Un habitant, cité par le quotidien britannique, explique que de gros rongeurs se nourrissent des corps restés sous les ruines et que leur nombre a fortement augmenté. Il précise que ces animaux pénètrent jusque dans les tentes où vivent les déplacés et endommagent régulièrement vêtements et objets personnels, obligeant les familles à jeter quotidiennement une partie de leurs biens. La situation est aggravée par les difficultés rencontrées pour déblayer les zones détruites. L’UNICEF a indiqué que les équipements nécessaires aux opérations de déblaiement ne sont pas autorisés à entrer dans l’enclave. Les responsables de l’organisation ont souligné l’absence d’espaces disponibles pour stocker les gravats retirés lors des opérations de nettoyage. D’après un autre résident, les eaux usées provenant de fosses creusées par les habitants attirent également les rats.
Faute d’accès à un réseau d’assainissement fonctionnel, de nombreuses familles sont contraintes de trouver des solutions de fortune pour gérer les eaux usées. Outre les rongeurs, la population doit également faire face à la présence de moustiques, de puces et de poux. Dans un contexte marqué par la destruction des infrastructures, l’accumulation des déchets et la stagnation des eaux usées, ces nuisibles augmentent les risques d’infections et de propagation de maladies. Depuis l’entrée en vigueur de la trêve entre le Hamas et Israël en octobre 2025, aucun travail de reconstruction n’a été entrepris dans l’enclave. Les autorités de Gaza ont par ailleurs reconnu ne pas disposer des ressources nécessaires pour lutter efficacement contre l’invasion de rongeurs et d’insectes. Elles estiment ne plus être en mesure de contrôler pleinement l’ampleur du phénomène, alors que les préoccupations sanitaires continuent de grandir au sein de la population. Les autorités locales estiment qu’au moins 8 000 dépouilles se trouveraient encore sous les ruines de bâtiments détruits par la guerre israélienne.
Colère à Rome
A signaler que le parquet de Rome a ouvert une enquête visant Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, à la suite de plaintes concernant le traitement de militants arrêtés lors de l’interception d’une flottille humanitaire à destination de Gaza. Selon l’agence ANSA, les magistrats italiens s’intéressent aux conditions de détention de plusieurs ressortissants italiens, notamment au port d’Ashdod. Les investigations portent sur des accusations graves, incluant des soupçons de torture et d’enlèvement.
Les militants ont été maintenus entravés après l’arraisonnement de leur navire en eaux internationales, lors d’une opération visant la flottille « Global Sumud ». Cette intervention israélienne, survenue à la mi-mai, avait déjà suscité des critiques internationales. Des images diffusées après l’opération montraient le sinistre responsable sioniste circulant parmi les détenus, certains à genoux et entravés, ainsi que des scènes où il brandissait un drapeau israélien. Ces éléments ont renforcé les tensions diplomatiques et les contestations juridiques autour de l’incident. Cette nouvelle procédure s’ajoute à une enquête précédente ouverte à Rome concernant la détention de citoyens italiens impliqués dans une autre interception de flottille humanitaire. Les autorités judiciaires examinent désormais l’ensemble des événements liés à ces opérations maritimes et au traitement des personnes arrêtées. Les militants concernés ont depuis été relâchés, mais les poursuites italiennes pourraient marquer une étape importante dans l’examen international des interventions menées contre les convois d’aide à destination de Gaza.
Nettoyage ethnique
Par ailleurs, Amnesty International a accusé mercredi Israël de mener une politique de « nettoyage ethnique » à l’encontre des communautés bédouines et pastorales de Cisjordanie occupée, dénonçant un « crime contre l’humanité de transfert forcé » et appelant la communauté internationale à agir contre ce qu’elle qualifie d’« annexion » progressive du territoire palestinien.
Dans un rapport publié mercredi, l’organisation de défense des droits humains affirme que 27 communautés bédouines et pastorales ont été déplacées de force entre 2023 et 2025, ou sont actuellement menacées de déplacement dans la zone C de la Cisjordanie, qui représente environ 60 % du territoire et demeure sous contrôle israélien conformément aux accords d’Oslo.
Selon Amnesty, les autorités israéliennes ont intensifié l’expansion des colonies et adopté des mesures visant à réduire la présence palestinienne dans cette zone. L’ONG accuse le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu de mettre en œuvre le programme du mouvement des colons à travers l’accélération des saisies de terres, le renforcement du soutien financier et logistique aux colonies et l’armement de colons israéliens. « La campagne de nettoyage ethnique est menée et soutenue par l’État israélien, et non par des colons isolés ou des ministres extrémistes », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, dans un communiqué.
L’organisation estime que ces politiques ont favorisé une augmentation des violences commises par des colons contre les Palestiniens, notamment des agressions, des destructions de biens et des déplacements forcés. Amnesty souligne que les communautés bédouines, souvent isolées et dépourvues de protection, figurent parmi les populations les plus vulnérables.
Selon l’organisation israélienne anticolonisation La Paix Maintenant, le gouvernement Netanyahu a approuvé la création de 102 colonies en Cisjordanie depuis son entrée en fonction à la fin de l’année 2022. Plus de 500 000 Israéliens vivent actuellement dans des colonies en Cisjordanie occupée, hors Jérusalem-Est, tandis qu’environ trois millions de Palestiniens résident sur ce territoire. Les Nations unies considèrent ces colonies comme illégales au regard du droit international.
Amnesty relève également une forte hausse des violences de colons depuis le déclenchement de la guerre dans la bande de Gaza à la suite de l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Citant le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), l’ONG indique que les attaques de colons ont atteint une moyenne de six incidents par jour depuis janvier.
L’organisation appelle les États influents à suspendre toute forme de commerce, d’investissement ou de coopération susceptible de contribuer à l’occupation israélienne des territoires palestiniens. « Les États qui affirment s’opposer à l’annexion mais n’agissent pas pour l’empêcher doivent comprendre que leur inaction alimente directement des crimes contre l’humanité », a déclaré A. Callamard. En mai dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait déjà fait état de signes de « nettoyage ethnique » en Cisjordanie occupée.

