Riyad serait à bout de souffle sur le plan militaire. AP rapporte, en citant des sources régionales, que les stocks saoudiens de missiles intercepteurs commençaient à s’épuiser, poussant Riyad à demander l’aide de ses alliés régionaux et occidentaux dans le cadre de l’affrontement continu avec Sanaa. Les deux responsables ont indiqué que l’Arabie saoudite a demandé à la France, au Royaume-Uni, au Pakistan et à l’Égypte de déployer des renforts de défense aérienne dans la région pour l’aider à intercepter les missiles et les drones tirés par les forces armées yéménites. L’un des responsables a expliqué que la demande saoudienne intervient alors que les États-Unis — principal allié du Royaume et son premier fournisseur d’armes — enregistrent eux-mêmes une baisse de leurs stocks de missiles intercepteurs en raison de la guerre contre l’Iran.
L’un des responsables régionaux a affirmé que l’Arabie saoudite se trouve dans une « situation très difficile », compte tenu de son besoin de protéger ses bases militaires, ses installations gouvernementales vitales ainsi que les sites pétroliers répartis à travers le Royaume. Le second responsable a ajouté que Riyad cherche également à mobiliser ses alliés internationaux afin de lancer une riposte collective aux attaques de Sanaa, tout en précisant que la décision actuelle consiste à « donner une chance à la diplomatie », soulignant que le Sultanat d’Oman et l’Égypte mènent des efforts pour désamorcer l’escalade au Yémen.
Cela intervient alors que des responsables américains et de l’OTAN ont déjà reconnu l’existence d’une pénurie aiguë de missiles intercepteurs en Europe, soulevant des interrogations quant à la capacité des pays européens à fournir un soutien supplémentaire à l’Arabie saoudite.
Dans ce contexte, un responsable gouvernemental turc a déclaré, sous couvert d’anonymat que son pays menait des discussions avec l’Iran et les Émirats arabes unis pour tenter de réduire les tensions, sans fournir plus de détails.
On signale toutefois qu’une unité militaire américaine est à l’œuvre pour renforcer le partage de renseignements avec l’Arabie saoudite, a déclaré mardi à l’AFP un responsable américain, alors que le royaume saoudien est de nouveau en guerre au Yémen. Le Commandement central américain pour le Moyen-Orient « a une unité en place pour améliorer le partage de renseignements et planifier le soutien aux forces saoudiennes », a détaillé ce responsable sous couvert d’anonymat, ajoutant que le commandement maintenait « une alliance sécuritaire forte avec (ses) partenaires saoudiens pour faire face aux défis régionaux ».
L’ambassade des Etats-Unis en Arabie saoudite a recommandé mercredi aux ressortissants américains de reconsidérer tout voyage dans le royaume. L’avis de l’ambassade met en garde contre « le risque que des drones et des missiles iraniens visent des intérêts américains, les conflits armés, le terrorisme, les interdictions de sortie du territoire et les lois locales concernant l’activité sur les réseaux sociaux », ajoutant : « ne voyagez pas vers la frontière avec le Yémen en raison de la menace terroriste. »
Mecque instrumentalisée
A signaler que la conférence des oulémas du Yémen a condamné les allégations de l’Arabie saoudite concernant un ciblage de La Mecque, affirmant que ces accusations constituent « une opportunité précieuse pour l’ennemi sioniste d’attaquer les lieux saints et de susciter la discorde entre les musulmans ». En conséquence, les oulémas du Yémen ont rejeté l’instrumentalisation des deux Saintes Mosquées par l’Arabie saoudite « au service de desseins coloniaux visant à diviser le monde musulman et à s’emparer de ses richesses ».
Le communiqué souligne que la menace réelle pesant sur La Mecque et la Sainte Kaaba provient de la présence des bases militaires américaines et occidentales sur la terre des deux Saintes Mosquées et dans la péninsule arabique. De même, selon le texte, le danger réside dans « l’ouverture de l’espace aérien à l’aviation sioniste, ainsi que dans la cession de la gestion sécuritaire et de la gestion des hôtels destinés aux pèlerins à des sociétés sionistes ».
Les oulémas ont affirmé que les accusations relatives à un ciblage de La Mecque représentent une « tentative désespérée » visant à « diaboliser la résistance du peuple yéménite », assurant qu’elle « vouée à l’échec, à l’instar des tentatives précédentes ». Le communiqué a insisté sur le fait que cette agitation médiatique orchestrée « ne pourra masquer les crimes de l’agression — faits de tueries et d’extermination contre notre peuple croyant — et ne détournera pas le Yémen de sa stratégie : répondre au siège par le siège et à l’escalade par l’escalade ». Les oulémas ont en outre mis en garde « tout État contre une implication aux côtés du régime saoudien dans l’agression contre le peuple yéménite ».
Le collectif a invité l’ensemble des hommes libres à travers le monde, en premier lieu les savants et les médias, à se ranger aux côtés du peuple yéménite opprimé, agressé et sous siège, et à « ne pas se laisser entraîner par la propagande mensongère du régime saoudien, dont la fausseté et les fabulations ont été démontrées par les faits et démasquées par les événements de Gaza ». Le communiqué a également exhorté l’ensemble des oulémas et institutions islamiques — au premier rang desquels Al-Azhar, l’Union internationale des savants musulmans et la Ligue islamique mondiale — à « ne pas céder aux appels à l’incitation à la haine, au meurtre et à la diabolisation du peuple yéménite ». Le texte demande aux savants musulmans — s’ils sont véritablement soucieux des sanctuaires de l’Islam — « d’œuvrer à la levée du siège et à la fin de l’agression menée par le régime saoudien contre le peuple yéménite ».
Les oulémas du Yémen ont salué « les grands succès remportés par la force des missiles, l’aviation drone, la défense aérienne, les forces navales ainsi que l’ensemble des corps militaires », se félicitant des « grandes victoires accordées par Dieu à notre peuple yéménite sur la côte ouest et dans d’autres régions ». Enfin, ils ont réaffirmé le soutien inébranlable du peuple yéménite à la cause centrale de la Nation — la cause palestinienne et la mosquée Al-Aqsa — ainsi qu’aux peuples du Liban, d’Iran et de Syrie.
Dans sa sortie de vendredi, Abdelmalek Al-Houthi, leader des Ansarullah n’a pas manqué, non plus, de battre en brèche le discours saoudien tout en faisant grand cas de la résistance de Sanaa face à l’embargo auquel le Yémen est soumis depuis des années, Riyad l’ayant étendu à l’interdiction du trafic aérien…

