À l’approche du sommet de l’OTAN, prévu les 7 et 8 juillet à Ankara, les négociations restent difficiles. Selon Bloomberg, les diplomates ne sont toujours pas parvenus à finaliser le texte qui doit être approuvé par les dirigeants de l’Alliance. L’un des principaux désaccords concerne l’extension du réseau d’oléoducs de carburant de l’OTAN vers l’Europe de l’Est. Toujours selon Bloomberg, la Pologne demande à l’Alliance de financer le prolongement vers l’Est d’un réseau hérité de la guerre froide, aujourd’hui surtout relié à des installations militaires en Europe occidentale. Varsovie est soutenue par plusieurs pays d’Europe centrale et orientale, notamment les États baltes, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie. Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, ministre polonais de la Défense, a expliqué que ces oléoducs doivent assurer l’approvisionnement en carburant des forces de l’OTAN en cas de crise militaire. En temps de paix, ils pourraient aussi servir aux livraisons de carburant à usage civil. Mais le projet divise.
Selon Politico, la modernisation du réseau pourrait coûter environ 26 milliards d’euros, ce qui en ferait le projet commun le plus coûteux de l’histoire de l’OTAN. Plusieurs pays, dont la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Turquie, ne veulent pas valider trop vite un engagement aussi lourd. Pour les pays du flanc oriental, ces infrastructures sont présentées comme une nécessité militaire. Pour d’autres membres de l’Alliance, elles posent au contraire des questions sur leur coût, leur calendrier et leur utilité à long terme.
Le dossier ukrainien complique lui aussi la rédaction du texte final. Selon Bloomberg, le projet de déclaration prévoit une aide de 70 milliards d’euros à Kiev pour 2026 et 2027. Cette somme ne représenterait pas de nouveaux engagements, mais regrouperait des promesses déjà annoncées par l’OTAN et des financements liés à un prêt européen. L’Italie demande toutefois de modifier cette formulation. L’agence ajoute que Rome souhaite retirer la référence à 2027, estimant qu’un engagement fixé aussi loin pourrait donner l’impression que le conflit est appelé à durer, alors qu’un règlement négocié pourrait intervenir plus tôt. Rome veut surtout que la déclaration finale laisse une marge à une éventuelle évolution diplomatique.
Cette position s’inscrit dans un contexte où la question du dialogue avec Moscou revient progressivement dans les échanges européens. Giorgia Meloni a déjà appelé les dirigeants européens à définir une position commune afin d’engager des négociations avec la Russie. Dmitri Peskov a, quant à lui, déclaré que plusieurs pays européens commençaient à comprendre la nécessité d’un dialogue avec Moscou. Vladimir Poutine a également affirmé être disposé à discuter avec les Européens. À Ankara, l’OTAN cherchera à afficher son unité. Mais les débats sur les oléoducs militaires et l’aide à l’Ukraine montrent les limites de cette unité, alors que plusieurs capitales européennes semblent désormais reconnaître la nécessité d’un dialogue avec Moscou.
Lors d’un briefing tenu vendredi à l’Élysée, la présidence française a exposé les principales priorités que Paris entend défendre au sein de l’Alliance, mettant l’accent sur le renforcement de la responsabilité européenne en matière de sécurité, la poursuite du soutien à l’Ukraine et une relance de la convergence stratégique entre Européens et Américains. Le sommet, qui réunira les dirigeants de l’Alliance dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et l’évolution de l’architecture sécuritaire européenne, doit également mettre l’accent sur le partage accru des responsabilités au sein de l’OTAN et sur l’adaptation de l’Alliance aux nouvelles réalités stratégiques.
Selon une source à l’Elysée, l’un des principaux enjeux sera d’encourager les pays européens à renforcer leurs capacités de défense et à assurer davantage leur propre sécurité. Paris considère que cette orientation s’inscrit dans une logique de renforcement de l’autonomie stratégique européenne tout en maintenant le cadre de coopération transatlantique. Le soutien à l’Ukraine figurera également parmi les dossiers centraux des discussions. D’après la même source, un engagement financier d’environ 70 milliards d’euros pour 2026 devrait être confirmé, avec un niveau de soutien similaire attendu pour 2027. La présidence française souligne que les Européens assurent déjà une part importante de l’aide concrète apportée à Kiev, y compris à travers des mécanismes permettant l’acquisition d’équipements militaires. L’Élysée a également indiqué que les garanties de sécurité en faveur de l’Ukraine continueront d’être examinées dans le cadre de mécanismes parallèles regroupant plusieurs partenaires internationaux, tandis que les discussions se poursuivent sur le financement des capacités industrielles ukrainiennes, notamment dans le domaine des drones et des systèmes de défense.
Concernant les relations entre les États-Unis et les alliés européens, Paris estime qu’une nouvelle répartition des efforts devient nécessaire dans un contexte marqué par l’évolution de la posture américaine. Toujours selon la même source indique que, la quasi-totalité des alliés atteint désormais le seuil de dépenses militaires fixé à 2 % du produit intérieur brut, tandis qu’une trajectoire vers un objectif de 3,5 % d’ici 2035 est progressivement envisagée. L’Élysée a toutefois souligné selon la même source, que les Européens devront renforcer plusieurs capacités considérées comme essentielles, notamment dans les domaines de la défense antimissile, des frappes à longue portée, du transport stratégique et des systèmes de soutien opérationnel.
La dimension industrielle occupera également une place importante au cours du sommet. Selon la présidence française, les enseignements tirés de la guerre en Ukraine ont profondément transformé la perception des conflits contemporains, notamment avec le développement massif des drones et une plus grande transparence du champ de bataille. Cette évolution renforce la nécessité d’accroître les capacités de production à grande échelle et à moindre coût.
Par ailleurs, un forum consacré aux industries de défense doit précéder les travaux des chefs d’État et de gouvernement. L’événement devrait réunir un nombre inédit de participants issus du secteur. En marge du sommet, plusieurs rencontres bilatérales sont également attendues, notamment entre la France et la Turquie, alors que les discussions doivent couvrir un large éventail de questions bilatérales et régionales. Le sommet d’Ankara doit s’achever par l’adoption d’un communiqué final des dirigeants, appelé à fixer les grandes orientations politiques de l’Alliance pour les prochaines années.
Côté allemand, le chancelier Friedrich Merz a déclaré vendredi au président américain que l’Allemagne était prête à assumer une plus grande responsabilité pour la sécurité européenne, alors que les deux dirigeants ont harmonisé leurs positions en vue du sommet de l’OTAN qui se tiendra la semaine prochaine dans la capitale turque. Au cours de leur entretien téléphonique, F. Merz a félicité Donald Trump à l’occasion du 250ᵉ anniversaire de l’indépendance des États-Unis, célébré samedi, et a souligné les « liens particuliers » unissant les peuples allemand et américain, selon un communiqué du porte-parole du chancelier. Les discussions ont principalement porté sur les préparatifs du sommet d’Ankara, où le partage du fardeau de la défense européenne et l’engagement à long terme de Washington envers l’Alliance devraient être au cœur des débats. « Le chancelier a souligné que l’Allemagne assume davantage de responsabilités pour la sécurité de la région euro-atlantique », a déclaré le porte-parole Stefan Kornelius. « L’OTAN devient plus européenne afin de rester transatlantique. » Les deux responsables sont convenus de poursuivre leur discussion en personne lors du sommet d’Ankara, a ajouté le porte-parole.
Cet entretien intervient après les nouvelles critiques de D. Trump à l’égard des alliés européens de l’OTAN, en particulier de l’Allemagne, qu’il accuse de ne pas partager équitablement le fardeau de l’Alliance et de consacrer des dépenses insuffisantes à la défense. Dans des publications sur sa plateforme Truth Social jeudi, D. Trump a qualifié de « ridicule » le fait que les États-Unis continuent à supporter, selon lui, une part disproportionnée du fardeau dans une relation « à sens unique ». Il a publié un graphique comparant les dépenses de défense des membres de l’OTAN et a écrit : « Il est ridicule que les États-Unis continuent sur cette voie à sens unique alors que la relation n’est pas réciproque. Ils n’étaient pas là pour nous ! »
Dans une publication précédente, il s’en est directement pris à l’Allemagne : « Les États-Unis dépensent, de très loin, plus d’argent que tout autre pays pour l’OTAN afin de les protéger, sans en tirer le moindre bénéfice. Les autres, y compris l’Allemagne, dépensent BEAUCOUP moins. (2014-2025) Ridicule ! »

