Le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a rencontré Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale du pays, a annoncé mardi son bureau dans un communiqué. « La protection de la sécurité nationale et régionale par la mise en œuvre d’une gestion du détroit d’Ormuz, et le renforcement des relations bilatérales avec les pays voisins (…) ont figuré parmi les sujets abordés », a annoncé le texte publié sur le site du guide suprême.
La rencontre a eu lieu au lendemain d’une rare réunion à Téhéran entre les responsables du haut rang de l’Arabie saoudite, du Pakistan et de la Turquie, pour discuter des moyens d’empêcher un retour à la guerre au Moyen-Orient. Le haut dirigeant iranien « a souligné la nécessité de préserver les droits et les intérêts de la nation iranienne et du front de la résistance (groupes armés pro-iraniens, NDLR) en respectant les conditions fixées par les autorités du pays, dans le but de mettre fin à la guerre », a précisé le communiqué.
Il s’agit de la première rencontre entre M. Rezaï et le guide suprême depuis l’arrivée du pouvoir de l’ayatollah Khamenei en mars après l’assassinat de son père, l’ayatollah Ali Khamenei dans des frappes américano-israéliennes sur Téhéran. Selon l’agence iranienne Fars News, le leader iranien a souligné « l’importance de fournir des informations de manière efficace et opportune afin d’assurer la participation continue du peuple à la défense de la patrie et du système ». Plus, « il faut s’efforcer de réaliser les droits et les intérêts du peuple iranien et du front de la résistance en remplissant les conditions fixées par les autorités dans le but de mettre fin à la guerre et d’établir le principe de ni guerre ni paix », a-t-il aussi recommandé durant cette rencontre.
Lundi, les médias iraniens avaient rapporté que le guide suprême a adressé un message aux lauréats iraniens de médailles scientifiques et sportives, les appelant à repousser les frontières scientifiques et à faire de l’Iran un nouveau centre mondial du savoir.
Dépasser les sanctions US
Le président iranien a appelé mardi les principaux fournisseurs mondiaux d’énergie à condamner et à « contrer efficacement » les mesures américaines menaçant la stabilité des marchés énergétiques internationaux. S’exprimant lors du 8e sommet du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), à Moscou, Massoud Pezeshkian a estimé que les évolutions géopolitiques et les mesures unilatérales créaient des défis pour la sécurité énergétique mondiale. « Les sanctions unilatérales américaines contre l’Iran, ainsi que les restrictions affectant l’accès maritime et aérien, pourraient avoir des conséquences plus larges sur les marchés énergétiques », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par l’agence de presse officielle iranienne IRNA. « Les principaux fournisseurs d’énergie devraient condamner et contrer efficacement les mesures qui menacent la stabilité des marchés énergétiques mondiaux », a-t-il ajouté.
Il a également affirmé que l’implication militaire des États-Unis dans la région du Golfe était susceptible d’influer sur les prix, l’approvisionnement et le transport de l’énergie, avec des répercussions dépassant le cadre régional. Évoquant le conflit militaire en cours avec les États-Unis, M. Pezeshkian a souligné que les dommages causés aux infrastructures énergétiques et les perturbations du transport de l’énergie pourraient affecter la sécurité énergétique mondiale ainsi que l’économie internationale. Il a appelé à renforcer la coopération entre les membres du GECF afin de réduire les vulnérabilités des marchés et de consolider la sécurité de l’offre et de la demande énergétiques.
Le président iranien a également mis en avant l’importance de la coopération en matière de gouvernance énergétique, d’activités techniques et d’ingénierie, de développement technologique et de gestion des marchés. « L’Iran cherche à développer les investissements conjoints dans l’ensemble de la chaîne de valeur du gaz naturel, à améliorer l’efficacité et à accroître les échanges gaziers aux niveaux régional et international », a-t-il déclaré. Selon lui, l’Iran dispose d’une capacité annuelle de production de gaz naturel d’environ 280 milliards de mètres cubes et se tient prêt à jouer un rôle plus important dans les projets d’investissement conjoints, les échanges gaziers et les efforts visant à renforcer la sécurité énergétique mondiale. Il a également indiqué que Téhéran était disposé à élargir sa coopération avec les investisseurs étrangers dans les projets gaziers en amont et en aval.
Le Forum des pays exportateurs de gaz rassemble les principaux pays producteurs de gaz et constitue une plateforme de coopération sur les évolutions des marchés mondiaux du gaz naturel. M. Pezeshkian mettra à profit sa présence pour rencontrer cette semaine à Moscou Vladimir Poutine, président russe.
Oman appuie Téhéran
Sur un plan connexe, Badr ben Hamad al-Busaidi, ministre omanais des Affaires étrangères, a appelé les États du Golfe à assumer la responsabilité de leur propre sécurité dans le cadre d’un dispositif régional global incluant l’Irak et l’Iran. Dans un discours intitulé « Une sécurité globale dans le Golfe », prononcé à l’Université de Cambridge à l’issue de la visite d’État du sultan Haitham bin Tariq au Royaume-Uni, il a fait valoir que l’exclusion de Téhéran des accords de sécurité régionaux et la dépendance envers les puissances extérieures ont compliqué les crises liées au programme nucléaire iranien et au détroit d’Ormuz, évoquant des « obstacles » découlant d’un « mélange instable de jeux de pouvoir et de dépendances dans le Golfe ». Il a affirmé que la résolution de ces deux problèmes est « impossible » car « les puissances extérieures dictent les conditions de participation, tandis que les puissances régionales sont incapables d’assumer collectivement la responsabilité d’établir leurs propres dispositifs de sécurité et de parvenir à un consensus à leur sujet ».
Le chef de la diplomatie omanaise a déclaré que les discussions entre les huit États du Golfe devraient porter sur la conclusion d’un pacte de non-agression, considérant ce dernier comme « condition essentielle à l’établissement d’une structure de sécurité régionale globale et authentique ». Révélant avoir « personnellement discuté de cette idée à plusieurs reprises avec l’Iran et les États-Unis », il a rappelé la réunion des huit ministres des Affaires étrangères du Golfe, qui s’était tenue à Mascate en novembre 1976, afin d’évoquer un accord de sécurité collective pour la région. Il a poursuivi en expliquant que, dans le contexte actuel, œuvrer à cet objectif pouvait paraître « illogique », « mais c’est en réalité la seule voie rationnelle (…) avant que d’autres solutions ne soient imposées à la région, ce qui ne ferait qu’ancrer un système de dépendance et d’exclusion ». Il a ajouté qu’« il n’est plus possible de compter sur la coopération de partenaires extérieurs », mais que cela « ne signifie pas renoncer à ces partenariats ». Cela signifie plutôt que le rôle de l’Iran dans la structure de sécurité régionale ne peut se limiter à celui de chef de file.
Tout en soulignant que l’Iran compte 93 millions d’habitants et représente environ la moitié du littoral du Golfe, il a affirmé que « toute structure de sécurité du Golfe excluant la Perse sera intrinsèquement instable ». Il a soutenu que l’exclusion de Téhéran reposait sur une conception erronée d’une « hostilité fondamentale » entre ce pays et les États arabes du Golfe. Il a rappelé que l’Iran avait été présenté comme « la menace à laquelle la sécurité régionale devait s’opposer » et qu’il avait été « systématiquement exclu pendant près d’un demi-siècle de tout rôle significatif dans les dispositifs de sécurité régionaux ».
Selon lui, il s’agissait là « peut-être de l’imposition la plus sévère jamais faite à la région de l’extérieur », en raison de ses « profondes conséquences négatives, non seulement pour l’Iran, mais pour toute la région »

