dossier stratégique. Cette posture ravive les tensions, malgré les appels à la neutralité et à la souveraineté.
Lors d’une cérémonie en hommage à un cadre militaire de la résistance, le secrétaire général du Hezbollah a réaffirmé samedi la détermination de son mouvement à conserver ses armes et à se préparer à une confrontation avec Israël. « Nous ne renoncerons ni à notre foi ni à notre force. Nous sommes prêts à affronter l’ennemi. Il n’y aura ni reddition ni capitulation face à Israël, et Israël ne recevra pas nos armes », a-t-il déclaré. Cette position intervient dans un contexte de pressions internationales, notamment après la visite à Beyrouth de l’émissaire américain, porteur d’une feuille de route prônant le désarmement du Hezbollah d’ici fin 2025.
Cheikh N. Kassem a insisté sur le fait que la question des armes relevait d’un dialogue interne libanais, impliquant le président Joseph Aoun, et non d’impositions extérieures. Il a conditionné toute discussion à un retrait israélien des territoires occupés, la libération des prisonniers et l’arrêt des violations israéliennes, estimées à plus de 3 700 depuis le cessez-le-feu du 27 novembre 2024. Le leader du Hezbollah a accusé Israël de poursuivre une « agression continue » malgré la trêve, citant des frappes régulières au Liban-Sud et l’occupation de cinq positions stratégiques, comme Labbouné et Jabal Blat. Il a revendiqué le rôle du Hezbollah dans la « résistance », affirmant avoir empêché Israël d’atteindre Beyrouth lors de la guerre de 2023-2024, qui a coûté plus de 4 000 vies au Liban. « La mission principale de la résistance reste la libération, la protection du Liban contre l’occupation et la défense de sa souveraineté », a-t-il ajouté, soulignant une coordination avec l’armée libanaise pour appliquer la résolution 1701 de l’ONU.
Cette rhétorique intervient alors que le Hezbollah, affaibli par la perte de ses leaders Hassan Nasrallah et Hachem Safieddine en 2024, tente de réaffirmer son influence. Cheikh N. Kassem a nié toute tension avec Nabih Berry, président du Parlement et allié du mouvement Amal, malgré des rumeurs de divergences sur la réponse à donner à Washington.
