« L’ennemi mène contre le pays une guerre hybride combinant guerre militaire et guerre psychologique », a-t-il déclaré, sans mentionner explicitement les États-Unis ni Israël. « L’ennemi a été vaincu militairement et tente désormais de renverser la situation en semant les différends et les divisions au sein de la nation iranienne afin d’atteindre ses objectifs malveillants », a-t-il ajouté.
M. Khamenei a insisté sur le fait que le maintien de l’unité entre le peuple iranien et les institutions de l’État était indispensable « pour déjouer les complots de l’ennemi ».
Cette semaine, les États-Unis et l’Iran ont échangé certaines de leurs hostilités les plus intenses depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu au début du mois d’avril. L’Iran a lancé des missiles et des drones visant des installations militaires américaines dans la région ainsi que l’aéroport international du Koweït, faisant une victime. Les tensions régionales se sont fortement aggravées depuis la fin du mois de février, après des frappes aériennes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui auraient fait plus de 3 000 morts. En représailles, Téhéran a ciblé Israël ainsi que des pays du Golfe accueillant des bases américaines et a fermé le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce maritime mondial.
Un cessez-le-feu négocié par le Pakistan est entré en vigueur le 8 avril et les efforts visant à parvenir à un accord plus large se poursuivent depuis lors.
Le président américain, Donald Trump, a affirmé à plusieurs reprises être sur le point de conclure un accord de fin de guerre prévoyant la réouverture du détroit d’Ormuz, le démantèlement du programme nucléaire iranien et l’élimination des stocks d’uranium enrichi du pays.
A signaler que le Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a catégoriquement nié avoir frappé l’aéroport international du Koweït assurant que c’est un intercepteur Patriot défectueux, et non un missile iranien, qui l’a fait. Mercredi, le Koweït a accusé l’Iran d’être responsable des frappes sur son aéroport qui ont tué une personne, blessé des dizaines d’autres et entraîné la fermeture temporaire de l’aéroport.
Le général de brigade Mohebbi a déclaré que les enquêtes montrent que les forces aérospatiales du Corps des gardiens de la Révolution islamique n’ont pas tiré sur le terminal de l’aéroport koweïtien. « La destruction du terminal passagers de l’aéroport de Koweït a été causée par une erreur des systèmes Patriot américains, qui se sont abattus sur le terminal après avoir échoué à intercepter des missiles iraniens », a-t-il ajouté, selon Press Tv.
Suite à l’attaque américaine contre un pétrolier iranien et une tour de télécommunications dans l’île de Qeshm, le CGRI a annoncé avoir lancé des missiles et des drones contre le quartier général de la cinquième flotte américaine à Bahreïn, une base aérienne américaine au Koweït et d’autres installations militaires américaines dans la région du golfe Persique.
En examinant les photos de l’aéroport du Koweït, publiées par les autorités de ce pays et attribuées à une frappe de drone iranienne, une source militaire a constaté qu’elles ont été prises de jour, alors que le lancement des drones par les forces aérospatiales du CGRI vers les cibles américaines au Koweït a eu lieu à minuit. La source a expliqué à l’agence Tasnim news que la distance entre la cible des drones des forces aérospatiales et l’aéroport du Koweït est supérieure à 40 kilomètres, ce qui indique également que les dégâts subis par l’aéroport du Koweït n’ont aucun lien avec les drones iraniens
Une source militaire a qualifié à l’agence de presse Fars les photos diffusées par le Koweït de « fabrication fallacieuse de l’ennemi concernant la prétendue frappe de drone indique une opération psychologique et relève des opérations sous faux drapeau de l’ennemi ».
Solidarité de Sanaa
Depuis le Yémen, le ministère des Affaires étrangères du gouvernement de Sanaa a salué « la position honorable des forces armées iraniennes qui ont riposté à l’agression américaine et ciblé ses bases dans la région », réaffirmant « son soutien au droit de l’Iran de répondre à toute attaque contre son territoire et sa sécurité nationale ». Le ministère a également salué « la position de la République islamique qui a dissuadé l’entité occupante israélienne de cibler la capitale libanaise, Beyrouth », soulignant que « cela renforce le principe des fronts unis ».
Le ministère a réitéré son rejet du maintien de bases militaires américaines par certains États du Golfe, bases qui ciblent des pays de la région « au service du projet sioniste et pour protéger l’entité ennemie israélienne ». Comme il a dénoncé « la tentative de ces régimes de se victimiser, prétendant être la cible de la riposte iranienne, alors qu’ils fournissent en réalité couverture, protection et soutien financier aux forces d’invasion et d’agression ».
Le ministère a réaffirmé que ces régimes, par leurs politiques insensées, s’infligeront de graves préjudices à eux-mêmes et à leurs populations et seront les premiers à perdre cette bataille. « De l’Iran au Liban, en passant par la Palestine et l’Irak, jusqu’au Yémen », a-t-il déclaré.
Sanaa a souligné que « le combat mené par le peuple honorable de la nation est le combat de tous », affirmant que « la reddition est hors de question » et notant que « la confiance de l’ennemi dans ses capacités militaires a échoué ». Et a salué « la fermeté et la résilience dont ont fait preuve les populations de l’axe, malgré les souffrances endurées, de l’Iran au Liban, en passant par la Palestine, l’Irak et le Yémen », réaffirmant la position inébranlable du Yémen, « fondée sur des principes et la foi, aux côtés de nos frères de la République islamique d’Iran ».
Cette réaction fait suite aux attaques américaines qui ont visé un pétrolier iranien et une tour de télécommunications à Qeshm, dans le sud de l’Iran.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné l’attaque américaine, déclarant que « l’agression perpétrée la nuit dernière par les forces terroristes américaines contre un pétrolier iranien dans le détroit d’Ormuz et une tour de télécommunications sur l’île de Qeshm a été menée depuis le territoire de deux pays de la région ». Le ministère a ajouté : « Il est évident que la responsabilité des conséquences de cette situation et de ses répercussions incombe aux agresseurs américano-israéliens et à toutes les parties qui leur fournissent des terres et des moyens et les aident à commettre des actes d’agression contre l’Iran. »
Paris et Londres s’agitent
La France et le Royaume-Uni ont achevé la planification opérationnelle d’une future mission internationale de déminage dans le détroit d’Ormuz, destinée à sécuriser la reprise du trafic maritime dans cette voie stratégique du commerce mondial, selon des informations rapportées jeudi par Bloomberg. Selon BFMTV, qui cite une source militaire, le commandement opérationnel de cette éventuelle mission pourrait être confié à un officier français. Cette information n’a pas été confirmée officiellement par les autorités françaises.
Toujours selon ces informations, le quartier général opérationnel de la mission serait installé à Northwood, près de Londres, où des responsables militaires de plusieurs pays travaillent depuis plusieurs semaines à l’élaboration d’un plan destiné à restaurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Les planificateurs militaires estiment désormais être en mesure de déployer une force crédible une fois qu’un accord de paix aura été conclu entre l’Iran et les États-Unis, selon Bloomberg. Du personnel britannique serait prêt à être mobilisé pour participer aux opérations de déminage.
Le détroit d’Ormuz, passage maritime reliant le golfe Persique à l’océan Indien, constitue l’un des principaux axes d’acheminement des hydrocarbures dans le monde. Son activité est fortement perturbée depuis le déclenchement des frappes israélo-américaines contre l’Iran le 28 février.
Le président français avait évoqué dès le mois de mars la création d’une mission « neutre » et « distincte des belligérants » afin de garantir la sécurité de la navigation dans la zone. Le Premier ministre britannique avait alors indiqué que plus d’une douzaine de pays s’étaient déclarés prêts à contribuer à une force à vocation « pacifique et défensive ».
Fin avril, la ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, et son homologue britannique John Healey avaient réuni à Londres les représentants militaires de plusieurs États afin d’élaborer un plan conjoint pour sécuriser le détroit. Les deux responsables avaient indiqué vouloir traduire le consensus diplomatique obtenu auprès de leurs partenaires en « options militaires concrètes » destinées à garantir la liberté de navigation et à soutenir un cessez-le-feu durable dans la région.
Le ministre français des Affaires étrangères a affirmé le 31 mai sur BFMTV que cette initiative franco-britannique pourrait être mise en œuvre « très rapidement ». Selon lui, une cinquantaine de pays ont manifesté leur intérêt pour le projet et une dizaine ont déjà proposé une contribution concrète.
La future mission pourrait notamment être chargée du déminage des voies de navigation, présenté comme une condition préalable à la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Camouflet pour D. Trump
Le président américain a critiqué jeudi ce qu’il a qualifié de vote « antipatriotique » visant à mettre fin à l’action militaire américaine contre l’Iran. « Hier, lors d’un vote dénué de sens, la Chambre a voté, avec 4 mauvais républicains et tous les démocrates, pour limiter mes pouvoirs de guerre, en plein milieu de mes dernières négociations pour mettre fin à la guerre avec la République islamique d’Iran », a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.
Mercredi, la Chambre des représentants des États-Unis a approuvé une résolution sur les pouvoirs de guerre visant à retirer les forces armées américaines des hostilités contre l’Iran. La chambre basse a adopté la résolution par 215 voix contre 208, après que quatre républicains se sont rangés du côté des démocrates dans un rare désaveu de D. Trump. « Qui ferait une chose aussi antipatriotique ? Ils savent où en sont les négociations. Les démocrates sont animés par le syndrome de dérangement anti-Trump. Ils préféreraient voir notre pays échouer plutôt que de me permettre d’obtenir une nouvelle victoire parmi tant d’autres », a ajouté le locataire de la Maison Blanche. « Les quatre républicains, c’est une toute autre histoire. Ce sont des opportunistes en quête de publicité ! Ils devraient avoir honte d’eux-mêmes. »
Les démocrates ont à plusieurs reprises tenté de faire voter, à la Chambre comme au Sénat, des textes visant à limiter les pouvoirs de guerre de Trump, une initiative qui a progressivement gagné davantage de soutien républicain ces dernières semaines. Le vote envoie désormais le texte au Sénat pour examen. Toutefois, même s’il est adopté par les deux chambres, la question de savoir si le Congrès peut contraindre un président à retirer des forces militaires en vertu de la résolution sur les pouvoirs de guerre de 1973 demeure juridiquement contestée.
D’après la Constitution américaine, le Congrès détient seul le pouvoir de déclarer la guerre. Les responsables de l’administration Trump ont toutefois hésité sur la qualification du conflit concerné, actuellement soumis à un cessez-le-feu avec des hostilités occasionnelles. Selon la résolution sur les pouvoirs de guerre, le président ne peut maintenir des troupes américaines dans des hostilités actives pendant plus de 60 jours sans l’approbation du Congrès. L’administration a fait valoir que le début du cessez-le-feu, le 8 avril, avait suspendu le décompte de cette obligation de 60 jours, ce que contestent les détracteurs de D. Trump.
Interrogé par des journalistes à la Maison Blanche sur le maintien du cessez-le-feu avec Téhéran après les derniers développements, D. Trump a minimisé les événements récents. « Ils ont fait quelque chose, rien de très important. Nous l’avons maîtrisé. Nous avons réglé cela très rapidement, comme nous le faisons avec la plus grande armée du monde », a-t-il déclaré.
Plus tôt dans la journée, le Koweït a indiqué que des frappes iraniennes avaient fait un mort et 63 blessés, tout en endommageant plusieurs infrastructures essentielles, dont des missions diplomatiques. Les autorités koweïtiennes ont souligné qu’elles se réservaient « le droit de répondre pleinement » à ces attaques. Malgré ces tensions, le président américain s’est montré optimiste quant aux efforts diplomatiques en cours. « J’entends que les négociations elles-mêmes se sont très bien déroulées, vraiment très bien », a-t-il déclaré aux journalistes. Selon D. Trump, des avancées pourraient intervenir « au cours du week-end ». Il a également estimé que l’Iran était « assez proche de signer un document ». Par ailleurs, le chef d’Etat US a affirmé que le détroit d’Ormuz rouvrirait « immédiatement » en cas de signature d’un éventuel accord avec l’Iran. Évoquant l’uranium enrichi iranien, D. Trump a assuré vouloir en prendre le contrôle. « Je veux le récupérer », a-t-il dit, ajoutant : « Nous interviendrons à un moment donné dans un avenir relativement proche. »

