C’est la deuxième confrontation dans le détroit, la première avait eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi lorsque les forces navales iraniennes ont ouvert le feu sur trois destroyers après que l’armée américaine a pris pour cible un pétrolier iranien et un bateau et bombardé des zones civiles sur les côtes de Bandar Khmeir, Sirik et l’île de Qeshm, selon Khatam al-Anbiya, le QG des forces armées iraniennes.
De son côté, le commandement central américain (CENTCOM) a diffusé vendredi après-midi des images du bombardement de deux navires qu’il a présentés comme iraniens après qu’ils ont « tenté d’entrer dans un port iranien du golfe d’Oman en violation de l’embargo américain ». Il a expliqué qu’un avion de chasse F/A-18 Super Hornet de l’US Navy, opérant depuis le porte-avions USS George H.W. Bush, avait intercepté et immobilisé les deux navires, Sea Star 3 et Safda.
Pour sa part, la télévision iranienne a annoncé que les forces navales de l’armée ont saisi le pétrolier Ocean KOI dans les eaux de la mer d’Oman, et l’ont escorté jusqu’aux côtes méridionales du pays pour le remettre aux autorités judiciaires, l’accusant de chercher à « exploiter la situation dans la région et à nuire au processus d’exportation de pétrole et aux intérêts nationaux ».
A noter que site TankerTrackers a révélé que trois pétroliers iraniens vides avaient réussi à contourner l’embargo américain au cours des deux derniers jours et étaient retournés dans des ports iraniens.
Le commandement militaire iranien a accusé, dans la nuit de jeudi à vendredi, l’armée américaine d’avoir violé le cessez-le-feu en vigueur en attaquant des navires iraniens à proximité du détroit d’Ormuz, selon un communiqué relayé par la télévision d’Etat. L’armée américaine, « violant le cessez-le-feu, a pris pour cible un pétrolier iranien qui avançait dans les eaux côtières iraniennes dans la région de Jāsk en direction du détroit d’Ormuz, ainsi qu’un autre bateau qui entrait dans le détroit d’Ormuz en face du port émirati de Fujaïrah « , a affirmé le commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par la chaîne de télévision Irib. Les forces iraniennes ont directement riposté en attaquant des pièces navales militaires américaines à l’est du détroit d’Ormuz et au sud du port Shah Bahar leur causant des dégâts importants, a poursuivi le porte-parole de Khatam al-Anbiya. Selon le commandement des forces navales du CGRI, ces dernières ont utilisé dans leur riposte « des missiles balistiques, des missiles Cruz anti-navires et des dérobes kamikazes munis d’ogives hautement explosives ».
Une source informée a assuré pour l’agence Tasnim news que « les destroyers américains ont pris la fuite en direction de la mer d’Oman ». Le CGRI a aussi accusé les forces américaines « d’avoir pris pour cible simultanément des zones civiles sur les côtes de Bandar Khmeir, Sirik et l’île de Qeshm en collaboration avec d’autres pays de la région ».
Des explosions ont été entendues dans un port de l’île iranienne de Qeshm, située dans le détroit d’Ormuz, selon la télévision d’Etat. Selon le média américain Fox news, l’armée américaine a effectué des raids sur le port de Qeshm et la ville de Bandar Abbas Un responsable américain lui a affirmé l’armée américaine a pris pour cible un point d’inspection naval iranien à Bandar Karjan dans la ville de Minab.
Dans sa version des faits, l’armée américaine a indiqué avoir « ciblé des installations militaires iraniennes » après que trois de ses navires ont été attaqués en traversant le détroit d’Ormuz vers le Golfe. « Les forces américaines ont intercepté des attaques iraniennes non provoquées et riposté avec des frappes défensives alors que des destroyers lance-missiles de la marine américaine franchissaient le détroit d’Ormuz vers le Golfe le 7 mai », a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient sur X, en ajoutant qu’il s’agissait de « missiles, drones et petits bateaux ».
« Nous affirmons que nous ne recherchons pas l’escalade, mais nous restons prêts et préparés à protéger les forces américaines », a assuré le CENTCOM.
Une source a dit à la radio militaire israélienne que « la friction entre l’Iran et les Etats-Unis était limitée et a pris fin ».
Les doutes de la CIA
Alors que le blocus américain s’intensifie sur les ports iraniens, une estimation confidentielle de la CIA, révélée par le Washington Post, jette une ombre lourde sur les discours évoquant un « effondrement » imminent de l’Iran. Selon le rapport, l’Iran a maintenu la majeure partie de sa puissance militaire et économique malgré les attaques subies. Cependant, la partie la plus alarmante du rapport concerne l’arsenal de missiles et de drones. Alors qu’il avait été fait état, durant la guerre, d’une « neutralisation » massive des capacités de lancement, le rapport de la CIA indique que l’Iran « possède toujours environ 75 % de ses plateformes de lancement mobiles et environ 70 % des stocks de missiles dont il disposait à la veille de la guerre ».
L’explication opérationnelle de cet état de fait, comme l’expliquent les responsables du renseignement, est que « Israël et les États-Unis ont adopté une stratégie du « bouchon », où les attaques se sont concentrées sur les ouvertures des installations souterraines ». Le rapport précise que cela « était une solution efficace en temps réel pour empêcher l’Iran de sortir les missiles pour le lancement, mais les missiles eux-mêmes sont restés indemnes à l’intérieur d’abris fortifiés ».
Ainsi, avec l’accalmie des combats directs, les Iraniens s’emploient désormais à « forcer ces blocages et à remettre les plateformes de lancement en service ».
Sur le plan économique, la CIA estime que l’Iran « sera capable de résister au blocus naval américain dans le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman pendant au moins trois à quatre mois, et peut-être plus, avant de faire face à des difficultés menaçant la stabilité du régime ». Cela signifie que le blocus, malgré son importance, « ne constitue pas un coup fatal immédiat, mais un outil à moyen et long terme ».
L’évaluation du renseignement américain souligne que les succès militaires de la guerre « étaient pour la plupart temporaires », car « la réduction des lancements de missiles vers Israël a été obtenue par l’interdiction de la capacité de lancement, et non par la destruction de la capacité elle-même ».
Le rapport conclut en affirmant que « alors que Téhéran a commencé à restaurer l’accès à ses dépôts d’armes, l’appareil sécuritaire et militaire devra réexaminer sa stratégie de confrontation ».
