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Invasion de Taïwan : Les simulations du CSIS établissent l’échec de Pékin

Des chercheurs américains dépendant du Centre pour les études internationales et stratégiques (CSIS), think tank américain, ont simulé une multitude de scénarios d’une invasion possible de Taïwan par la Chine en 2026. Ce « wargame » assure que quelle que soit la stratégie de Pékin, le résultat serait plus ou moins le même : une catastrophe humaine et économique pour tous les pays impliqués.
Invasion de Taïwan, les simulations du CSIS établissent l’échec de Pékin

Pas moins de 24 scénarios ont été imaginés par les chercheurs du CSIS pour l’invasion de Taïwan. Si l’armée chinoise peut prendre, en quelques jours, le contrôle de plusieurs villes majeures de Taïwan, et parviennent à prendre pied dans le port stratégique de Tainan, au cœur de l’île, au 21e jour, le nombre de navires coulés et les milliers de soldats sacrifiés, établissent l’échec des forces de Pékin. Si Taïwan est ravagé et son armée à genou, les troupes chinoises ne sont plus en mesure de progresser. Elles ne contrôlent que 7% du territoire et leurs ravitaillements sont coupés.

« C’est la première surprise pour nous, raconte Mark Cancian, l’un des auteurs de l’étude, chercheur et ancien officier du corps des Marines. Nous pensions que les États-Unis allaient perdre. Mais en réalité, ils prennent presque toujours le dessus. » Mais à quel prix ? En moyenne, dans les scénarios les plus pessimistes, Washington perd 484 avions et 14 navires, dont deux porte-avions. Mais les Chinois doivent sacrifier 161 aéronefs et, surtout, 113 bateaux. Sur le plan humain, ce serait un désastre : 10 000 Chinois et 3 500 Taïwanais, 3 200 Américains tués en moins d’un mois. « Nous espérons que les Chinois vont lire nos conclusions et que cela contribuera à les dissuader de s’engager dans une telle guerre », alerte M. Cancian.

Peu probable, pourtant, que la Chine renonce à Taïwan, car la conquête de ce territoire, considéré comme insurgé, est stratégique. Sans aide de Washington, aucune chance de tenir pour le petit archipel de 23 millions d’habitants. « Nous voulons susciter l’intérêt des décideurs, mais aussi de l’opinion publique américaine, explique M. Cancian. Si les États-Unis veulent défendre Taïwan, il y a des choix importants à faire. Nous expliquons quels sont ces choix, sans prendre position. » Le wargame, jeu de guerre ou de stratégie, est un outil de plus en plus à la mode dans de nombreuses armées. L’idée est d’affûter l’esprit des commandants en testant différents dispositifs. « C’est utile pour les militaires, mais aussi pour les politiques, qui peuvent identifier les angles morts, décrypte Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialiste de l’Indo-Pacifique. Ce sont des enseignements, même si évidemment, dans la réalité, les choses se dérouleraient différemment. »

Les chercheurs du CSIS ont ainsi testé toutes sortes d’hypothèses dans leurs différents scénarios. Que se passe-t-il si les États-Unis ne viennent pas en aide à Taïwan face à la Chine ? C’est le seul cas où l’armée chinoise triomphe haut la main. Que se passe-t-il si la dernière génération de missiles antinavires ne fonctionne pas aussi bien que prévu ou si le Japon, qui abrite la plupart des bases militaires US de la région, refusait à Washington de déployer des troupes depuis son sol ?

Dans leurs conclusions, les auteurs du rapport sur ce wargame proposent des pistes à la fois variées et précises aux décideurs US : renforcer les liens politiques avec le Japon, ne pas frapper le territoire chinois pour éviter l’escalade, renforcer les stocks de munitions antinavires ou encore les bases de bombardiers installées en Australie, à Hawaï ou en Alaska.

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