L’armée libanaise a ajouté dans un communiqué que les attaques israéliennes en cours empêchent les habitants de retourner dans leurs villages et leurs villes et entravent l’instauration de la stabilité dans les régions du sud, réaffirmant son engagement à remplir ses fonctions conformément aux accords existants. L’armée d’occupation israélienne poursuit ses attaques contre des localités du sud du Liban, où elle a incendié et fait sauter plusieurs maisons dans le quartier de Saf al-Hawa, dans la localité de Bint Jbeil, et sur la route menant à la localité d’Aïnatha, dans le cadre d’une politique de destruction visant les villages et les villes de la ligne de front. Dans le district de Tyr, l’armée d’occupation a procédé à un bombardement dans la localité de Majdal Zoun, au cours duquel des opérations de ratissage à la mitrailleuse avaient été menées près d’un point de l’armée libanaise entre les localités de Majdal Zoun et d’Al-Mansouri.
L’armée israélienne a mené 3 bombardements dans les localités d’Aitaroun, de Mays al-Jabal et dans la zone située entre les localités d’Al-Tayri et de Bint Jbeil, dont la détonation a résonné dans tout le sud. De même, un drone ennemi a largué des explosifs sur la colline d’Ali al-Taher. Vendredi, les habitants sont retournés dans la localité de Zawtar al-Gharbiya, dans le district de Nabatiyeh, accompagnés par l’armée libanaise, après avoir attendu à l’entrée de la ville pendant 4 jours consécutifs. Son maire a décrit la localité comme « pratiquement dévastée », soulignant que l’ampleur des destructions dépassait les attentes. Il a expliqué qu’environ 60 % des logements ont été entièrement détruits, tandis que les 40 % restants ont subi d’énormes dégâts, précisant qu’un certain nombre d’entre eux étaient devenus inhabitables. Il a ajouté que les routes, les réseaux d’électricité et d’eau sont détruits et que les services de base sont « inexistants », résumant la situation de la ville en disant que la situation y est « très difficile ».
Cette situation perdure alors que le pouvoir politique libanais négocie directement avec l’occupation israélienne, sous l’égide américaine, et après l’annonce de « l’accord-cadre ». Ce dernier stipule « la cessation des hostilités et le lancement d’un processus de négociation politique à long terme », en plus de dispositions de sécurité intérimaires, y compris des « zones expérimentales » ou « zone pilotes ». La mise en œuvre des « zones pilotes » a débuté dans les localités de Froun, Srifa et Zawtar al-Gharbiya, où l’armée libanaise a entamé son déploiement, sachant que ces localités susmentionnées n’étaient pas occupées par l’ennemi israélien.
Imperturbable, le président Joseph Aoun s’est contenté d’affirmer à Volker Turk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, que « la destruction continue de maisons et le démantèlement de villages par Israël dans le sud constituent une violation directe des droits de l’homme et une violation flagrante des lois et normes internationales, ce qui nécessite une action internationale pour y mettre fin ». Il a ajouté qu’ « Israël a également ciblé des sites religieux et patrimoniaux, ce qui démontre des intentions malveillantes envers les personnes et les monuments, d’autant plus que ces lieux ne sont pas militaires et ne sont pas le théâtre d’une présence armée. » Il a aussi affirmé que « le Liban est déterminé à mettre en œuvre l’accord-cadre, mais craint que les pratiques israéliennes n’en affectent l’efficacité et il n’acceptera pas la violation continue de ses termes. »
V. Turk a indiqué pour sa part que « la Commission suit de près l’évolution de la situation au Liban, notamment les attaques israéliennes en cours depuis le 2 mars, afin d’établir un rapport détaillé sur les violations des droits de l’homme ». Il a dit avoir constaté des violations du droit international, commises par Israël au Liban, dont certaines constituent des crimes de guerre et insisté sur la nécessité de respecter le droit international humanitaire, soulignant ses préoccupations concernant les déplacements massifs de population et précisant que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme documente les violations commises par toutes les parties.
- Türk a déclaré, enfin, que les enquêteurs évaluent si les destructions et les déplacements massifs de population constituent des crimes internationaux, et a appelé à renforcer les institutions de l’État libanais, à améliorer les conditions de détention, à abolir la peine de mort et à garantir la responsabilité par le biais de mécanismes juridiques locaux et internationaux.
Réagissant à tout ce charivari, Ibrahim Mousawi a accusé le pouvoir exécutif libanais de « protéger l’ennemi israélien et déformer les faits ». Le député du Hezbollah a rappelé, lors d’une cérémonie commémorative organisée en l’honneur de plusieurs martyrs à Nabi Chite, que « les responsables avaient formulé une série de conditions et de promesses avant d’entamer des négociations directes, notamment le retrait des troupes israéliennes et la reconstruction du pays, mais ils n’ont respecté aucune de ces conditions ni aucun de leurs engagements. » A ses yeux, le fait de parler de retrait israélien des zones expérimentales du sud était « une parodie de l’intelligence et une preuve d’aveuglement volontaire ». Critiquant l’action du Premier ministre et du pouvoir exécutif, il s’est interrogé sur l’intérêt de hisser le drapeau dans une zone libérée sans avoir tenu aucune promesse. « Nous les tenons responsables de leurs engagements… mais ils ont entamé des négociations et les ont conclues sans atteindre aucune des conditions, et ils mentent effrontément », a-t-il conclu.
Lors d’une autre cérémonie de commémoration des martyrs organisée à Baalbek, Hussein Hajj Hassan a affirmé que la résistance possède, outre la foi et la certitude en Dieu, des éléments de force représentés par son peuple, son environnement favorable, sa constance, sa patience et sa capacité à persévérer, soulignant que toutes les tentatives et les pressions pour la pousser à capituler ne réussiront pas. « Nos ennemis et adversaires s’illusionnent en pensant pouvoir nous éliminer et nous forcer à capituler, alors qu’ils sont obnubilés par nos armes car ils nous croient faibles », a déclaré le député du Hezbollah ajoutant : « Vous ne parviendrez pas à nous désarmer, et ces armes n’appartiendront à personne. » Et de souligner que l’État libanais est tenu d’œuvrer pour un retrait complet d’Israël des territoires libanais occupés, sans aucune restriction ni condition, critiquant le « retrait partiel » qui a eu lieu dans la localité de Zawtar, qu’il considère comme « une ville qui avait été initialement libérée ».
Il a souligné que le chef du gouvernement israélien avait annoncé qu’Israël ne se retirerait pas facilement d’aucune zone, remettant en question la réalité des zones dont le retrait est évoqué et se demandant si cela a un lien avec les négociations prévues. « Nous ignorons si un éventuel retrait israélien inclura une ville initialement libérée, comme ce fut le cas à Zawtar, et peut-être à Baalbek. »
Sur le plan politique, Haj Hassan a évoqué la dépendance à l’égard du rôle américain, s’interrogeant sur la manière dont cette dépendance se traduirait après la rencontre entre le président américain Donald Trump et Benjamin Netanyahu, et sur la position attendue d’Israël lors des négociations de Rome prévues pour le début du mois prochain. Il a critiqué l’action des autorités libanaises, estimant que « ce qui existe aujourd’hui au Liban n’est pas un État, mais une autorité », remettant en question la position des responsables libanais face aux menaces américaines, notamment après les déclarations du président américain Donald Trump concernant la possibilité d’une entrée d’une armée étrangère au Liban.
« L’entrée en guerre d’armées étrangères est-elle inévitable ? Et le secrétaire d’État peut-il publier une déclaration condamnant les propos de Trump ? » s’est interrogé l’homme de la résistance en appelant à une position officielle claire face à ces menaces. Le député a également remis en question les résultats de l’accord-cadre signé par les autorités libanaises, considérant que ce qui s’est passé à Zawtar « ne constitue pas une réussite », étant donné la condition imposée par l’occupation israélienne que les habitants entrent dans la ville par étapes, et les tirs continus en direction de l’armée libanaise.
Enfin, Hajj Hassan a remis en question les mesures prises par l’État en réponse au ciblage par l’occupation israélienne de la station de pompage d’eau de Markaba, considérant que les autorités, y compris le ministère des Affaires étrangères, n’ont pas encore pris de position claire à la hauteur des violations et attaques israéliennes en cours contre le Liban, ni même publié de déclaration de condamnation, selon ses termes.

