Le processus diplomatique, via le Pakistan, semble bloqué plus d’un mois après l’instauration d’une trêve précaire dans une guerre qui continue à bouleverser l’économie mondiale. L’économie américaine semble aussi sérieusement affectée au point que l’administration de D. Trump a décidé de libérer plus de 53,3 millions de barils de la réserve stratégique de pétrole afin de contrer la hausse des prix provoquée par la guerre contre l’Iran et de sécuriser les marchés avant la saison estivale des déplacements en voiture.
« Il n’y a pas d’autre choix que d’accepter les droits du peuple iranien, tels qu’établis dans la proposition en 14 points. Toute autre approche serait infructueuse et ne mènerait qu’à une succession d’échecs », a écrit sur X Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et négociateur en chef de la République islamique. Il a interpellé les négociateurs américains, estimant que « plus ils traîneront les pieds, plus les contribuables américains en paieront le prix », au moment où les cours du pétrole évoluent à des niveaux toujours élevés.
Dans sa réponse, l’Iran appelle à une fin immédiate des hostilités dans la région, y compris au Liban, et à l’arrêt du blocus de ses ports par la marine américaine, selon le ministère des Affaires étrangères. Il réclame également le dégel des avoirs iraniens détenus à l’étranger. En cas de reprise des attaques, l’Iran se tient prêt « à riposter et à donner une leçon », avait averti lundi le dignitaire iranien.
Le porte-parole de la Commission parlementaire de la sécurité nationale a lui évoqué la possibilité de porter l’enrichissement d’uranium à 90%, le taux nécessaire pour fabriquer la bombe atomique. « Nous étudierons » l’option au Parlement, a écrit Ebrahim Rezaei dans un message posté sur X. Ces déclarations surviennent après celles de D. Trump qui a dénigré la proposition iranienne et assimilé le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril à un malade « sous assistance respiratoire », avec « 1% de chances » de survie.
Le contenu de la proposition US initiale n’a pas été rendu public. Selon certains médias, elle contient un protocole d’accord en une page pour mettre fin aux combats et établir un cadre de négociations sur le dossier nucléaire. Dans un appel téléphonique avec un journaliste de Fox News, le locataire de la Maison Blanche a brandi la menace d’une relance de son « opération de protection des navires pour franchir le détroit d’Ormuz », verrouillé par l’Iran depuis l’offensive israélo-américaine du 28 février. Il l’avait mise sur pause dès le 5 mai, au lendemain de son lancement, invoquant alors les « grands progrès accomplis » vers un accord, espoirs qui se sont depuis évanouis.
Le général de brigade Mohammad Akbarzadeh, assistant politique du commandant de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a declaré que l’Iran a « considérablement » étendu la portée du détroit d’Ormuz dans le cadre d’un nouveau plan, visant à inclure la zone s’étendant des côtes de Jask et de Siri jusqu’au-delà des principales îles, la qualifiant de « zone stratégique ». Il a expliqué que le détroit d’Ormuz était auparavant connu comme une zone limitée autour d’îles telles que Hormuz et Hengam, « mais les choses sont différentes maintenant, et le détroit s’est agrandi et est devenu une vaste zone d’opérations ». Il a souligné que l’Iran « surveille de près et efficacement les mouvements dans la région », insistant sur le fait qu’il « ne permettra aucune attaque contre ses eaux ou ses intérêts ». Dans ce contexte, il a révélé que les forces iraniennes avaient récemment repéré une frégate américaine tentant de traverser le détroit d’Ormuz, précisant que les forces navales avaient tiré des coups de semonce, la forçant à changer de cap, ajoutant que les forces iraniennes continuent de surveiller avec précision les mouvements ennemis dans la région et sont toujours prêtes à intervenir.
Par ailleurs, Shahram Irani, commandant des forces navales de l’armée iranienne, avait affirmé plus tôt que les sous-marins iraniens sont « prêts à opérer et sont déployés et stationnés au fond de la mer », considérant que leur déploiement vise à « renforcer la présence navale dans le détroit d’Ormuz pour de longues périodes et à affronter les navires ». Le porte-parole militaire iranien, le général de brigade Akrami Nia, a également mis en garde les pays participant aux sanctions américaines contre les « difficultés » qu’ils rencontreront lors de la traversée du détroit d’Ormuz, soulignant que Téhéran continue de renforcer ses capacités militaires et de mettre à jour sa « banque de cibles » stratégiques.
L’Iran affirme que la sécurité du détroit d’Ormuz relève de la responsabilité de ses forces armées, soulignant la nécessité de coordonner le passage des navires conformément aux règles récemment annoncées par Téhéran, en réponse aux actions américaines qui violent ces règles et visent à dégager les navires bloqués dans le Golfe sans coordination avec les autorités iraniennes.
A signaler que D. Trump est attendu mercredi à Pékin où il restera jusqu’à vendredi, pour rencontrer son homologue Xi Jinping. Selon l’administration américaine, il entend faire pression pour que la Chine use de son influence sur l’Iran en vue d’une sortie de crise dans le Golfe, alors que Pékin est de loin le principal importateur du pétrole iranien. Pékin n’a pas manqué de réagir. « La Chine s’oppose fermement aux sanctions unilatérales illicites dénuées de tout fondement dans le droit international ou de l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies », a déclaré lundi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, après que les Etats-Unis ont récemment imposé des sanctions à certaines entreprises chinoises, prétendument pour avoir « aidé l’Iran ». Guo Jiakun a fait ces remarques lors d’un point presse régulier, en réponse à une question à ce sujet. « La Chine demande toujours à ses entreprises d’exercer leurs activités dans le respect des lois et règlements », a déclaré J. Guo, ajoutant que « le pays défendrait fermement les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises ». Selon M. Guo, en ce qui concerne la situation en Iran, « la priorité absolue est d’empêcher par tous les moyens une reprise des hostilités, plutôt que de profiter de la situation pour discréditer d’autres pays par des liens fallacieux ».
Lundi, l’administration américaine a annoncé avoir imposé des sanctions à 3 personnes et 9 entreprises, dont 4 entreprises basées à Hong Kong, 4 aux Émirats arabes unis et une à Oman, pour avoir « aidé l’Iran à expédier du pétrole vers la Chine ».
On signale aussi que le département d’État US a annoncé une récompense pouvant atteindre 15 millions de dollars pour toute information permettant de « perturber » les mécanismes financiers du CGRI et de ses affiliés. Le département du Trésor a affirmé que les Gardiens de la révolution s’appuient sur des sociétés écrans pour organiser et recevoir les paiements relatifs aux livraisons de pétrole iranien.
Cette mesure complète les sanctions imposées par Washington en juillet 2025 à la société turque Golden Globe, que le département du Trésor accusait d’être utilisée comme façade pour gérer des ventes de pétrole aux Gardiens de la révolution d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars par an. Le ministère a ajouté que les trois personnes visées par les sanctions travaillent au siège pétrolier des Gardiens de la révolution et coordonnent les paiements par l’intermédiaire de cette société.
Alors que le brouillard de la guerre en cours reste toujours épais, le Wall Street Journal a publié, lundi soir, un rapport citant des sources informées selon lesquelles les Émirats arabes unis ont lancé des frappes militaires secrètes contre des objectifs à l’intérieur de l’Iran. Le journal américain précise que « ces frappes, non reconnues officiellement par les Émirats, incluent une attaque ayant ciblé une raffinerie de pétrole sur l’île iranienne de Lavan, située dans les eaux du Golfe », indiquant que « l’opération a eu lieu au début du mois d’avril dernier ».
Il est à noter que les Émirats avaient ouvert leur espace aérien, leur territoire et leurs eaux territoriales aux États-Unis ainsi qu’à Israël dans le but de mener des frappes contre l’Iran. Plusieurs attaques ont été exécutées depuis le territoire émirati vers l’Iran, ce que cette dernière a fermement condamné dans des positions officielles précédentes, ripostant par le ciblage d’intérêts américains et israéliens au sein des Émirats.
