L’Iran tiendra « sans doute » mercredi 1er juillet des discussions au Qatar concernant ses avoirs gelés, a indiqué mardi la diplomatie iranienne, démentant toute autre réunion avec les États-Unis alors que des délégations des deux pays sont attendues dans l’émirat.
La veille lundi, la diplomatie iranienne a sommé la France de « ne pas compliquer davantage » la situation dans le détroit d’Ormuz en proposant de participer à des opérations de déminage, après la publication par Paris et Mascate d’une déclaration appelant à une « navigation libre, sans conditions ni restrictions » dans le détroit et y prévoyant des « opérations de déminage conjointes ».
L’Iran a assuré, mardi 30 juin, qu’il répondrait systématiquement à toute violation par les États-Unis du protocole d’accord conclu en vue de mettre fin à la guerre, après la reprise de frappes mutuelles durant le week-end qui fragile la trêve. «Aucune action ne restera sans réponse. Comme l’ont démontré les puissantes forces armées iraniennes, tout acte d’agression contre la République islamique d’Iran entraînera une riposte immédiate», a déclaré le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, lors d’une conférence à Téhéran à laquelle assistait l’AFP.
Lors d’un point de presse tenu le même jour, Esmaïl Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a affirmé que la position de l’Iran concernant le détroit d’Ormuz « est claire » et qu’aucune intervention extérieure n’était nécessaire, tandis que le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères a appelé, lors d’un point de presse distinct, à un « effort international » pour le déminage de cette voie maritime stratégique.
S’exprimant sur les déclarations du président français concernant le déminage du détroit d’Ormuz, le diplomate iranien a estimé que « donner son avis sur tout, pour tout, n’est ni un signe de sens des responsabilités, ni quelque chose qui créera de la crédibilité pour ce pays ». Il a jugé « nécessaire que tous les pays s’efforcent de discerner précisément les limites [de leur rôle] » et a affirmé que, « dans de nombreux cas, l’attitude la plus responsable et la plus constructive consiste à laisser les choses suivre leur cours de manière logique et normale ».
Concernant le détroit d’Ormuz, le porte-parole a rappelé que la position de l’Iran, « conformément au mémorandum d’entente sur la cessation de la guerre en date du 28 Khordad 1405 (18 juin 2026), est claire ». « La République islamique d’Iran est mieux placée que quiconque pour connaître ses responsabilités et elle a également la capacité de les assumer », a-t-il ajouté.
« Il n’y a pas besoin d’une intervention de la part d’autres. Une intervention qui, de toute évidence, n’est pas motivée par de bonnes intentions ni par un objectif positif ne fera que compliquer davantage la situation », a-t-il conclu.
Ces propos interviennent après que Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a revendiqué le rôle exclusif de Téhéran sur le déminage du détroit, en réaction à une annonce du président français Emmanuel Macron sur une initiative de déminage conjoint, et averti Paris contre toute nouvelle « provocation ».
Doha veut un « effort international »
De son côté, Majed al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, a estimé, lors d’un point de presse séparé mardi, que « le déminage du détroit est une opération complexe », ajoutant que son pays reconnaissait « les capacités nécessaires à cette opération ainsi que les capacités des pays de cette région ». Il a affirmé que Doha accueillait « favorablement (…) toute assistance internationale sur le plan technique qui pourrait contribuer au déminage du détroit », tout en précisant que la question des modalités de l’opération revenait « aux décideurs de cette région ».
Le chef de la diplomatie qatarie a par ailleurs salué « vivement (…) la participation française et l’implication française dans la question du déminage du détroit », affirmant être « convaincu » qu’il s’agissait « d’une crise internationale qui nécessite un effort international afin de parvenir à une solution ».
Des négociateurs iraniens doivent rencontrer mercredi à Doha des médiateurs qataris pour évoquer la mise en œuvre du protocole d’accord conclu entre Téhéran et Washington, notamment la question du déblocage des avoirs iraniens gelés, a indiqué E. Baghaei mardi, cité par le radiodiffuseur officiel iranien IRIB, excluant par ailleurs toute rencontre directe avec la partie américaine. Ces déclarations font suite à une annonce du Qatar selon laquelle les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner se trouvaient à Doha pour rencontrer des médiateurs et faire le point sur l’avancée des négociations avec l’Iran.
Le protocole d’accord entre Washington et Téhéran, conclu sous médiation pakistanaise, est entré en vigueur le 18 juin après avoir été signé électroniquement par le président iranien Massoud Pezeshkian et son homologue américain Donald Trump. Ce texte établit un cadre pour mettre fin au conflit et régler les questions en suspens entre les deux pays par la voie de la négociation, portant notamment sur la cessation des hostilités, l’allègement des sanctions, le dossier nucléaire, la réouverture du détroit d’Ormuz et des arrangements de sécurité régionale plus larges.
D. Trump a affirmé lundi qu’une rencontre entre responsables américains et iraniens se tiendrait mardi à Doha, au Qatar, à la demande de Téhéran. « L’Iran a demandé une réunion. Elle aura lieu demain à Doha », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social. Cette annonce contraste avec les déclarations des autorités iraniennes. Plus tôt dans la journée, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, avait assuré qu’« aucune discussion technique » avec les États-Unis n’était prévue cette semaine dans la capitale qatarie, tout en précisant que les consultations avec les médiateurs se poursuivaient.
Selon Axios, Washington et Téhéran seraient convenus, à la suite des récentes frappes, d’engager des discussions sur le dossier du détroit d’Ormuz, fermé par l’Iran après les attaques menées par les États-Unis et Israël fin février. S. Witkoff et J. Kushner, doivent se rendre à Doha pour discuter du mémorandum d’entente conclu entre les deux pays, a indiqué Karoline Leavit, porte-parole de la Maison Blanche. Ces échanges de haut niveau devraient se tenir en marge de discussions techniques, a-t-elle précisé sur Fox News. « Pour ce qui nous concerne, nous respectons notre part du cessez-le-feu », a-t-elle ajouté, soulignant que D. Trump restait attaché au processus de paix tout en maintenant la possibilité d’un recours à la force militaire. « La violence sera répondue par la violence », a-t-elle relevé. La porte-parole a également affirmé espérer un accord durable, tout en précisant que le président américain ne signerait aucun texte qui ne servirait pas les intérêts des États-Unis. Plus tard dans la journée, D. Trump a de nouveau évoqué la réunion prévue à Doha. « La réunion à Doha sera peut-être importante, peut-être pas. Nous allons le voir », a-t-il déclaré devant la presse à la Maison Blanche. Le président américain a par ailleurs réaffirmé que les États-Unis ne voulaient pas voir l’Iran acquérir l’arme nucléaire.
De son côté, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, E. Baqaei, a réitéré qu’« aucune négociation » avec Washington n’était programmée « à quelque niveau que ce soit » dans les prochains jours, ajoutant que la priorité de Téhéran demeurait la mise en œuvre du mémorandum d’entente conclu pour mettre fin au conflit.

