Pas d’éclaircie en vue dans le drame à ciel ouvert dans la bande de Gaza. La preuve, le Hamas a déclaré lundi que « le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est passé maître dans l’art de faire échouer les négociations les unes après les autres et refuse tout accord ». Il a souligné que « ses combattants mènent une guerre d’usure qui surprend l’ennemi chaque jour par des tactiques de terrain innovantes, lui faisant perdre l’initiative et perturbant ses calculs, malgré sa puissance de feu et sa supériorité aérienne supérieures ». Il a ajouté que « plus la guerre se prolonge, plus l’armée d’occupation s’enfonce dans les sables mouvants de Gaza et devient plus vulnérable aux frappes qualitatives de la résistance ».
Le Hamas a estimé que « le criminel Netanyahu plonge son armée et son entité dans une guerre futile et sans horizon », et que la poursuite de la guerre « menace non seulement la vie des prisonniers et des soldats, mais laisse également présager une catastrophe stratégique pour son entité ». Il a également souligné que la « victoire absolue » prônée par Netanyahu est « une grande illusion destinée à masquer une défaite retentissante sur le terrain et en politique ».
Le mouvement de résistance a déclaré il y a quelques jours que les déclarations du Premier ministre israélien, dans lesquelles il a informé les familles de prisonniers de l’impossibilité d’un accord global, « confirment les intentions malveillantes d’entraver la conclusion d’un accord ». Et a rappelé « qu’il a précédemment proposé de conclure un accord global, comprenant un échange de prisonniers, une cessation des hostilités et un retrait total des forces israéliennes, mais que Netanyahu a rejeté cette offre et continue de s’y soustraire ».
Paralysie européenne
Face à cette barbarie sans limite, les chefs de la diplomatie des pays de l’UE ont procédé mardi à l’examen d’un ensemble de mesures à prendre éventuellement contre Israël pour sanctionner la violation des droits humains à Gaza, mais avec peu de chances de passer aux actes, selon des diplomates à Bruxelles. Il n’est pas certain qu’une mesure soit identifiée en priorité, a ainsi expliqué l’un d’entre eux.
Un rapport de la Commission européenne, présenté fin juin aux Vingt-Sept, estime qu’Israël a violé l’article 2 de l’accord d’association qui l’unit à l’UE, en matière de respect des droits de l’homme.
En conséquence, Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne a préparé une liste d’options possibles : suspension de l’accord tout entier, interdiction des exportations en provenance des territoires palestiniens occupés, révision de la politique de visas ou encore suspension de la partie commerciale de l’accord d’association.
Mais, selon plusieurs diplomates européens, il est peu probable que les ministres prennent une décision, et même qu’ils discutent le détail de ces mesures. Et cela d’autant plus depuis l’annonce la semaine dernière par la même responsable d’un accord avec Israël censé permettre la livraison de davantage d’aide humanitaire à Gaza.
Pour certains pays, cette supposée amélioration sur le terrain, qui reste toutefois à vérifier, éloigne toute perspective de sanctions à l’encontre d’Israël, au moins dans l’immédiat.
Cet accord sur l’extension de l’aide humanitaire représente un « progrès important », a souligné un diplomate européen cité par l’AFP, et ce n’est « pas le moment » de discuter d’une éventuelle suspension de l’accord d’association.
Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères est quant à lui sûr qu’aucune sanction ne sera décidée. « Je suis sûr qu’aucune (mesure) ne sera adoptée par les Etats membres », a-t-il assuré lundi à Bruxelles venu participer à l’invitation de K. Kallas à une réunion avec des responsables de la région, égyptien, palestinien et syrien.
Les 27 se sont montrés particulièrement divisés sur l’attitude à adopter vis-à-vis d’Israël depuis le début de sa guerre contre Gaza qui a tué plus de 57 mille palestiniens depuis le 7 octobre 2023. Plusieurs Etats membres, dont l’Allemagne, soutiennent inconditionnellement Israël en arguant qu’il a le droit de se défendre, dans le respect du droit international, tandis que d’autres, comme l’Espagne, dénoncent un « génocide » à l’encontre des Palestiniens de Gaza.
Point de cessez-le-feu
Au lieu de discuter d’un cessez-le-feu qui devrait être imposé au Premier ministre israélien, les 27 se contenteront de discuter de l’aide humanitaire. Selon l’AFP, ils devraient trouver mardi un terrain commun pour réaffirmer la nécessité d’appliquer pleinement sur le terrain l’accord négocié par l’Union européenne pour accroître l’aide humanitaire à Gaza, selon ces diplomates.
Cet accord prévoit une « augmentation substantielle du nombre de camions transportant quotidiennement des produits alimentaires et non alimentaires entrant à Gaza », ainsi que l’ouverture de « nouveaux points de passage » au nord et au sud de la bande de Gaza, selon un communiqué rendu public par K. Kallas. La réouverture des voies égyptienne et jordanienne d’acheminement de l’aide et la « possibilité de distribuer des produits alimentaires par l’intermédiaire des boulangeries et des cuisines publiques dans toute la bande de Gaza » sont également prévues.
Les livraisons de carburant au bénéfice des organisations humanitaires seront également reprises, « jusqu’à un niveau opérationnel ».
« Nous voyons des signes encourageants : davantage de camions acheminent plus de fournitures à la population de Gaza. Mais bien sûr, nous savons que ce n’est pas suffisant », a reconnu lundi soir la cheffe de la diplomatie européenne.
Interrogé de son côté sur la mise en œuvre de l’accord, Badr Abdelatty, ministre égyptien des Affaires étrangères s’est montré nettement plus négatif. « La situation sur le terrain est horrible », a-t-il affirmé.
Varsen Aghabekian Shahin, ministre déléguée aux Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, devait également participer à cette réunion à Bruxelles, mais sans rencontrer le ministre israélien.
