Le comportement civique doit-il devenir une priorité nationale ? C’est en tout cas la conviction du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui a consacré un avis à cette question, présenté mercredi à Rabat lors d’un atelier de restitution réunissant représentants d’institutions publiques, acteurs de la société civile et médias. Le président du CESE a défendu une approche qui dépasse largement la seule question des incivilités du quotidien. Pour lui, le comportement civique constitue avant tout un indicateur de la qualité du vivre-ensemble et du degré de maturité de la relation entre l’individu et la collectivité. « L’espace public » a-t-il rappelé en substance, est un cadre de vie partagé où s’expriment quotidiennement les interactions sociales, le respect des règles communes, la considération d’autrui et l’attachement aux valeurs d’une citoyenneté active.
A. Amara a tenu à souligner que le Maroc dispose d’un socle solide de valeurs fondées sur la solidarité, le respect mutuel et la recherche de l’intérêt général. Un héritage qui continue, selon lui, de se manifester à travers les élans de mobilisation citoyenne observés lors de différentes crises et qui témoigne d’une forte capacité d’engagement collectif, de cohésion sociale et de sens des responsabilités. Toutefois, la persistance de comportements qui fragilisent la qualité de l’espace public sont légion. Dégradations d’équipements collectifs, atteintes à la propreté, nuisances sonores, comportements dangereux sur la route ou encore débordements ponctuels dans certaines enceintes sportives figurent parmi les manifestations les plus visibles de ces incivilités.
Pour A. Amara, ces phénomènes ne peuvent être réduits à une simple question de discipline individuelle. Ils résultent d’une combinaison de facteurs sociaux, économiques, organisationnels et psychologiques, auxquels s’ajoutent les transformations des modes de socialisation et l’influence croissante des environnements numériques sur les comportements et les référentiels collectifs.
L’enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1.012 citoyens montre d’ailleurs une perception nuancée de la situation. Si 59 % des personnes interrogées estiment que le niveau de civisme s’est amélioré, les problèmes liés à la propreté et à l’environnement arrivent en tête des comportements jugés les plus préoccupants, devant les violences et comportements agressifs ainsi que les infractions aux règles de circulation. Face à ce constat, le Conseil estime que les initiatives déjà engagées dans les domaines de l’éducation, de la sensibilisation ou de la réinsertion demeurent insuffisamment articulées pour produire un changement durable. Le civisme nécessite, selon lui, une approche globale reposant sur une mobilisation coordonnée de l’ensemble des acteurs publics et privés.
Le cœur du message porté par le CESE réside dans la volonté de faire du civisme un véritable chantier national. L’institution préconise ainsi le lancement d’un projet intégré de promotion du comportement civique dans les espaces publics, adossé à une charte nationale définissant les règles et principes de conduite dans ces espaces. Cette démarche reposerait sur trois piliers complémentaires : le renforcement de l’éducation à la citoyenneté, la consolidation de l’exemplarité des institutions et des acteurs publics et privés, ainsi qu’une application plus effective des règles encadrant l’espace public.

