Les deux versions du projet américain marquent, sur le plan politique, une évolution par rapport à la résolution 2797. Si celle-ci reconnaissait que l’autonomie véritable pouvait constituer l’une des issues les plus réalisables et appelait les parties à négocier sur la base de la proposition marocaine, le draft V1 va plus loin en présentant l’autonomie sous souveraineté marocaine comme « la seule solution réalisable » et en faisant de la proposition marocaine l’unique cadre de négociation. La version amendée conserve ces deux orientations, qui confortent la position défendue par Rabat.
Le projet amendé affirme également qu’« une véritable autonomie sous souveraineté marocaine constitue la solution la plus réalisable à la question du Sahara occidental », conformément à la Charte des Nations unies et à ses principes, notamment celui de l’autodétermination.
N’empêche, le préambule a évolué. Si la première version faisait état de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental par un nombre croissant d’États membres, la nouvelle mouture évoque désormais le soutien croissant des États à la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine.
Autre changement notable : la suppression du passage dans lequel la première version déplorait le manque d’engagement substantiel de l’une des parties dans les négociations facilitées conformément à la résolution 2797 (2025). La disposition qui met en cause le Front Polisario, engendrant l’ire aussi bien à Tindouf qu’à Alger, ne figure désormais plus dans le texte amendé. Mais la nouvelle version conserve néanmoins l’appel à un engagement clair, explicite et inconditionnel des parties pour mettre fin aux hostilités et éviter tout acte susceptible de compromettre le processus politique. Le projet de résolution conserve aussi la condamnation de l’attaque du 5 mai 2026 contre la ville de Smara.
La nouvelle mouture occulte aussi la première version qui prévoyait que le Conseil de sécurité puisse envisager des mesures supplémentaires si les parties ne s’engageaient pas de manière constructive dans le processus politique.
Des médias proches du Polisario ont attribué les amendements à la pression exercée par le mouvement indépendantiste. Les deux versions montrent que plusieurs dispositions ont été modifiées ou supprimées, mais ne permettent pas, à elles seules, d’établir l’origine précise de chaque amendement.
Les modifications les plus importantes concernent l’avenir de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Dans sa version initiale, datée du 20 octobre 2026, le projet US prévoyait la fin du mandat de maintien de la paix de la mission au 30 avril 2027, avant sa transformation en mission politique spéciale jusqu’au 31 octobre 2027. Il imposait également une réduction d’au moins 50 % des effectifs en uniforme autorisés avant le 31 janvier 2027, ainsi que la fermeture et le regroupement de sites de la mission. La version amendée ne reprend ni cette échéance intermédiaire ni l’objectif chiffré de réduction des effectifs. Elle demande au Secrétaire général de présenter, au plus tard le 30 janvier 2027, des propositions détaillées concernant la structure de la mission, ses effectifs, ses ressources et le regroupement ou la fermeture de certaines antennes.
Le projet maintient toutefois le principe d’une révision de l’avenir de la mission, notamment une transformation de son mandat, en fonction des propositions du Secrétaire général et des progrès du processus politique. Le changement de nom de la mission reste inscrit dans le projet amendé. Celui-ci prévoit de proroger son mandat jusqu’au 31 octobre 2027 et de la rebaptiser, dès le 1er novembre 2026, « Mission des Nations unies au Sahara occidental » (MINUSO). Dans la première version, les États-Unis avaient également proposé ce changement de nom, mais avec une autre appellation : « Mission des Nations unies pour une solution politique au Sahara occidental ».
La nouvelle mouture maintient par ailleurs l’appel à l’enregistrement des réfugiés dans la région de Tindouf dans un délai de six mois, sous la supervision du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), conformément au droit international et aux normes de l’organisation. La version finale doit encore être examinée par les membres du Conseil de sécurité avant son adoption, d’ici le 31 octobre 2026.
Tindouf survolté
Quelques jours après la diffusion par les États-Unis auprès du Conseil de sécurité d’un premier projet de résolution concernant le Sahara, le Front Polisario a organisé plusieurs manifestations dans les camps de Tindouf pour exprimer son opposition au texte proposé. Pour lui, les protestataires avaient manifesté leur « rejet catégorique des tentatives de contournement de la légalité internationale », en référence au projet américain. Les participants ont également réaffirmé leur « attachement aux résolutions garantissant le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance totale ».
Néanmoins, le Front a évité de critiquer directement les États-Unis, se contentant de dire que le projet remet en cause « les chartes internationales qui consacrent la centralité de la question sahraouie en tant que dossier de décolonisation ».
Pour rappel, ces manifestations avaient été précédées de menaces exprimées par le Polisario quant à son retrait du processus de paix supervisé par l’ONU si le Conseil de sécurité adopte la résolution sans modifications.
Le projet américain soutient que la proposition d’autonomie du Maroc est la seule base des négociations entre les parties. Il déplore également « l’échec d’une partie à s’engager de manière significative dans les négociations facilitée conformément à la résolution 2797 de 2025 », critique implicite envers le Front Polisario. Le texte invite l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara à consulter un large éventail de représentants sahraouis, y compris des acteurs en dehors des parties aux négociations. Cette formulation inquiète le Polisario, soucieux de sa position dans le processus politique, car il revendique sa reconnaissance en tant que seul représentant du peuple sahraoui.
A signaler aussi que Bachir Mustapha Sayed tente de profiter de l’étape actuelle pour présenter sa candidature à la présidence du Polisario lors de son 17e congrès. Le mouvement continue de préparer ce rassemblement dont la date n’a toujours pas été définie. Il se présente comme le sauveur du projet du Front visant à établir un État au Sahara occidental, critiquant sévèrement le bilan de l’actuel dirigeant, Brahim Ghali, qu’il qualifie d’échec. « Après trois mandats perdus et un quatrième désastreux, il ne s’excuse même pas », a-t-il fustigé.
Le président du « Parlement sahraoui » a également révélé qu’il avait lui-même proposé B. Ghali pour succéder à Mohamed Abdelaziz, décédé en juin 2016, dans le but de poursuivre la lutte contre l’occupant marocain. Mais ses espoirs semblent avoir été refroidis.
Avec cette annonce officielle, la responsabilité revient désormais à l’Algérie. B-M. Sayed ne jouit pas de la confiance des responsables algériens, qui ne lui pardonnent pas d’avoir proposé, en 2000, aux États-Unis de reconnaître la « RASD » en échange de l’installation d’une base militaire américaine au Sahara, une fois le territoire sous contrôle du Polisario. Le prétendant à la succession de B. Ghali avait présenté sa candidature pour diriger le Polisario lors du 16e congrès, organisé en janvier 2023 sur le sol algérien.
Gêner Madrid
Lundi, le Polisario a annoncé avoir saisi les tribunaux espagnols pour faire annuler l’autorisation accordée à Ryanair d’opérer des vols entre Madrid et l’île de Lanzarote vers Dakhla. Oubi Bouchraya Bachir, responsable du Polisario, a précisé aux médias que cette démarche juridique cherche à contraindre le gouvernement espagnol à révoquer immédiatement l’autorisation accordée à la compagnie irlandaise pour ces liaisons aériennes.
En novembre 2024, l’Office national marocain du tourisme (ONMT) avait conclu un accord avec Ryanair pour inaugurer deux lignes aériennes reliant Dakhla à Madrid et à Lanzarote, avec deux vols hebdomadaires pour chacun des trajets dès janvier 2025. Ce partenariat vise à doubler la capacité actuelle de l’aéroport de Dakhla, portant le nombre annuel de passagers à environ 47 000, et à renforcer l’attrait touristique de la ville grâce à une meilleure connectivité aérienne.

