Récemment publié par l’Institut Reuters pour l’étude du journalisme, le rapport prend acte des efforts d’orientation des débats publics, mais note que l’environnement médiatique du Maroc s’avère à la fois plus dynamique et plus fragmenté. Comme il relève que l’espace public a été marqué à l’automne 2025 par des tensions ayant engendré le mouvement de jeunes GenZ 212. Ce dernier a appelé à manifester, critiquant la corruption, les priorités budgétaires et les coûts engendrés par les infrastructures en amont du Mondial 2030, tout en réclamant des réformes dans les secteurs de la santé et de l’éducation.
Face à cette dynamique, les médias traditionnels ont dû opérer une ouverture stratégique, accordant plus de place aux revendications sociales, dans une tentative de reformuler le récit public autour des notions de souveraineté, de stabilité et de cohésion nationale. Dans ce contexte, le rapport note que le public marocain privilégie de plus en plus les plateformes en ligne pour s’informer, au point où la hiérarchie médiatique conventionnelle n’est plus capable de contrôler le rythme des débats politiques, ni d’en orienter le ton. En chiffres, Facebook domine le paysage avec 59% d’utilisation pour l’actualité, suivi de YouTube (47%). Instagram, WhatsApp et TikTok jouent aussi un rôle majeur dans la diffusion d’informations.
Le rapport met en lumière un problème de crédibilité des médias marocains. La confiance dans l’information n’atteint que 28%, contre une moyenne mondiale de 37%. Cette méfiance est due à une crainte des fausses informations (54%) et à l’idée que les médias évitent les sujets sensibles, reflétant surtout des points de vue officiels. Le rapport mentionne aussi un paradoxe : si la confiance envers le système médiatique global diminue, elle progresse pour certaines marques spécifiques. Parmi elles, Medi1 TV se distingue avec un taux de confiance de 72%, pour une utilisation hebdomadaire de 28% via les supports traditionnels et de 16% en ligne. Elle est suivie d’Al Aoula et de Laâyoune TV, avec un taux de confiance de 70%. D’autres, comme Medi1 Radio et la plateforme SNRT News, bénéficient de 69% de confiance, avec un usage hebdomadaire de 20% traditionnellement et 13% numériquement.
Le rapport observe l’émergence d’une nouvelle catégorie d’interprètes de l’information, que sont les commentateurs sur YouTube, les créateurs de contenu et les voix numériques indépendantes, qui jouent un rôle parallèle dans l’analyse des questions liées aux politiques publiques. Pourtant, note-t-il, l’environnement législatif et juridique reste strict. Si les récentes réformes du Conseil national de la presse (CNP) et du statut professionnel des journalistes ont été présentées comme des avancées vers la modernisation, elles ne sont pas toujours perçues ainsi par les différents acteurs du secteur. Cette situation s’accompagne de pressions judiciaires en période de protestation, renforçant un climat de prudence dans la gestion du paysage médiatique. Selon Reporters sans frontières (RSF), le Maroc obtient 50,55 points et se classe 105e mondial pour la liberté de la presse en 2026.
Le rapport de l’Institut Reuters note ainsi que le système médiatique marocain ne se dirige ni vers une ouverture totale, ni vers une fermeture complète. Il poursuit une adaptation progressive, stimulée par la mutation numérique. Pour autant, celle-ci ne se traduit pas nécessairement par un véritable pluralisme, tant que la confiance demeure faible, que les institutions se caractérisent par la retenue et que les débats politiques sensibles sont gérés de manière sélective.

